‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 38 sur 91 · D PE D ED M A RAS 1 EP TU · texte numérisé non relu

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bois d’où il sortit plus de deux mille faisans et autant de perdrix » (Mercure). Le 18 mai, quand le roi quitte Versailles pour se rendre à l’armée, la première couchée se fait à Chantilly; la compagnie est des plus brillantes : Grand Dauphin, duchesses de Chartres, de Bourbon et du Maine, les deux princesses de Conti, les dames d’honneur des princesses, puis les princesses de Soubise et d'Harcourt, les duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers, etc., etc.; « Madame de Maintenon va seule dans une calèche du roi ».

On peut s’imaginer l’animation provoquée par le passage de ces hôtes illustres, dont le plus grand plaisir était de parcourir les admirables jardins. En ce moment, le grand attrait est la visite de la Ménagerie établie au delà du grand Canal, à l'extrémité occidentale du village de Vineuil ; il n’en subsiste aucun vestige, sauf une niche et une rocaille, et cependant il convient d'en parler, car cet établissement fut célèbre au xvin* siècle. Le bâtiment principal était un grand corps avec deux ailes en retour ; au fond, un appartement ; à gauche, une superbe laiterie toute en marbre, avec profusion d'eau; à droite, le « temple d’Isis », pour la décoration duquel le prince avait demandé l'avis de Racine ; le poète avait répondu par un long mémoire sur Isis, le bœuf Apis et Les fêtes de Memphis. Le rédacteur des fêtes de 1688 mentionne « un grand salon orné de peintures représentant l’histoire d'Isis », et il ajoute : « Beaucoup de terrasses et de jardins champêtres font l’ornement de cette maison, dont une des cours est bordée de huit ou dix pavillons, tous séparés les uns des autres et destinés à loger les animaux rares que Monsieur le Prince fait venir des pays étrangers ». Le Mercure mentionne aussi la fontaine de Narcisse, ainsi nommée « parce que ce berger amoureux de lui-même y paraît au milieu, se regardant avec transport

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et tendant les bras à sa figure, qu'on a le plaisir de voir dans l’eau... ». Le pavillon de la Laiterie comprenait un salon d'entrée, orné de tableaux dont les sujets furent empruntés aux fables de La Fontaine : /a Lionne et l’'Ourse, le Lièvre et les Grenouilles, par Cotelle ; /a Grenouille et le Bœuf, le Conseil des rats, le Loup déguisé en berger, par Houasse, etc. Les peintures tirées des fables étaient accompagnées d'inscriptions en lettres d’or sur marbre noir ; elles furent exécutées en 1697, et Guichard les mentionne en 1760 dans son Voyage de Chantilly : « À la Ménagerie, je fus charmé de relire nombre de passages des fables de notre inimitable La Fontaine, applicables aux divers animaux qui y étaient, et gravés, comme ils le méritent, en lettres d'or sur un marbre noir ».

C’est aussi aux fables de La Fontaine que furent empruntés

les sujets représentés, en plomb sculpté et coloré, près des bassins et cascades dans les cours supérieures de la Ménagerie : le Pot de terre et le Pot de fer, le Loup et la Chèvre, les Deux Cogs, l’Autour et la Colombe, le Geai paré des plumes du paon, quatre paons debout aux angles d’un bassin et jetant de l’eau vers un geai perché au milieu sur un rocher, etc., etc.. Dès lors, la Ménagerie tient une grande place dans le récit des fêtes données à Chantilly. Le 15 mai 1695, « le roi vint coucher à Chantilly, où il se promena le soir en calèche avec la princesse de Condé, M”° de Condé sa fille, la princesse douairière de Conti et quelques autres dames, avec lesquelles 11 alla voir la superbe ménagerie que le prince avait fait bâtir depuis quelques années » (Journal du marquis de Sourches). Au mois de juin 1698, lorsque le comte de Portland, ambassadeur extraordinaire du roi d’Angleterre, quitta Paris pour regagner Londres, le prince de Condé l’arrêta quelques jours à Chantilly et le régala magnifiquement. Un poète qui assistait à ces fêtes ne put

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se retenir de donner une Description de Chantilly en vers françois ; c'était un homme modeste, car il n’a signé son œuvre que d’une initiale, C..., et je n'ai pu découvrir son nom. Après avoir invité milord Portland à venir admirer Chantilly, 1il en décrit les beautés et n a garde d'oublier la Ménagerie :

Ce superbe salon et cette Laiterie

Effacent tout l’éclat de ces somptueux bains

Que l’histoire a vantés chez les peuples romains. L'’œil n’y découvre rien que marbre et porcelaine Arrosés par les éaux d'une claire fontaine

Qui semble s’empresser à sortir de son sein

Pour occuper les bords d’un si riche bassin.

Aussi de tous côtés le marbre nous étale

Du sage Phrygien l’agréable morale

Que La Fontaine a su renfermer en des vers

Qui dureront sans doute autant que l'univers.

Quel charme et quel plaisir de voir ces longues cages Toutes pleines d'oiseaux de différents plumages, Oiseaux bénins, de proie, oiseaux légers ou lourds, Paons, outardes, griffons, aigles, sacres, vautours ; Ces loges renfermant maint rare quadrupède, Animaux singuliers que l'Afrique possède, Panthères, léopards, ours, tigres et lions;

Ces viviers où l’on voit de monstrueux poissons, Truites, carpes, brochets, dont l’écaille azurée [mite du pigeon la gorge colorée !

Je vous quitte à regret, délicieux séjour.

Le poète aurait pu mentionner aussi les perroquets et les serins nourris au château pour l’amusement permanent des princesses. Il parut en 1705 un Traité des serins de Canarie dont l’auteur, Hervieux, se qualifie de « gouverneur des serins de Madame la princesse de Condé ».

L'esprit inventif et le goût éclairé qui distinguaient le prince Henry-Jules augmentaient d'année en année les embellissements de Chantilly, excitant l'admiration de

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visiteurs illustres tels que les ducs de Bourgogne et de Berry (1705 et 1708), l’électeur de Cologne (1706), le prétendant d'Angleterre, pour ne citer que les principaux. Le cabinet des Armes, que Santeul avait célébré, fut luxueusement installé au-dessus de la grande salle de l’Orangerie ; à côté, ce qui restait de la vieille ferme de Bucamp fut abattu et remplacé par un grand corps de logis avec étage, destiné au logement des invités. A l'entrée de l’avant-cour, les deux ponts-levis furent remplacés par un pont de pierre. La terrasse du Connétable fut reliée par un large pont, dit le pont du Roi, au parc boisé où fut percée la longue route bordée de hautes charmilles qui va se perdre dans les profondeurs de la forêt. De nouvelles salles furent créées dans le parc de Sylvie, et de nouvelles avenues dans le massif forestier, que le prince augmenta par des acquisitions considérables : terre et seigneurie du Lys en 1688, terres de Laversine et de Saint-Maximin en 1694, marquisat de Coye en 1701, châtellenie de Creil en 1704, marquisat de Verneuil en 1705, seigneuries de Luzarches (1707) et de Chaumontel (1708), etc., un immense territoire autour de Chantilly. Son petit-fils complétera le domaine forestier par l'acquisition des bois de l’abbaye d’Hérivaux en 1716 (forêt de Coye); c’est lui aussi qui fera planter la forêt du Lys (1719). L’adjonction de la terre de Coye assurait au prince de Condé la possession du grand étang sur la chaussée duquel se dressait un pavillon à tourelles nommé la « loge de Viarmes », rebâti au x1x° siècle et désigné depuis cent ans, sans aucune raison, sous le nom de pavillon de la reine Blanche. À Chantilly même, le prince Henry-Jules racheta les maisons de la grande rue (en decà de l’église), dans le dessein de les abattre et de les remplacer par de vastes écuries dont le plan fut dressé ; il n’eut pas le temps d'exécuter ce projet,

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