‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 39 sur 91 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le duc de Bourbon, né en 1692, épousa en 1713 sa cousine Marie-Anne de Bourbon-Conti. Veuf en 1720,iltomba la même année sous le joug de M°* de Prie, qui devint le véritable chef de l’État le jour où son amant prit la succession du Régent (décembre 1723). Vaincu dans sa lutte contre le cardinal de Fleury, le duc de Bourbon fut exilé à Chantilly (juin 1726), pendant que M”* de Prie était reléguée en Normandie, où elle mourut l’année suivante. M. le Duc rentra en grâce au mois de décembre 1727. En juin 1728, il épousa la princesse Caroline de Hesse-Rhinfeld, et partagea dès lors sa vie entre Chantilly et la cour, n'ayant aucune part au pouvoir, aucune influence auprès de Louis XV. Il mourut à Chantilly le 27 janvier 1740, dans la petite chambre qui sépare la Bibliothèque de la grande Singerie. Nous n'avons pas à juger son rôle politique, ni même à apprécier son caractère ; il fut, à bien des égards, un assez pauvre homme, comme ses frères les comtes de Clermont et de Charolais ; mais il aima passionnément les sciences et les arts, et à ce titre il nous intéresse. Immensément riche (en partie grâce au système de Law), follement prodigue pour satisfaire ses fantaisies, épris de Chantilly plus qu'aucun de sa race, 1l semble avoir fait de l’embellissement de cette maison le but de son existence ; Saint-Simon déclare que

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« les sommes prodigieuses » qu'y avait dépensées le prince Henry-Jules de 1687 à 1709 « ont été des bagatelles en comparaison des trésors que son petit-fils y a enterrés et des merveilles qu’il y a faites ». Il subsiste de nombreux témoignages de sa magnificence, dans le château comme dans la ville; le plus splendide est assurément le majestueux bâtiment des Grandes Écuries. Pendant vingt ans, Chantilly fut un vaste chantier, depuis le château jusqu’à l'extrémité de la ville, et cette période fut marquée par une continuelle alternance de fêtes brillantes et de travaux d’art. Le branle commence en 1718; au mois de septembre de cette année, des fêtes sont données en l’honneur de la duchesse de Berry, fille du duc d'Orléans ; la princesse s’amusa surtout « au manège d’un grand lion enfermé dans une loge avec une chienne qui l’a allaité ; ils jouent et badinent ensemble, et le lion souffre tout de sa mère nourrice, qui semble être la maîtresse » (Mercure) ; il finit cependant par perdre patience, dit l’archiviste de la maison, Mathieu Luillier, et il la tua. Saint-Simon a consacré une page à ces fêtes, dont nous ne mentionnerons « que l’aventure tragique qui faillit se produire au milieu de tant de somptueux plaisirs. M. le Duc avait de l’autre côté du canal une très belle ménagerie, remplie en très grande quantité des oiseaux et des bêtes les plus rares. Un grand et fort beau tigre s’échappa et courut les jardins de ce même côté de la ménagerie, tandis que les musiciens et les 16 comédiens, hommes et femmes, s’y promenaient. On ou peut juger de leur effroi et de l’inquiétude de toute cette WA cour rassemblée ». Heureusement, on put le ramener adroitement dans sa loge,« sans qu'il eût fait aucun autre | mal à personne que la plus grande peur ». à La duchesse de Berry partie, les travaux commencèrent partout à la fois. Ils sont résumés dans un précieux livret

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