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rédigé en 1760 par Louis de Sarrobert, capitaine de Chantilly : « Les changements que S. A. S. a faits au grand et au petit château sont immenses. $S. À. $S. a fait abattre et rebâtir trois faces de la cour du château, savoir, celle par où on entre, celle du grand escalier, et celle qui regarde le petit château. Elle a aussi fait refaire un pont par lequel on entre dans le château, à la place de l’ancien qui était très vilain. Elle a fait accommoder le dedans de tous les appartements qui n’ont pas été rebätis à neuf. C'est elle qui a fait bâtir la chapelle et qui l’a rendue telle qu’elle est. Les appartements du petit château, qui auparavant étaient à l’ancienne mode, ont été ajustés par ce prince, qui a rendu cette maison aussi magnifique que commode ».
L'architecte de Chantilly était Jean Aubert, que le duc de Bourbon connaissait pour l’avoir vu travailler à Saint- Maur, autre château des Condé, où il avait eu sous ses “ordres les maçons Jean et Maurice Sedaine, grand-père et grand-oncle de l’auteur du Philosophe sans le savoir. En outre, Aubert avait succédé à Lassurance comme architecte de l’hôtel de Bourbon à Paris, où il avait construit l'hôtel du Maine et achevé celui de Beauvais. La démolition de la chapelle, en décembre 1718, marqua le début des travaux ; elle fut reconstruite au même emplacement, mais dans un autre style et surtout sur un autre plan. L'ancienne chapelle était un bâtiment isolé, comprenant une nef régulière, parallèle au mur d’enceinte qui fermait le grand château du côté de la cour basse; la nouvelle fut englobée dans les constructions que comportait la création de nouveaux appartements. De forme parfaitement ovale, elle occupa la cage de l'escalier d'honneur créé par M. Daumet, qu’elle débordait un peu à droite et à gauche. En dehors de l’ovale, ouvrant sur le milieu de la grande courbe, se trouvait le chœur, compris dans une tour que
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l'on voit sur les plans du xvin* siècle, mais que les remaniements modernes ont fait disparaître ; elle avançait sur le fossé qui séparait alors les deux châteaux. L’emplacement de cette tour est coupé au tiers par le mur de facade du petit château, l’angle de la cour couvrant les deux autres tiers.
La reconstruction de la façade d’entrée du grand château supprima ce qui restait de l’œuvre de Pierre Chambiges. Les tours furent rasées à hauteur du pont (le bas subsiste). « La porte, dit Piganiol de La Force, fut rebâtie à la moderne et ornée de sculptures » : des trophées, avec les armes du roi accompagnées de deux anges, d’autres trophées sur les quatre panneaux et sur les acrotères. L'aspect extérieur du château présenta une énorme bâtisse uniforme, à deux rangs de fenêtres régulièrement superposées, avec un troisième étage en mansarde muni d’un balcon ininterrompu, comme celui qui enveloppe les Écuries. Le petit château se trouvait écrasé par le voisinage de cette masse grandiose, qui certes manquait de beauté, mais qui avait l'avantage de contenir une profusion d'appartements. Dans la cour, qui devait être fort sombre, le grand escalier prenait naissance au degré qui accède aujourd’hui à la terrasse de la chapelle; on y entrait par trois arcades décorées de colonnes corinthiennes et d’un fronton brisé ; au-dessus était un cadran soutenu par deux génies et accompagné des figures d’Iris
et du Temps. Les deux rampes de l’escalier aboutissaient,
à la hauteur du premier étage, à un vaste palier où fut placée, en 1735, la statue du Grand Condé par Coysevox.
Un mot de la décoration intérieure. Le rez-de-chaussée comprenait les salles et galeries du Tasse et des Géorgiques, ainsi nommées à cause des tableaux dont elles étaient ornées et qui représentaient des scènes tirées de la Jérusalem délivrée et du poème de Virgile. La salle
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