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donne le jour au duc d’Enghien dans son appartement du petit château, au rez-de-chaussée (2 août 1772). Le père avait seize ans, le grand-père trente-six. Quel riant avenir! Et qui pouvait prévoir les prochaines catastrophes ! Aussi est-ce une fête continuelle, et le prince de Condé s’applique avec ardeur à embellir le domaine, à développer la ville par de nouvelles concessions de terrains, où s'élèvent des maisons dont ses architectes réglementent la construction afin de sauvegarder la beauté de Chantilly.
Le 24 octobre 1769, « on posa la première pierre du bâtiment neuf que S. A. S. fait construire en face du fossé sec, près le grand arche » (Journal de Toudouze). Ce long bâtiment, construit à l'italienne, est l’œuvre de Jean- François Leroy ; il comportait seize appartements, destinés au logement seul, composés chacun d’une grande et d’une petite chambre précédées d’un vestibule. Le premier occupant fut le duc d’'Enghien; aussitôt après sa naissance, il y fut installé avec ses femmes, ses trois nourrices et leurs familles. Le nouveau château fut dès lors nommé indistinctement, et pendant plus d’un siècle, « bâtiment neuf » et « château d'Enghien »; ce dernier nom a prévalu. M. le duc d'Aumale l’a divisé en quatre appartements, affectés au logement des conservateurs du Musée Condé.
En 1770, le prince de Condé fit raser le Labyrinthe de Desgots dans le parc de Sylvie et en fit dessiner un autre
à côté, dans le carré de l’Arquebuse. Au centre du Laby-
rinthe fut construit le Kiosque ou Pavillon chinois, « de forme circulaire et flanqué de quatre petites tours qui font en dehors une saillie semi-circulaire. Il est couronné d'une lanterne dans laquelle on place les musiciens, qu'on entend du dedans sans les apercevoir. L’extérieur de ce pavillon est décoré d'ornements chinois, caractères
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d'écriture, sonnettes, et de quatre figures d'hommes et femmes jouant des instruments, placées sur les quatre tours. L'intérieur est meublé et décoré très galamment ; on y voit des femmes chinoises peintes sur bois, qui portent des torchères. Quatre niches pratiquées dans les tours sont occupées par des canapés ; entre ces niches sont des tables de marbre, et, au-dessus, des tableaux et des bas-reliefs représentant les amusements des Chinois. Le plafond représente un ciel où voltigent des oiseaux chinois ; au milieu est un aigle, qui semble tenir en son bec le cordon du lustre, fait de fleurs émaillées. Le meuble est d’une perse fort jolie » (Dulaure, Nouvelle description des environs de Paris, 1786). Le pavillon fut inauguré le 11 août 1771; ce jour-là, dit Toudouze, « il y eut collation au Kiosque, où les musiciens ont Joué dans la lanterne sans être vus, ce qui a surpris la compagnie ; l'imagination est de Son Altesse Sérénissime ». Le parc de Sylvie a conservé sa disposition générale ; mais le Kiosque et tous les ornements ont disparu ; seul le Labyrinthe, dessiné à nouveau au xix° siècle, a été l’objet de soins spé- CIaux.
En 1771 aussi fut créé « le délicieux champêtre » de la tête du grand Canal, qui fut inauguré le 29 août. Dans le parc de la Caboutière, le Jeu d’'oie fut supprimé, et l'allée du Quinconce prolongée jusqu'aux salles du Sphinx. Mais la création la plus originale fut celle du Jardin anglais et du Hameau. C’est à l'automne de 1772, un jour que le prince de Condé se promenait avec son architecte Leroy dans la vaste prairie, dite prairie de Candie, qui s'étendait entre le canal des Morfondus et le grand Canal, que l’idée lui vint d'en transformer une partie pour apporter un pendant aux îles d'Amour et du Bois-Vert, et donner un aspect similaire aux deux côtés du grand Parterre, La création du Jardin anglais fut aussitôt
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résolue. Les travaux, activement poussés pendant l'hiver, étaient terminés au printemps de 1773. Le 19 mai, après midi, le prince dirigea sa promenade de ce côté : « De Sylvie et du Kiosque, on a été à la promenade du Rocher; Leurs Altesses et Madame la Duchesse, ainsi que la compagnie, ont été dans les pirogues et ont fait le tour des canaux ». Ce fut le plaisir de l'été. Le 12 juin 1773, « ME le duc de Chartres a été à la nouvelle promenade et a été dans les pirogues, ensuite s’est mis dans l’eau depuis l’Antre jusqu’au Rocher, où il avait de l’eau jusqu’à la ceinture ». Le lendemain, « la compagnie a été à la nouvelle promenade et dans les pirogues et s’est aussi promenée dans l'eau... Leurs Altesses et compagnie se sont mis dans l'eau et y ont dansé » (Toudouze). Écoutons un auteur contemporain : « La variété préside ici, et l’art, qui a tout fait, se cache si bien sous les traits de la nature qu’on le prendrait pour elle-même. Des ruisseaux serpentent parmi les bosquets, parmi des gazons. Un torrent tombe en nappe; près de là s'élève une grotte feinte (l'Antre), couverte de verdure, dont les piliers s'élèvent du milieu de l’eau et dont la rustique majesté imprime un sentiment d’admiration et d’effroi. Ailleurs, les eaux forment une anse couverte de pirogues (le Port des pirogues), sorte de gondoles où trois personnes peuvent tenir. Leurs différentes couleurs, leurs mâts, leurs banderoles flottantes font un spectacle aussi varié qu’agréable. Plus loin, de petits berceaux de chèvrefeuille forment ce qu'on nomme la Guinguette, où se trouvent des tables et des sièges. Un grand berceau percé d'arcades s'élève entre deux canaux, bordés d’un gazon fleuri ; on y a planté la statue de Bacchus tenant une coupe à la main, et
celle de l'Amour brisant son arc. Sur un monticule
ombragé, paraît un Rocher d’où l’eau suinte de toutes parts ; on y arrive par un joli canal. Des percées habile-
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En 1774, on construisit le Hameau; il fut inauguré pendant le court séjour que le prince de Condé fit à Chantilly, à l’occasion des fêtes de Pâques, au mois d'avril 1995 : « Le 16, jour de Pâques, S. A. $S. a conduit M: le Duc et la compagnie au Hameau pour leur en faire voir les appartements, bien décorés, sous des couvertures de chaume. » La duchesse de Bourbon, qui n’était pas du voyage, vit le Hameau pour la première fois pendant le séjour d'été, le 16 juillet 1775, et ce fut dès lors un lieu de prédilection. Après les longues et chaudes journées d'été, on soupait au Hameau ; les bosquets s’éclairaient de mille feux qui se reflétaient dans les eaux ; on se promenait dans les pirogues au son d’une douce musique ; puis on dansait, on chantait, on jouait, et c’est avec regret quon regagnait le château quand s’annonçait l'aurore. « Sept maisons détachées, disposées sans ordre, couvertes de chaume, s'élèvent au milieu d’un gazon toujours vert; là est l’orme antique, ici un puits; plus loin, une palissade enveloppe un jardin planté de légumes et d'arbres fruitiers. Un moulin, dont le ruisseau fait tourner la roue; en face, une étable, une laiterie. Une maison est consacrée à la cuisine, une autre à la salle à manger, dont la décoration fait une sorte de rendez-vous de chasse ; on croit être au milieu d’un bois touffu; les sièges imitent des troncs d'arbres, des canapés de verdure, et des groupes de fleurs naissent en pleine terre; quelques ouvertures ménagées cà et là entre les branches d'arbres laissent pénétrer la lumière. Une autre chaumière sert de salle de billard, une autre de cabinet des livres (celle-ci a disparu). La Grange offre, dans son
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intérieur, un vaste et superbe salon, décoré de pilastres corinthiens accouplés, dont la frise est enrichie de guirlandes ; le plafond représente un ciel serein, où voltigent des amours. Les glaces sont grandes. Toutes les draperies et l’ameublement sont en taffetas couleur de rose, garni en argent. Deux cabinets accompagnent ce salon magnifique. » Ainsi s'exprime Dulaure en 1786; cette description est confirmée par les auteurs du Voyage pittoresque de la France, publié en 1787 et orné de vues du Hameau gravées par Née, d’après Lacombe et Filleuil : à la même époque, Mérigot a dessiné et gravé les principaux points du Hameau et du Jardin anglais (Promenades ou itinéraire des jardins de Chantilly, 1791); on les voit aussi sur les cartons du jeu de cavagnole exposé dans les galeries du Musée Condé; enfin, on lit avec plaisir la Description des eaux de Chantilly et du Hameau, par Le Camus de Mézières, publiée en 1783.
Quand la princesse Louise de Condé, au sortir du couvent de Panthémont, vint pour la première fois à Chantilly, son père donna des fêtes en son honneur. La troi-
sième journée (3 juin 1777) fut consacrée au Hameau, et
Toudouze n'a pas manqué d'en noter brièvement les épisodes : « On a commencé par le Rocher, où était M. de La Touraille, en peintre, qui a complimenté Mademoiselle ; de là au Port des pirogues, où étaient des bergers, qui ont chanté; ensuite à l’Antre, où M. Laujon, habillé en femme, a fait son rôle en chansons. La marche a continué par la Guinguette, où étaient des bergers chantant avec M. d'Auteuil; de là au Moulin, où étaient aussi des bergers qui ont chanté avec M. Laujon; puis à la Salle à manger, où était Durac, qui a chanté un air de chasse; ensuite au Billard, où étaient M. de Gouvernay en maître d'école et M. Laujon en sœur grise, avec des écoliers qui ont chanté vêpres ; de là à la Biblio-
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thèque, où était M. de Châtelux en philosophe, puis au Salon, et ensuite sur la place de la Veillée, où Madame la Duchesse (de Bourbon) a présenté un petit enfant, et les dames ont travaillé au métier de dentelle et tricoté : les bergers et bergères ont dansé sur la place ». La princesse Louise, dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa beauté, était alors « la blanche déesse à face ronde » célébrée par un des poètes de Chantilly, telle que la montre une délicieuse miniature conservée au Musée Condé(ZLa Dernière des Condé, par le marquis de Ségur).
Le Hameau traversa la Révolution sans trop de dommages ; les chaumières sont toujours debout, moins brillantes sans doute, surtout à l'intérieur. Le Jardin anglais a beaucoup plus souffert; on reconnaît encore le Rocher, mais la Guinguette a disparu; l’île des Orangers est dénudée, et du verger il n’y a plus trace; l’Antre s’est effondré, encombrant de ses débris le ruisseau qu'il couvrait; les arbres ont poussé partout et ont enlevé au jardin son caractère. Ce coin qui devient sauvage est encore délicieux pour la promenade aux chaudes journées d'été ; mais ce n’est pas sans mélancolie qu'on parcourt ces lieux autrefois si brillants, si animés, et tombés pour toujours dans le silence et la désolation.
De l’autre côté du grand Canal, le Vertugadin était entouré des bustes des douze Césars. Au centre, où se dresse aujourd’hui le groupe de pierre montrant Hercule et ses travaux, s'élevait une statue en marbre de Diane chasseresse, accompagnée, de chaque côté, de deux bacchantes en gaîne ; plus bas, deux statues de Vénus.
Un peu plus loin se développaient les bâtiments de la
Ménagerie, auxquels le prince de Condé ajouta une orande vacherie qui subsiste sous le nom de ferme de la Ménagerie. A l’intérieur, il remplacça le clos des Sangliers par une faisanderie de la Chine. L'établissement
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