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était soigneusement entretenu en animaux rares de tout genre ; la baronne d'Oberkirch déclare dans ses Mémoires que la ménagerie de Chantilly « est plus nombreuse et plus soignée que celle du roi ». En reconnaissance de l'accueil qu'il avait reçu à Chantilly le 25 mars 1771, le roi de Suède envoya au prince de Condé, pour sa ménagerie, trois rennes, deux mâles et une femelle, conduits par un Lapon et deux Laponnes; la petite troupe parvint à Chantilly le 12 février 1772 ; les deux mâles moururent bientôt ; la femelle résista plus longtemps et Buffon lui consacra un article dans ses descriptions. Il dit avoir vu aussi à Chantilly un ours d'Amérique d’un très beau noir et dont le poil était doux. Le duc de Croy y admira les oiseaux aquatiques en 1778 ; il signale en outre un très grand aigle, un grand fourmilier très privé, et surtout un orang-outang, « grand singe noir à crins de sanglier, qui est très curieux à voir marcher, comme un homme, à qui il ressemble assez ». Dans l’été de 1783, la Ménagerie s'enrichit d'un crocodile ; le 25 Juillet, Mademoiselle alla lui faire visite avec ses dames. Mongez nous apprend que ce crocodile « accourait à la voix de ses gardiens et se laissait chatouiller sous la gorge ». Antoine Mongez, chanoine de Sainte-Geneviève de Paris et garde du célèbre cabinet d’antiques de cette abbaye, n'était pas un inconnu à Chantilly; il avait imaginé, sans doute avec l’aide de son frère Jean-André, aussi génovéfain, naturaliste et physicien, un méridien octogonal qui indiquait l'heure de midi dans différentes villes du monde, et ce curieux travail, acheté par le prince de Condé, avait été placé sur une colonne de porphyre antique dans le bassin des oiseaux de mer (le nom de la Colonne a été conservé à la première rue de Vineuil, qui passe sur l'emplacement de ce bassin). Il crut à la réalité du chant des cygnes du Méandre en écoutant à
Chantilly deux cygnes sauvages dont le mâle donnait les notes mnt, fa, et la femelle les notes ré, mi, en un chant alternatif. À ce propos, il rédigea un mémoire qui rencontra le plus vif succès à l'académie des Sciences comme à celle des Inscriptions (juillet 1783). Le prince de Condé voulut le lire à son tour, et l’auteur, accompagné de deux académiciens, vint le lui présenter à Chantilly. Une expérience fut tentée devant le prince, et les cygnes « se mirent à préluder et à produire l'harmonie qu'on attendait ». Mais quelqu'un troubla la fête. Il y avait à Chantilly un savant fort sérieux, le célèbre naturaliste Valmont de Bomare, et, en termes fort vifs, il se moqua de tout cet étalage de science musicale et d’érudition.
Depuis 1768, Valmont de Bomare avait la direction supérieure du cabinet d'Histoire naturelle de Chantilly, dont la garde effective était confiée à Lambert Deshayes. En 1786, il vendit son propre cabinet au prince; les Mémoires secrets enregistrèrent la nouvelle en ces termes, à la date du 28 novembre : « M. le prince de Condé, qui avait à Chantilly un superbe cabinet d'histoire naturelle, enrichi par les magnifiques présents en ce genre que lui ont faits successivement le roi de Danemark et le roi de Suède, vient d'acquérir aussi celui de M. Valmont de Bomare, très riche dans les trois règnes. Le prince lui en laisse la jouissance pendant le dernier cours que doit faire ce démonstrateur célèbre, le premier et longtemps le seul d'histoire qui ait existé à Paris. M. le prince de Condé a institué en même temps M. Valmont de Bomare directeur de ses cabinets, qui, fondus et arrangés suivant sa méthode, en formeront un des plus importants, des plus complets et des plus intéressants qu'il y ait eu en Europe. » Des présents faits au prince par le roi de Suède, nous connaissons le
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