‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 52 sur 91 · AP · texte numérisé non relu

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LOUIS-JOSEPH, PRINCE DE CONDÉ 185 Rozier et le chimiste Proust : « S. A. S. M5 le prince de Condé, conta Pilâtre dans le Mercure, ayant jugé d’après ; le vent que nous serions portés dans ses domaines, avait |

ordonné de placer à midi un observateur sur les combles / du château. Dès qu’on eut aperçu la montgolfière, il nous expédia quatre piqueurs, qui nous cherchèrent dans la è forêt. Le prince voulut bien aussi monter en voiture, ainsi que Mf le duc d’'Enghien et M”° de Condé. » Le prince fit servir à souper aux courageux aéronautes, puis leur donna une voiture et un courrier pour les ramener à Versailles.

Il semblerait qu'au milieu des plaisirs et des beautés de Chantilly toutle monde dût être heureux. Et cependant la duchesse de Bourbon connaissait déjà le chagrin. L'amour qui avait embrasé les quinze ans de son jeune mari s'était consumé comme un feu de paille ; après la naissance du duc d’'Enghien, le prince se crut quitte de tout devoir envers sa femme et la négligea complètement, pour se lancer avec les jeunes gens de son âge dans une vie de galanteries et de plaisirs faciles dont le coryphée était le comte d’Artois. Pendant huit années, la princesse souffrit en silence, consolée par son beau-père qui multipliait pour elle Les divertissements et les fêtes ; mais la liaison du prince de Condé avec M"° de Monaco rendait la situation délicate pour la jeune princesse, et 4 d'autre part n’autorisait guère le père à user de représentations envers un fils unique pour qui sa faiblesse était grande. La jeune femme délaissée, dont le cœur était tendre et l'esprit inquiet, accepta des hommages qui amenèrent des inconséquences suivies de récriminations. Le duc de Bourbon, en dépit de mille raisons d’être indulgent, exigea une séparation absolue à la fin de Ka l’année 1780 ; il était alors attaché à M" Michelot, de l'Opéra, dont il venait d’avoir une fille; il expiera plus 5

tard son étrange sévérité entre les mains de M°° de Feuchères. Le prince de Condé laissa faire. Le 11 décembre, Toudouze nota sur son Journal : « Leurs Altesses Sérénissimes sont parties après la chasse pour aller à Paris pour arrangements de famille. » La duchesse de Bourbon ne revit pas Chantilly; on promit de lui mener son fils une fois par semaine pendant les séjours à Paris, promesse tenue parcimonieusement. La princesse vécut seule désormais, promenant la curiosité de son esprit à travers le mysticisme, le magnétisme, et les systèmes philosophiques ou pseudo-religieux qui sévirent à la fin du xvun® siècle. La Révolution achèvera de la séparer des Condé ; la Restauration les rapprochera sans les réunir, et Bathilde d'Orléans, toujours bonne et charitable, terminera saintement sa vie le 10 janvier 1822.

Le duc d'Enghien ne souffrit pas trop de l'absence de

la duchesse de Bourbon, car celle-ci fut suppléée par la princesse Louise de Condé, qui adorait son neveu et devint pour lui une véritable mère, aussi tendre que vigilante. C’est elle qui fera désormais les honneurs de Chantilly, où sa grâce gagnera tous les cœurs ; Angélique de Mackau, marquise de Bombelles, qui passa quelques jours à Chantilly en novembre et décembre 1781, ne tarit pas d’éloges ; mais autant M" de Condé est aimable, autant la princesse de Monaco lui paraît pédante et désagréable : « Elle prêche morale toute la journée; M. le prince de Condé a l’air d’un petit garçon devant elle ; à peine ose-t-il parler à une femme, parce qu’elle est d’une jalousie excessive ; aussi, comme elle n’est pas aux répéütions, 1l choisit ce moment pour jaser avec sa fille et avec moi; il rit des folies que nous disons, parce que Mademoiselle est fort gaie; mais à peine rentré dans le salon, le rideau se tire sur tous les visages, c'est une véritable comédie; M. le prince de Condé va tristement

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