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se placer auprès de M" de Monaco. » (La Marquise de Bombelles, par le comte Fleury). Les pièces qu’on joue alors à Chantilly sont la Métromanie de Piron, la Fausse Magie de Montcrif, l Amant jaloux de M. d'Hèle, musique de Grétry, l’ Épreuve délicate, nouvelle pièce par Grouvelle, secrétaire du prince de Condé, l’Avocat Patelin de Brueys et Palaprat, les Plaideurs de Racine, les Deux Avares de Fenouillot de Falbaire, le Prince lutin, par M. de Saint- Alphonse, avec musique de son beau-frère, M. de Laborde. Dans l’Amant jaloux, « M. le prince de Condé a rendu à merveille Le rôle de Lopez ; il y a mis toute la gaîté et la finesse que le rôle exige. Mademoiselle a assez bien fait Jacinthe... Elle me témoigne toujours l'amitié la plus grande, je l’aime à la folie ».
Cette impression produite par la princesse Louise fut confirmée l’année suivante par la baronne d'Oberkirch, qui accompagnait le futur tzar Paul I et sa femme dans leur voyage en France : « Mie de Condé est digne de ses ancêtres : c’est une de ces personnes tellement audessus des autres que leur haut rang n’ajoute rien à leur valeur personnelle ; née dans une ferme, elle eût été la première dans cette ferme, par son esprit supérieur et sa distinction innée. Elle est belle, mais à la manière des reines ; il y a de la puissance et de la force jusque dans son sourire : elle a cependant, en même temps, une grande tendresse de cœur ; c’est un front à porter une couronne ou un voile de religieuse. Sa piété est angélique, elle conserve partout une sérénité d’âme et de regard qui ne va qu’à une créature privilégiée de Dieu. Elle est bonne musicienne, avec une belle voix et un jeu fort agréable sur le clavecin ; elle sait même la composition. Elle peint de plusieurs manières et fait fort bien les vers. » L’héritier du trône de Russie voyageait sous le nom de comte du Nord; le prince de Condé voulut le
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recevoir à Chantilly et avança le « grand voyage » annuel ; il arriva le 30 mai avec sa famille pour surveiller les préparatifs de la réception et organiser les fêtes : illuminations, divertissements, chasses, comédie ; les acteurs de l'Opéra, de la Comédie italienne et de l’'Opéra-Comique vinrent le 9 juin pour répéter l’Amni de la Maison de Marmontel, une pièce composée pour la circonstance par Laujon, le Poète supposé, des fragments de l’Iphigénie de Glück; un ballet devait terminer la représentation. Cent cinquante personnes avaient été invitées par le prince de Condé, qui se montra magnifique à son ordinaire. Le comte et la comtesse du Nord arrivèrent le 10 juin et partirent le 12; ces trois jours furent un éblouissement. Le 10, après la comédie, on soupe au pavillon de Vénus, qu’on avait élargi en dressant des galeries à droite et à gauche au-dessus des canaux: tous les parterres sont brillamment illuminés ; après souper, on s’amuse à tous les jeux établis dans les îles, puis on danse; « ce fut. d’une gaîté, d’un entrain qu’on ne rencontre point ordinairement à la cour » (Mémoires d'Oberkirch). Un feu d'artifice termina la soirée, et la compagnie regagna le château à trois heures du matin. Le 11, on visite les appartements, le cabinet d'Histoire naturelle, le cabinet des Armes, le Jeu de paume, où l’on voit jouer ; après diner, promenade en forêt, aux étangs, à la Table, retour à Sylvie, visite de la Ménagerie, des Eaux minérales, des Cascades, des Potagers ; le soir, souper au Hameau, promenade en pirogues, et danse de bergers et bergères. Le 12 au matin, chasse du cerf dans le grand parc ; l'animal vint se faire prendre dans le grand Canal, entre la Ménagerie et le Vertugadin. Le comte du Nord prit tant de plaisir à cette chasse que le prince de Condé voulut qu'il en conservât le souvenir, et Le Paon fut chargé de fixer sur la toile le dernier épisode de la chasse,
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au moment où le cerf bat l’eau, les chiens le suivant à la nage, les piqueurs dans des barques, au grand plaisir des princes, seigneurs et dames qui sont à cheval ou en carrosse, et de la foule de monde qui couvre les rives du canal. Ce tableau est toujours à Saint-Pétersbourg. En 1884, le grand-duc Wladimir, qui à un siècle d’intervalle trouvait à Chantilly le même accueil que le grandduc Paul, fit exécuter une copie du tableau de Le Paon et l'offrit à M. le duc d’Aumale, qui la plaça dans le vestibule du petit château.
S1 l’on s’accordait à louer chez le prince de Condé les qualités de l'esprit et du cœur, l’affabilité, la bonté, une culture très étendue, on ne rencontrait guère chez le duc de Bourbon que l’amour immodéré de la chasse. Quant au duc d'Enghien, alors âgé de dix ans, il se montrait enfant aimable, affectueux, et faisait les délices de Chantilly; sa tante dirigeait son éducation, ses jeux, ses promenades, lui inculquant ses nobles qualités en même temps que le sentiment des devoirs qui l’attendaient ; pour le moment, le seul qui soit à la portée de l'enfant est l'affection envers les serviteurs et les vassaux, et toute sa famille lui donne l’exemple. Le prince de Condé agrandit l’hôpital, crée une école gratuite de dessin, un établissement d'enseignement secondaire ; les droits seigneuriaux sont fort légers, la taille n'a pas augmenté depuis cent ans, et, privilège unique dans le royaume, Chantilly est exempt des droits de régie. Les princes se mêlent aux habitants de la ville, prennent part à leurs plaisirs, jouent et dansent avec eux; chaque année, le prince offre à souper aux bourgeois et aux commerçants dans le dôme des Écuries brillamment éclairé, avec musique en bas et cors de chasse sur le balcon intérieur, tandis que des tables sont dressées autour de la vaste rotonde et chargées de victuailles à l’usage du peuple.
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Aussi n'est-ce pas une phraséologie de commande, mais bien l’expression d’un sentiment sincère que l'on put lire dans les Affiches de Senlis le 22 mars 1786 : « Les alarmes causées par une fièvre opiniâtre survenue à S, A.S. Monseigneur le prince de Condé sont entièrement dissipées. Dimanche 13 mars, Son Altesse en parfaite convalescence est revenue dans ses domaines de Chantilly. L'annonce de cet heureux retour y avait déjà causé la joie la plus vive. Aux approches du prince, une division nombreuse de la bourgeoisie, en uniforme et formantun corps de cavalerie, est allée en bon ordre au-devant de lui et a eu l'honneur d’escorter jusqu'à son château ce prince chéri, qui a été recu aux acclamations et aux applaudissements d’une foule prodigieuse. Les habitants ont fait chanter avec pompe dans leur église une messe solennelle et un Te Deum en actions de grâces de cette précieuse santé. S. À. $S. a accueilli avec les marques d’une sensibilité touchante les hommages qui lui ont été rendus. Les traits de sa munificence se sont multipliés. Tous les braconniers et autres délinquants dans les bois de S. A. S. ont recu, avec leur élargissement et la remise de toutes amendes, des secours en pain et en argent; une voix bien capable de les convertir (celle de la princesse Louise) les a exhortés à ne plus s’exposer à des peines qu'on leur inflige à regret. Le soir, toutes les maisons ont été illuminées ; le prince en voiture les a honorées de ses regards ; il a vu avec satisfaction les devises de toute espèce, ingénieuses, naïves et plaisantes, qui décoraient le frontispice de plusieurs bâtiments. Elles tendaient toutes à exprimer les transports de la joie dont les cœurs étaient remplis. » La Révolution va mettre fin à ces mœurs charmantes et jeter Chantilly dans la désolation.
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