‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 54 sur 91 · LA RÉVOLUTION — LE DERNIER CONDÉ · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION — LE DERNIER CONDÉ

À Chantilly, l'esprit nouveau souffla d'abord dans les bois, et le gibier du prince de Condé apprit à ses dépens que la nation française s’essayait à la liberté. Les délits furent nombreux dans le courant de l’année 1788; au mois de novembre, le prince obtint l'envoi d’une brigade de la maréchaussée pour prêter main-forte à ses agents; mais on se moquait déjà de l'autorité, et d'autre part le rigoureux hiver qui suivit fournit au bon prince un excellent prétexte pour abandonner la poursuite des procèsverbaux de délits, dont le nombre s’était multiplié en raison de la misère croissante et de la dureté des temps.

Ce fut bien autre chose lorsque le prince eut quitté précipitamment la France avec sa famille (17 juillet 1789) et que la noblesse eut solennellement répudié ses antiques privilèges (4 août). L'acte impolitique du prince de Condé le montrait manifestement hostile aux idées nouvelles et désignaitses domaines aux représailles. Elles commencèrent dix jours après son départ et se poursuivirent pendant dix années. On s’en prit d’abord à l'arsenal de Chantilly, dont le matériel ne s'était cependant pas montré redoutable, puisqu'il n'avait fait que participer aux réjouissances et aux fêtes ; mais cette artillerie portait ombrage au peuple de Paris, et il se trouva de courageux citoyens pour le rassurer. Un de ces braves, C. des Ruynes, a

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rédigé et publié le récit de cet exploit (Expédition chez M. le prince de Condé à Chantilly), connu aussi par le dessin de Prieur dont Berthault a donné une bonne gravure. La troupe, composée de cinquante hommes et commandée par le baron de Cadignan, trouva un tout autre accueil que celui auquel elle s'attendait : « Les prévenances et le respect des gens de M. le Prince rassurèrent les esprits ou, pour mieux dire, dissipèrent les soupçons. » Le chevalier de Contye, capitaine des chasses, M. Antheaume de Surval, régisseur général, comblèrent d’attentions les fâcheux visiteurs, leur firent servir des repas arrosés des meilleurs vins de la cave du prince, les guidèrent partout avec courtoisie, les priant de ne rien | prendre des collections du château. Les Parisiens déclarèrent ne vouloir enlever que ce qui pouvait nuire au peuple, et de fait ils n emmenèrent que les trente canons, dont ils donnèrent décharge aux officiers du prince par un procèsverbal qui fut imprimé. Parmi ces canons, mentionnons douze petites pièces aux armes de Montmorency et nommées les Douze Apôtres. Le 1° août, ce butin guerrier fut présenté en grande pompe à l'Hôtel de Ville de Paris, puis remisé à l’Arsenal par ordre de La Fayette. Le décret de l’Assemblée nationale qui créa les municipalités (12 novembre 1789) est en quelque sorte l'acte de naissance de l’organisation communale de la ville de Chantilly, qui jusqu'alors avait été administrée par le prince et ses représentants, gouverneur, juge, etc. Le premier conseil municipal se composa naturellement d'hommes dévoués au prince de Condé, il n’en pouvait être autrement ; le maire fut le régisseur Antheaume de Surval, et lorsque les justices seigneuriales furent supprimées à la fin de 1790, le greffier de l’ancien tribunal, Lejeune, fut nommé juge de paix ; il se forma néanmoins, dès la première heure, une petite minorité turbulente qui

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