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grossira sous la pression des circonstances et prendra le dessus en 1792. Pendant plus de deux ans, les propriétés du prince de Condé continuèrent d’être gérées par ses agents ; mais la disparition des grandes dépenses occa-
sionnées par les travaux, par les séjours de la famille, les
réceptions et les fêtes, plongea bientôt le pays dans la misère ; jusqu'alors, la ville n’avait vécu que du château. La population ouvrière de Chantilly et des villages voisins envahit les forêts et en usa comme de son bien propre, en dépit des décrets de l’Assemblée nationale, tuant le
gibier, coupant lebois, pêchant le poisson des étangs. Le
mal prit une telle extension qu’au printemps de 1790 la municipalité obtint du ministre de la Guerre l’envoi d’un détachement de vingt hommes du régiment de Bourgognecavalerie, remplacé au mois d'octobre par un pareil détachement du régiment de Berry commandé par un officier, M. de Bonneval. De son côté, M. Antheaume s’efforça de procurer du travail aux ouvriers; il fit d’abord entre- prendre le curement des fossés du château et de l'étang de Sylvie; mais l’effervescence des esprits amena une émeute en janvier 1791 ; l'entrepreneur dut prendre la fuite, et les travaux furent abandonnés. Les bois étaient parcourus par des bandes armées qui résistaient ouvertement aux gardes, aux gendarmes et aux soldats, et des bagarres se produisaient sans cesse; une d’elles fut sanglante et causa mort d'hommes : le maréchal des logis César et le garde-brigadier Namur furent tués; M. de Bonneval, atteint de plusieurs balles, n’échappa que par miracle (4 mars 1791). Le grand parc étant entouré de murs, On y avait renfermé tout le gibier qu'on avait pu recueillir ; il fut envahi et dévasté par une bande de huit cents hommes le jour même où une imposante cérémonie religieuse retenait toutes les autorités.
Le prince était à Turin, où il attendait la fin d’un exil
qui devait durer vingt-cinq ans, quand il fut informé des décrets qui prononçaient la suppression des congrégations religieuses et le séquestre de leurs biens; or, les cœurs de ses ancêtres étaient déposés dans l’église de la maison professe des Jésuites, rue Saint-Antoine, et ce couvent tombait sous le coup de la loi. Il envoya aussitôt l’ordre de transférer les cœurs dans l’église paroissiale de Chantilly, « sauf à prendre un autre parti dans la suite ». Le6 février 1791, le précieux dépôt fut transporté de Paris à Chantilly, où il fut reçu solennellement avecle concours de la garde nationale et du détachement de Berry. Deux mois après, le clergé refusait le serment exigé par la constitution civile ; il fut immédiatement remplacé par des prêtres assermentés. Au mois de juin, sur une dénonciation envoyée à Paris, le directoire du district de Senlis reçut l’ordre d'enlever du château toutes les armes utiles qui pouvaient s’y trouver; le cabinet des Armes subit alors une grosse perte, car on ne se contenta pas de saisir les fusils de chasse, mais on prit toutes les armes à feu, les sabres, épées, hallebardes, sans distinguer les pièces anciennes des autres ; puis un poste de la garde nationale de Chantilly fut établi pour la surveillance du château. Les chevaux des Écuries avaient été vendus en 1790; seize avaient été conduits à Turin; il n’en restait plus que six à Chantilly. Le personnel de la Ménagerie, hommes et bêtes, fut considérablement réduit, et la dépense fixée à 800 livres par mois à partir du 1° mai 1791 : on y laissa un nombre encore considérable d'oiseaux, poules, canards, cygnes, oies, dindons, paons, deux aigles, un tigre, un mouflon, un singe, une civette, sept cerfs de Corse, cinq biches, deux faons et un âne. Le 6 février 1792, M. Antheaume réussit à vendre à l'Anglais Christophe Potter la manufacture de porcelaines, qu'il avait prise à son compte avant 1789. Enfin la loi du 9 février 1702,
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