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LE DUC D’AUMALE ET CHANTILLY

Le duc de Bourbon choisit pour héritier celui de ses

petits-neveux qui était son filleul, Henri d'Orléans, duc

d'Aumale, né le 16 janvier 1822, cinquième fils de Louis- Philippe d'Orléans et de Marie-Amélie de Bourbon-Sicile. Le jeune prince n'avait donc que huit ans quand il recueillit le bel héritage qui comprenait Chantilly et le Palais-Bourbon ; il commençait alors de sérieuses et solides études qui devaient lui inspirer le goût des lettres et des arts. Pendant quatorze ans, on ne le vit guère à Chantilly, car il passa sans transition du collège au régiment ; à dix-huit ans, il reçut le baptème du feu en Algérie, où se révéla et grandit cette vocation militaire qui devait être la passion de sa vie. Tout le monde connaît ses prouesses en Afrique, en tête desquelles il faut placer la prise de la smalah d’Abd-el-Kader (1843). En son absence, Chantilly ne fut pas abandonné; la reine Marie-Amélie s’en était réservé la haute administration et y répandit les témoignages de sa bienfaisance. Le duc d'Orléans y présida les premières courses de chevaux et inaugura l’hippodrome au mois de mai 1834. Les réunions sportives furent l’occasion de fêtes dont on trouve l’écho dans les journaux du temps; les plus brillantes furent celles de 1841, qui renouvelèrent les fastes de l’ancien régime : chasse, prise du cerf aux étangs, curée aux flambeaux

sur la terrasse du château, comédie, concerts sur l’eau, illuminations, feux d'artifice; Halévy dirigeait toute la partie musicale et avait amené les artistes de l'Opéra et du Conservatoire. Le concert du soir surtout paraît avoir ravi l’ancien précepteur du duc d’Aumale, Cuvillier- Fleury, qui donna une relation de ces fêtes dans le Journal des Débats du 17 mai 1841 : « Les hôtes du château étaient rentrés ; les croisées de la grande galerie (des Batailles) se garnissaient de dames ; les hommes se pressaient sur le balcon du rez-de-chaussée. Au-dessous, règne une immense pièce d’eau. C’est là, sur cette surface de cristal mobile, qu’un soin délicat et ingénieux avait organisé le concert du soir. Un radeau, surmonté de flammes tricolores, de draperies argentées et de girandoles étincelantes, portait les musiciens. Un autre figurait une île flottante, où le chœur des femmes reposait sous un berceau de verdure qu’éclairait doucement une timide lumière

cachée sous des fleurs. Un salon carré, appuyé sur des

colonnettes de feu, abritait les chanteurs sous sa toiture élégante, magnifiquement illuminée avec des verres de toute couleur. Et tout cet orchestre, ainsi divisé, semblait réuni cependant par un accord plein d'intelligence et d'harmonie ; et on le voyait glisser gracieusement sur la plaine liquide qui s’ouvrait en lumineux sillons; et l’eau répandait autour de cette masse de fleurs son atmosphère vaporeuse, semblable à ces blanches voiles que la brise du soir fait flotter aux antennes d’un vaisseau. Et toutes ces voix Chantaient, et tous ces instruments retentissaient, et tout au loin, dans la plaine, l’air se remplissait de mélodie et d’enchantement. Et tout près, sur la rive, la foule attentive et silencieuse semblait assister à quelque concert étrange et mystérieux, comme si les divinités de ces eaux bienfaisantes se fussent réveillées de leur long sommeil pour célébrer, avec des voix d’enthousiasme et

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