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d'amour, cette poétique et royale renaissance du vieux Chantilly ». L'administrateur du domaine était M. Lacave- Laplagne ; il habitait le château d'Enghien. Son petit-fils, le comte Paul Durrieu, de l’Institut, possède un manuscrit intitulé Auit jours à Chantilly, juillet 1841, offert à M®° Lacave; je n’en citerai que la phrase suivante : « M'° Mars s'était fixée en 1841 à Chantilly. Nous eùmes l’inappréciable avantage de voir cette fière Romaine, échangeant sa couronne contre une ligne, venir solliciter de M. l'administrateur l’autorisation de pêcher dans le grand Canal... Elle pêcha donc à son loisir, et pêche peut-être encore, la célèbre tragédienne.…. ».
Le parc et les parterres étaient alors entretenus avec soin, sous la direction d’un habile jardinier, M. Masson, qui rétablit en 1837 le labyrinthe du parc de Sylvie. Mais l'hiver de 1840 fut désastreux : « Une planche de 200 jeunes tulipiers a péri; presque tous les rosiers de l’Inde sont morts ; les thlaspis vivaces et annuels, les coquelourdes, les juliennes, les œillets de poète, d'Espagne, et ordinaires, sont morts ou déshonorés et doivent être remplacés. Parmi les plantes de serre, M. Masson cultive une
belle collection de pélargoniums ; il reforme une collec-
tion d’orangers ; il s’occupe aussi du moyen de faire fleurir au printemps le Chrysanthemum indicum, etc. » (Annales d'Horticulture,. 1840). Les serres avaient été installées au delà du grand Canal, à droite du Vertugadin; à côté,
se trouvait un vaste jardin potager et fruitier. Tout cela
fut supprimé en 1886, et Chantilly ne montre plus ni fleurs, ni fruits.
Après la campagne de 1843, au cours d’un voyage en Italie, le duc d'Aumale choisit la compagne de sa vie dans la maison de Bourbon-Sicile, c’est-à-dire dans la famille de sa mère. Il obtint sans peine l’agrément du roi et de la reine, mais dut attendre la fin de la campagne
de 1844 pour aller chercher l’élue de son cœur. Le 19 novembre, à bord du Gomer, il écrivait à la reine : « Chère Majesté, dans peu d'heures nous serons à Naples; nous mouillerons cette nuit dans ce magnifique golfe que vous aimez tant, et d’où j'espère ramener, comme le roi mon père, un inestimable joyau ». Et ce fut certes un joyau de grand prix que cette petite princesse blonde, gracieuse et candide, qui s’attacha avec toute l’ardeur de son cœur à ce prince si beau, si charmeur, déjà auréolé de gloire, que lui envoyait la Providence. Ce grand bonheur vint se cacher à Chantilly, à l’abri de ce bijou de la Renaissance que le prince comparait à un cygne endormi sur l’eau. La jeune duchesse y connut le bonheur et le répandit autour d'elle. Au mois de mai 1845, il y eut des fêtes auxquelles furent conviés les princes de la famille, le duc et la duchesse de Nemours, le prince et la princesse de Joinville, la princesse Clémentine et son mari, le duc Auguste de Saxe-Cobourg. Le duc d'Aumale reconnut alors la nécessité de restaurer le rez-de-chaussée du petit château et d’en rendre l'habitation plus commode. La cession définitive du Palais-Bourbon à l’État mettait en outre à la disposition de Chantilly les meubles et les objets d’art retirés de l’hôtel de Lassay; ceux qui n'y purent trouver place ornèrent les appartements du prince aux Tuileries.
Le duc d'Aumale s’attacha le peintre Eugène Lami comme une sorte d'intendant des beaux-arts, et lui confia la direction des travaux de Chantilly. Lami, qui a fait de si charmantes choses, ne montra pas un goût parfait dans l’arrangement de l'appartement; la chambre où était né le duc d'Enghien fut transformée en salon rond, le « salon des dames », où l’étoffe violette se marie au bois de rose, et forme un contraste violent avec la décoration des pièces voisines. Le plafond de ce salon fut peint
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par Godefroy, celui de la nouvelle chambre de la duchesse par Diaz (oiseau et guirlande de fleurs). Des dessus-deporte furent commandés à Français, à Roqueplan, à Baron par Eugène Lami, qui en exécuta deux lui-même. Toutes les pièces de l’appartement situé sur le fossé communiquaient entre elles intérieurement et donnaient de plain pied sur la cour. Pour remédier à cet inconvénient, une petite galerie de bois fut établie pour donner la communication extérieure avec le reste du château ; des vitraux armoriés provenant d'Écouen, ainsi qu'une partie des vitraux de Psyché, furent placés dans cette galerie; les derniers en furent retirés plus tard. Bien que Victor Dubois füt encore l'architecte de Chantilly, le duc d'Aumale confia l'exécution de cette galerie à Félix Duban, à qui des plans furent aussi demandés pour la construction d’une chapelle sur la terrasse du grand château ; le prince avait la volonté de loger dignement les cœurs des Condé, dont le dépôt dans l’église paroissiale n’était que provisoire, et d'utiliser les précieux monuments de la chapelle d'Écouen et de l’église des Jésuites. Il est probable aussi quil entretint Duban du dessein éventuel de relever le grand château, car cet architecte a dessiné des projets qui ont été conservés : il faut se féliciter que les circonstances n’en aient pas permis l'exécution, et que le prince ait dû attendre l’éclosion du beau talent de M. Daumet.
Les précieux monuments religieux ne furent donc pas utilisés, non plus que les belles tapisseries de Beauvais et des Gobelins qui avaient été rendues aux Condé et pour lesquelles la place manquait à Chantilly. Ils furent provisoirement déposés dans un vaste local loué à cet effet, rue de Grenelle, où furent aussi rangés les manuscrits et les archives. C’est là que le duc d'Aumale, entre deux campagnes, fit connaissance avec les beaux livres à pein-
tures et les précieux autographes qui devaient développer en lui l’amour de l’histoire et de la bibliophilie. Son goût pour les arts, qui était de tradition dans sa famille, se manifestait déjà par des acquisitions qui venaient accroître la petite collection recueillie dans l'héritage des Condé ; celle-ci comprenait surtout des portraits de famille, peintures, miniatures, des vues de Chantilly, deux beaux Van Dyck, la Princesse de Barbancon et le comte de Berghes, des toiles de Christophe Huet, de F, Desportes, d’Oudry ; le prince y ajouta tout d’abord deux petites toiles qu'il avait achetées, au temps du collège, de l’argent de ses
« semaines », le Soldat de la République de Bellangé et
le Porte-drapeau de la République de Gharlet, symptôme précoce de sa vocation militaire ; puis des épisodes de ses premières campagnes en Afrique retracés par Horace Vernet, Bellangé, Raffet, Gobaut; des portraits de sa famille par Winterhalter, Lami, Decaisne, Scheffer, qui avait été son professeur de dessin ; des toiles de peintres contemporains, Delacroix, Corps de garde marocain, Thuillier, Leys, Gudin, Fontaine, Leleux, Anastasi, Dauzats ; enfin des œuvres du xvnr' siècle, acquises à peu de frais (heureux temps!), et qui font aujourd'hui grand honneur au Musée Condé : M" Duclos dans le rôle d'Ariane, par Largillière, 150 francs; un autre portrait vendu sous le nom de M'"* Duclos et qui sera identifié bien longtemps après : c’est une aïeule, la fameuse Palaune, duchesse d'Orléans, peinte par Largillière ; le comte de Provence par Duplessis, 250 francs; un autre beau portrait par Largillière, dénommé d’abord M®° de Guémnénée, puis M®% Lambert de Thorigny, et qui reste à identifier, 600 francs ; deux portraits de femme de la même époque, acquis sous les noms erronés de M°° Geoffrin et de la princesse des Ursins, 200 et 250 francs; un portrait ovale du duc de Bourbon par
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