‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 63 sur 91 · LE DUC D’AUMALE EN EXIL. — FORMATION DES COLLECTIONS · texte numérisé non relu

LE DUC D’AUMALE EN EXIL. — FORMATION DES COLLECTIONS

Le duc d'Aumale s'installa près de Londres, à Twickenham, dans une grande maison qui avait autrefois été habitée par son père et qu’il fut heureux de pouvoir racheter. Orléans House fut sa maison de ville. Un petit domaine acquis dans le Worcestershire, Woodnorton près d'Evesham, lui donna une maison de campagne. Et il organisa sa vie, vie sérieuse, vie studieuse, embellie par le culte des lettres et des arts. Expédiés de Paris et de Chantilly, les tableaux, les manuscrits furent placés dans la maison de Twickenham. Le prince eut alors le loisir de prendre connaissance des précieux papiers du xvi° et du xvu° siècle, et il résolut d'écrire l’histoire des princes de Condé à cette époque ; les livres imprimés dont 1l eut besoin pourétudier ce vaste sujet occasionnèrent une correspondance suivie avec les libraires parisiens, et il prit l'habitude de fureter dans les boutiques des marchands de Londres; il y trouva l’amour du livre ; dès le 28 novembre 1848, il écrivait à Cuvillier-Fleury : « Je commence à croire que je suis atteint de la bibliomanie ». La maladie se déclara aussitôt; maislesressources pécuniaires étaient modiques, le lendemain encore incertain ; le prince dut se contenter de regarder, de toucher, de palper les beaux livres, et d’en prendre une fringale qu’il s'empressa d’as-

souvir dès que ses affaires furent en ordre et l'avenir financier bien garanti. Il en trouva la première occasion après la mort de son père (1850).

La succession privée du roi Louis-Philippe comprenait une bibliothèque remarquable, qui lui avait été léguée en 1840 par un amateur anglais, M. Standish ; elle se composait de nombreuses éditions aldines et de centaines d’incunables, premiers monuments de l'imprimerie en Italie et en Allemagne. Déposée au Louvre par le roi, cette collection fut transportée au château de Bizy lors de la liquidation de la liste civile. Le duc d'Aumale, que son goût pour les classiques, résultat de solides études, portait vers les livres anciens, fit part à ses frères de son désir d'acquérir la bibliothèque Standish; mais comme la succession du roi avait été acceptée sous bénéfice d'inventaire, il fallait procéder à une vente publique aux enchères. Le résultat de cette vente était escompté d'avance par le prince, comme en témoigne cette lettre adressée à Cuvillier-Fleury le 16 février 1851 : « J'attends avec impatience la nouvelle de la vente Standish. Dieu veuille qu'on ne me fasse pas quelque coup fourré ». Et il envoyait une liste de 250 volumes à lui expédier tout d’abord : « C’est peut-être beaucoup ; mais quand j ai eu parcouru le grossier inventaire de ces trésors, j'aurais voulu faire venir les deux tiers de la bibliothèque ; j'ai eu beaucoup de peine à me réduire à ce chiffre ». La vente en bloc fut annoncée conformément à la loi ; elle se fit à Bizy, sur une mise à prix assez élevée pour décourager les spéculateurs, et le duc d'Aumale fut déclaré adjudicataire. Des tableaux, la plupart espagnols, que Standish avait légués au roi, le prince n’acquit qu'un petit Murillo ; il regretta plus tard d’avoir négligé une OCCasion qui ne se présenta plus, et l’école espagnole n'est pas représentée au Musée Condé.

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