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L'année suivante, le mobilier et les livres de Neuilly furent aussi mis en vente ; le duc d'Aumale les connaissait dès son enfance. Il y avait admiré dix grandes pièces de tapisserie des Gobelins représentant les chasses de Maximilien autour de Bruxelles au xvr° siècle, copie faite au xvu° siècle et donnée par Louis XIV au comte de Toulouse, dont la petite-fille fut la mère du roi Louis-Philippe. Le duc d'Aumale fut bien inspiré en désirant acquérir cette splendide série, qui fut adjugée à son représentant au prix invraisemblable de 6.000 francs ; on l’estime aujourd'hui cinquante fois plus. Si les tapisseries n'étaient pas recherchées alors, en revanche les beaux livres étaient déjà haut cotés; de la bibliothèque de Neuilly, le prince voulut acquérir deux ouvrages imprimés sur vélin, un Josèphe de 1534 et un Perceforest de 1528, en six volumes aux armes du comte d'Hoym, acquis par le duc de Penthièvre, grand-père du roi Louis-Philippe, à la vente du duc de La Vallière ; le duc d’Aumale tenait particulièrement au Perceforest: « C’est en quelque sorte un livre de famille, que je ne puis en laisser sortir ». I] lui fut adjugé au prix de 11.000 francs.
En cette même année 1852, le prince eut à s'occuper de la succession de son beau-père, le prince de Salerne, succession fort obérée. Le plus clair de l'actif était une collection de tableaux et d’antiques dont le catalogue fut imprimé en vue de la vente, qui fut annoncée pour le 19 avril 1852. Le duc d’Aumale s'était rendu à Naples avec sa femme et ses enfants, dont un mourutle 15 avril. Il entama tout de suite des négociations pour éviter la dispersion de la collection, offrant de l’acquérir en bloc. L'affaire traîna deux ans, et ce n’est qu'au mois de septembre 1854 que le prince fut déclaré adjudicataire au prix de 100.000 ducats ; la collection fut aussitôt embarquée à destination de Liverpool. Elle comprenait 175 ta-
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bleaux ; le prince en conserva 72 et vendit les autres en 1857. Parmi ceux qu'il voulut garder et qui se trouvent aujourd'hui à Chantilly, citons des œuvres de Longhi, Luini, Botticelli, André del Sarto, Jules Romain, Luca Penni, Perino del Vaga, Daniel de Volterra, Frédéric Barocci, le Bronzino, Pulzone, Mazzola, les trois Carrache, Moroni, le Guide, Spada, l’Albane, le Guerchin, Cagnacci, Sassoferrato, Gaspard Dughet, le Calabrais, Salvator Rosa (14 toiles), tous représentant très honorablement les écoles italiennes du xvr°et du xvir' siècle ; les deux portraits de Pulzone sont hors de pair. Les écoles du Nord étaient représentées par Mirevelt (portraits de Rutgersius et de Grotius), Gérard Honthorst (une Cène), Van Dyck (portrait du duc de Neubourg), Denis (vues de Naples et du Vésuve en 1808 et 1812), Hackert (Chasse du roi Ferdinand à Carditello), Rebell (plusieurs vues de lieux: Baïa, Vetri, Pausilippe, Portici, la Favorite, etc.); dans l’école française, citons Vanloo (Jeune femme et enfants), Gérard (les Trois Ages), Ingres (Malatesta et Françoise de Rimini), Boguet (Passage du P6 par l'armée française en 1795), Dunouy (trois Vues de Neuilly). L'ensemble formait un fonds de collection des plus respectables.
L'héritage du prince de Salerne comprenait aussi des objets antiques, quelques-uns fort précieux, que le duc d'Aumale fut heureux de garder et quiornent aujourd'hui les salles du Musée Condé : deux belles mosaïques, l'Enlèvement d'Europe, provenant d'Herculanum, et un sujet de chasse découvert à Pompei en 1809 : Festus et Torquatus autour d’un sanglier harcelé par un chien; dans la bordure, un combat de coqs; deux cippes en forme d’autel, l’un trouvé dans un célèbre columbarium découvert sur la voie Appienne et consacré aux affranchis de l'importante famille des Volusii (premier siècle de notre
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ère), l’autre richement décoré d’oves et de toute une ornementation sculptée, sphinx accroupis, têtes de bélier, figures représentant les heures ou les saisons ; des réductions antiques de statues, quatre Vénus, deux Satyres, Bacchus sur son mulet, etc., et bon nombre de petits objets intéressants, figurines, poteries, amphores, aryballes, patères, monnaies, etc. Le duc d'Aumale y ajouta un grand candélabre trouvé à Herculanum, don de sa belle-mère; une coupe sans pied, hémisphéroïdale, remarquable spécimen de la verrerie polychrome demiopaque, achetée chez Sotheby à Londres, et une série de papyri vendue par le même marchand.
Dès 1852, le duc d’'Aumale suit les ventes quiontlieu à Londres et à Paris, aussi bien qu'en Italie et en Belgique. Chaque année, il voyage sur le continent, toujours à l'affût des occasions qui peuvent se présenter dans les villes où il passe, complétant son éducation artistique par la visite des musées, des collections privées, des magasins de marchands. A Londres, Dominique Colnaghi, dont la boutique canalisait l'immense réservoir d'œuvres d’art qu était alors l’Angleterre, n’a pas de client plus assidu. Entraîné par ses goûts d’historien, le prince recherche d’abord les portraits français du xvi° au xvrr* siècle : les rois, les princes et grandes dames, les personnages célèbres ou simplement connus dont il rencontre les noms au cours des recherches ou lectures que comporte la préparation de ses travaux historiques. Colnaghi lui fournit des petits panneaux représentant les Valois, un beau Henri IT attribué à Primatice, un Henri II enfant, les effigies équestres des rois et princes du xvi° siècle, des portraits de Michel de L'Hôpital, du comte de Cossé- Brissac, de M" et de M"* de Longueville par les Beaubrun, un Netscher (Henriette d'Angleterre), un Mignard (la comtesse de la Suze), un superbe Largillière (portrait de
Gobinet), et tant d’autres. La vente Bernal (1855) lui procure, au prix de 6.000 francs, un splendide portrait d’Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, attribué à Primatice, un de la reine Éléonore, seconde femme de François [*, des portraits de Henri IT et Henri III, un d'Élisabeth d'Autriche, femme de Charles IX, un Louis XIV de Rigaud. À la vente Utterson, le prince acquiert des crayons du xvr' siècle, amorce de la magnifique collection de portraits dessinés que possède le Musée Condé. Les portraits gravés sont le complément indispensable des portraits peints ou dessinés, et le prince en ramasse un grand nombre, passant insensiblement à l'estampe, qui le passionne vite; il goûte tout d’abord les pièces italiennes et flamandes, et met la main sur de belles épreuves de Marc-Antoine Raimondi et de Rembrandt. Les souvenirs de famille furent toujours très. chers au duc d’Aumale. Lorsque la galerie de son frère aîné, le duc d'Orléans, fut vendue en 1855, il se fit adjuger, au prix de 53.000 francs, le Meurtre du duc de Guise, de Paul Delaroche. Le duc d'Orléans avait donné à Cuvillier-Fleury un tableau de Decamps, les Enfants turcs à la fontaine : le duc d'Aumale pria son ancien précepteur, demeuré son ami, de le luicéder en souvenir du frère tant regretté; c'est aujourd’hui une des pièces capitales du Musée Condé. En 1856, la vente Lawrence fait sortir un portrait du grand-père, exécuté en 1785, dans l’uniforme de colonel-général des hussards, morceau savoureux dû au riche pinceau de Joshua Reynolds, esquisse ou réduction du grand portrait peint pour le prince de Galles et brülé à Carlton-House en 1820 ; le duc d'Aumale ne manqua pas de l’acquérir. La vente du mobilier du chàteau d'Eu (1857), qui appartenait à la succession privée du roi Louis-Philippe, fut une occasion nouvelle de recueillir des souvenirs du passé : les portraits de Mazarin
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et de Richelieu, par Philippe de Champaigne ; deux toiles importantes du xvin° siècle, /e Déjeuner de jambon de Lancret et le Déjeuner d’huitres de De Troy; deux tableaux modernes, le Lendemain du tremblement de terre, de Léopold Robert, et une petite toile due à la collaboration de Géricault et d’'Horace Vernet ; deux superbes commodes de Riesener, et l’inestimable mobilier qui orne aujourd'hui le grand Cabinet du petit château, canapé, chaises et fauteuils d'époque Louis XVI, recouverts en tapisserie de Beauvais à fond rose semé de bouquets de fleurs et de guirlandes en camaïeu. Plus tard (1875), le duc d'Aumale sera heureux de recouvrer une autre épave du Palais-Royal, abimée par les vainqueurs de Février, le charmant Boilly qui représente la salle du café Lemblin en 1817.
S1 l’éclectisme qui caractérisait l'esprit du prince lui interdisait toute exclusion d'école, il est cependant manifeste qu'un penchant secret l’entraînait vers les grands noms classiques (il goûta passionnément Poussin), et surtout vers les maîtres italiens. Le célèbre Massacre des Innocents de Poussin lui fut cédé par M. Gardener, en 1854, au prix de 9.175 francs. En 1859, il acquit à la vente Northwick un autre Poussin, l'Enfance de Bacchus, un grand Pérugin, un Pellegrino de Modène, {a Ronde des Anges, curieux tableau de l’école siennoise du xv° siècle, lEcce Homo de Mazzolino de Ferrare. La même année, un Christ à mi-corps de Titien fut acquis à Brescia au prix de 15.000 francs. En 1860, le prince achète à Londres, de M. Nieuwenhuys : encore un Poussin, Thésée découvrant l'épée de son père, d'une admirable qualité ; un Giorgione, la Femme adultère; un Véronèse, Mars et Vénus; et un Annibal Carrache, le Martyre de saint Étienne.
Les devoirs de société, les réceptions, la chasse, les voyages, ne détournaient pas le duc d'Aumale des tra-
vaux littéraires qu'il avait entrepris. On le vit avec surprise manier la plume aussi bien que l'épée, le jour, par exemple, où l’indignation lui arracha cette éloquente Lettre sur l'Histoire de France, réponse virulente à un discours du prince Napoléon, et qui se terminait par cette apostrophe prophétique : « Vous qui traitez avec l’arrogance de la bonne fortune ces races antiques qui ont régné longtemps sur une nation généreuse et qui, tour à tour rejetées et ramenées par le flot des révolutions, s'étaient enfin associées à sa liberté, comme jadis à sa grandeur ; vous qui jouissez du fruit accumulé de tant de travaux, de tant de sagesse et de tant de gloire, sachez bien que si vous ne sortez pas des mauvaises voies où vous êtes si profondément engagés, ce n’est pas aux Bourbons ni aux d'Orléans (auxquels on na jamais pu du moins adresser un tel reproche), c’est à vous et aux vôtres qu'on pourrait alors renvoyer les paroles de votre oncle au Directoire : Qu’avez-vous fait de la France » ! Ce fut une incursion unique sur le terrain de la politique ; le prince suit avec attention la situation intérieure de la France, se réserve et attend. Il est avant tout soldat, et il maudit Le sort cruel qui le tient éloigné de ses camarades d'Afrique; il frémit d'impatience au récit des prouesses qui se déploient sous les murs de Sébastopol : « Je ne puis penser qu’à la guerre, écrit-il à un ami, à notre vaillante armée, à ses éclatants succès ; personne n'en est plus heureux, plus fier que moi, bien que ma Joie soit cruellement troublée et par la mort de tant de braves amis que j'ai perdus et par l’amer chagrin que j'éprouve de n'avoir pas eu ma part de vos périls et de votre gloire. Ç’a été pour moi un second exil! Je vous prie de croire que je n’ai oublié aucun de ceux que j'ai connus ; le grand chagrin de ma vie est de ne plus être avec eux ; mon cœur reste français et soldat quand même.
Je n’envie à personne les honneurs ni le pouvoir, mais je regrette la place que j'avais au milieu des gens de guerre, comme on disait jadis, et il me semble que si j'avais pu être là, on ne m’eût pas fait démarrer tant qu’il y aurait eu des coups à recevoir ». Sa passion de l’armée se trahit par de magistrales études sur les Zouaves et les Chasseurs à pied, sur les Institutions militaires de la France ; puis il revient à Napoléon, à Turenne, à Condé, simprégnant des immortelles campagnes qui peut-être un jour (qui sait!) lui serviront de modèles ; il remonte jusqu'à César, relit les Commentaires, et prend parti dans la question de l'emplacement d’Alésia. Les meilleurs moments de sa vie sont les soirées qu’il passe dans sa bibliothèque en compagnie de sa chère femme; ils admirent ensemble les beaux manuscrits à peintures exécutés au xv° siècle pour Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, pour Jean du Mas, seigneur de l'Isle, pour Antoine de Chourses et Marguerite de Coëtivy, précieuses collections recueillies par les Montmorency et que le duc d'Aumale fait connaître aux bibliophiles par un
. travail intitulé modestement : Notes sur deux petites
bibliothèques françaises du XV® siècle. De ses manuscrits, il tire aussi les Notes et documents relatifs au rot Jean, dont la vie en Angleterre, cinq siècles auparavant, excite sa curiosité. Une autre fois, il publie en entier l’inventaire des collections d’un grand ministre qui eut la passion des belles choses : /nventaire de tous les meubles du cardinal Mazarin. L'amour du livre, manuscrit ou imprimé, ancien ou moderne, le possède tout entier et lui apportera jusqu’à la mort d'ineffables satisfactions. Sa famille et ses amis savent que les livres sont le cadeau . qui lui cause le plus de plaisir. Chaque année, à Noël, c'est un livre qui apporte les vœux de la reine Victoria à son « cher Aumale ». Plusieurs volumes conservés au
Musée Condé portent des mentions de ce genre : « Donné par ma mère... par ma belle-mère... par ma femme » ; celle-ci lui fit un extrême plaisir en lui offrant, pour les étrennes de 1854, un exemplaire d’'Eschyle annoté par Racine, et le prince en consacra le souvenir par une inscription grecque tracée sur le premier feuillet. À Londres, il suit lui-même les ventes et visite fréquemment les boutiques des libraires, surtout celle de Boone, qui a la spécialité des manuscrits anciens ; il y trouva, pour n’en citer que deux, un précieux sacramentaire de l’abbaye de Lorsch au xr' siècle, et un évangéliaire de Saint-Ludger du xu°. À Paris, Cuvillier-Fleury est son intermédiaire auprès de Techener, Bachelin, Potier, le renseigne sur la condition des livres désirés, transmet ses commissions pour les ventes. L’acquisition d’un livre couvre parfois un acte de charité; Silvestre, dont le prince avait si bien mis à profit les lecons d'écriture, lui offrit les modèles qui avaient servi à la composition de la Paléographie universelle, et Cuvillier-Fleury reçut aussitôt la lettre suivante (31 mai 1860) : « Je serais d'avis d'acheter à Silvestre son manuscrit contre une rente viagère de 3.000 francs que je lui servirais jusqu’à son décès, ou à sa veuve jusqu'au 1° juillet 1870. Voyez avec Bocher à régler cela ainsi, si c’est possible, et si par ce moyen nous pouvons adoucir un peu les dernières années de ce pauvre vieillard ». Dans deux jolis livres d'heures du xv° siècle, le prince a inséré la note suivante : « J’attache un prix particulier à ces deux volumes. Tous deux m'ont été remis en Angleterre, l’un en 1852 par Jules Barbier, mon camarade de classe, l’autre en 1858 par Guillaume Guizot. C'était la carte de visite, brillante et délicate, qu’une charmante femme envoyait à l’exilé ; rien ne m'a plus touché ». Le prince ne revit Augustine Brohan qu’en 1871; elle commençait alors à perdre la vue. Et quand
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il put la recevoir à Chantilly, la cécité était complète. La plus grande joie qu'éprouva le duc d’Aumale lui fut apportée par l'acquisition du plus admirable des manuscrits, les Très riches Heures du duc de Berry, chef-d'œuvre incomparable de l’art français au temps de Charles VI. Il aimait à conter dans quelles conditions il fit connaissance de ce trésor à Gênes, en décembre 1855, dans une maison où se trouvait un pensionnat de jeunes filles, au bruit de plusieurs pianos dont la cacophonie agaçait ses oreilles (lui-même ne fut jamais musicien, et la façon dont il sonnait du cor faisait la joie de la famille), Ébloui par la beauté des peintures, il fit semblant de débattre le prix demandé par le possesseur, 18.000 francs, et emporta le précieux volume où la suavité de l’art italien, le réalisme flamand, l'élégance et la clarté parisiennes se fondent harmonieusement sous le pinceau d’un génial artiste en une expression d’émouvante intensité. Autour de ce joyau vinrent se ranger des livres précieux dans tous les genres, le roman d'Aspremont (xin° siècle), qui attend toujours un éditeur, les fables de Marie de France, les œuvres de Christine de Pisan, un luxueux recueil de ballades, motets et chansons du xiv° siècle, acquis à Florence, et tant d’autres qu'il faudrait citer. Je donnerai une mention spéciale à un exemplaire des Chansons de Laborde, quatre volumes imprimés sur vélin, dans lesquels les gravures ont été remplacées par les dessins originaux de Moreau le jeune, de Le Barbier et de Le Bouteux; ceux de Moreau dépassent les autres de cent coudées. Acquis à la vente Radziwill au prix infime de 7.00 francs, ce splendide exemplaire est aujourd'hui estimé vingt fois plus ; c'est une des perles du Cabinet des Livres de Chantilly.
L'année 1861 s’ouvrit par la vente de la collection Soltykoff, faite à Paris ; le duc d’Aumale y acquit, au prix
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de 54.000 francs, quatre grands émaux de Léonard Limousin, portraits des rois de Navarre Henri d'Albret et Antoine de Bourbon, du duc et de la duchesse de Montpensier, Louis de Bourbon et Catherine de Lorraine. Mais cette année fut surtout marquée par deux acquisitions d’une importance extrême, celle de la collection de dessins de maîtres formée par M. Frédéric Reiset et par lui cédée à l'amiable au prix de 140.000 francs, et celle de la bibliothèque de choix réunie par M. Armand Cigongne. acquise en bloc après sa mort au prix de 300.000 francs. La collection de M. Reiset comprenait 380 pièces choisies avec une grande compétence et une absolue rigueur; tous les grands maîtres italiens, français, flamands, allemands et hollandais s’y trouvaient représentés. Ayant su que M. Reiset avait pris la résolution de s’en séparer, le duc d'Aumale chargea un de ses amis, le sculpteur Henri de Triqueti, d'examiner la collection et d'entamer des négociations dans lesquelles M. Reiset entra avec empressement quand le nom du prince fut prononcé ; la perspective de voir ses chers dessins passer entre les mains de l’illustre amateur lui fit même abaisser ses prétentions. Il poussa la complaisance jusqu’à donner des conseils d'épuration que le prince trouva trop sévères. Le 26 janvier 1861, le prince écrivait à M. de Triqueti : « Retenu hors de chez moi par d'anciens engagements, j'ai dà différer de quelques jours l'ouverture des précieux portefeuilles. Maintenant, j'ai vu et revu avec la plus grande attention les 380 dessins ; ma femme et mon fils ont été associés à ce plaisir, et tout ce que je puis vous dire, c'est que notre attente a été surpassée. Tout m'a paru excellent dans le détail, et l’ensemble est saisissant. Les avis de M. Reiset me seront bien précieux pour guider mon inexpérience. Quoique la justesse de ses observations m ait le plus souvent frappé, j'aurai quelque peine à
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