‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 66 sur 91 · NE SALE DA SR ASE PRONNEN EM V7 FU0 AUTRE G · texte numérisé non relu

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et Reiset, ses travaux littéraires, la Lettre sur l'Histoire de France, la saisie, par ordre du Gouvernement, de l’édition des deux premiers volumes de l'Histoire des princes de Condé, tout cela valait à l’illustre exilé la sympathie de la presse libérale, du monde des lettres et des arts, de tous les esprits indépendants ; on voyait sans peine sortir de France des trésors bibliographiques et artistiques dont on escomptait le retour. Lorsque, en février 1862, le baron de Triqueti décide un amateur parisien, M. Thibaut, à céder au prince le dessin de la Joconde de Léonard, qui, bien que gâté et retouché, n’en reste pas moins une œuvre admirable, l'amateur consent à abaisser son prix à 7.000 francs, renonçant à offrir le dessin au Musée britannique et « préférant le savoir en si dignes mains, et françaises » ; et les connaisseurs félicitent M. de Triqueti « d'avoir agi de manière à ce que le dessin revienne en France ». En janvier 1863, le célèbre tableau d’'Ingres qui représente l’émouvant épisode de Stratonice et d’Antiochus était mis en vente publique à Paris ; lorsque les enchères s’arrêtèrent à 92.000 francs, toute la salle réclama le nom de l’acquéreur. — « Son Altesse Royale M. le duc d’Aumale ». — « Bravo pour le duc d'Aumale! » fut le cri unanime, accompagné d'applaudissements prolongés. L'année suivante, le prince commandait à Rosa Bonheur, pour l’offrir à la duchesse, le Berger des Pyrénées qui se trouve dans la grande galerie de Chantilly, et il doublait galamment le prix demandé par lartiste. Il s'était déjà assuré la possession du célèbre tableau de Gérôme, /e Duel après le bal masqué, et des deux toiles de Protais qui eurent alorstant de succès, Avant et Après le combat. En février 1865, Henri de Triqueti est envoyé à Paris, chargé de commissions du prince pour la vente de la collection Pourtalès ; il y acquit contre le Louvre, le Musée britannique et M. Thiers, le célèbre vase dit de Nola, amphore

grecque à figures rouges, 10.100 francs, et deux délicieux petits bronzes grecs découverts aux environs de Besançon, un Jupiter, 8.000 francs, et l’adorable Minerve qui est aujourd’hui la perle du petitlot d’antiques réuni à Chantilly (19.200 francs). Mais Triqueti dut abandonner un Vélasquez à 30.000 francs, et un Luini à 70.000, n'osant passer outre aux instructions qu'il avait reçues et que le duc d'Aumale n'aurait pas manqué d'’enfreindre si lui-même eût été présent : il regretta toujours de ne posséder niun Vélasquez, niun Rembrandt. L'année suivante, Triqueti revint à Paris pour la vente Nolivos (janvier 1866) et acquit, au prix de 7.200 francs, un marbre grec de grand intérêt, un fragment de sarcophage représentant Bacchus et Ariane. En février, un collectionneur parisien. M. Dubois, céda au prince, par l'intermédiaire de Durand- Ruel, cinq aquarelles de Decamps et de Marilhat, qui

ornent aujourd'hui la Rotonde du musée, et un dessin

de Charlet, l'Enterrement de Polichinelle, exposé dans la galerie du Logis ; Durand-Ruel y ajouta une aquarelle de Pils ; au total, 30.000 francs.

La succession de la reine Marie-Amélie apporta un sérieux appoint aux collections de Twickenham : un magnifique Van Dyck, le portrait de Gaston d'Orléans, que le roi Georges IV, pewferré sur l’histoire de France, avait offert en 1829 à Louis-Philippe comme un portrait d'ancêtre; le portrait de la reine elle-même, encore duchesse d'Orléans, peint par Gérard en 1817; les portraits de sa mère et de deux de ses sœurs, par Vigée- Lebrun ; de sa belle-sœur, Madame Adélaïde d'Orléans, par M" Cogniet ; du duc d'Orléans professeur au collège de Reichenau en 1793, par Winterhalter d’après Couder ; du comte de Toulouse (fin du xvn: siècle); du duc d'Orléans mort en 1785,et de M" de Montesson ; de Philippe- Égalité et de sa femme, fille du duc de Pentlié te le

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portrait du duc d'Aumale enfant par Robert-Fleury; des petites toiles de Michallon et de Gudin; le buste en marbre de Madame Adélaïde, par Dieudonné; des bustes en bronze ou plâtre de membres de la famille ; des dessins de Cosway et de Carle Vernet représentant Philippe-Égalité et ses enfants ; des miniatures, des émaux, des bijoux, montres et bibelots exposés aujourd’hui dans le cabinet des Gemmes. Cette curieuse collection de portraits en miniature s’augmente alors de trouvailles faites dans la boutique de Dominique Colnaghi : Anne de Bretagne, François I°", Gabrielle d'Estrées et ses enfants, Henri Il, Henri IV, Sully, le duc de Guise le Balafré, Marie de Médicis, Marie- Thérèse, reine de France, le Grand Dauphinet sa femme, le duc d'Anjou, etc. Colnaghi vend aussi au prince, en décembre 1865, un petit tableau de Meissonier, Dragon sous Louis XV, au prix de 15.625 francs, et une charmante aquarelle du même maître, un Atelier d'artiste au XVII siècle, 14.375 francs. Un paysage français de Samuel Reynolds est acquis à Paris par l'intermédiaire de M. de Rothschild ; du grand Joshua, une intéressante toile, les deux Waldegrave, est léguée au prince par son amie Francess, comtesse de Waldegrave. L'amitié d’un autre Anglais, lord Holland, avait fait entrer à Twickenham, en janvier 1860, le magnifique-portrait du prince de Talleyrand, par Ary Scheffer, qui règne aujourd'hui dans la Tribune de Chantilly. Un marchand de Londres, Robinson, qui à la spécialité des livres à peintures, vend au prince de beaux manuscrits italiens, et des feuillets détachés dont trois ornent la Rotonde du musée : l'Empereur Othon, peinture du Registrum Gregorii , école de Trèves, x° siècle ; Resurrexit, page d’un livre de chœur du xrv° siècle, école de Sienne ; le Christ en croix, autre peinture d’un livre d'église exécuté en 1562 par Apollonio de Bonfratell:. Et combien d'autres objets curieux ! Livres, dessins,

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estampes, porcelaines, émaux de Léonard Limousin et de Pierre Courtois, pièces d’orfèvrerie ancienne, la grande croix du trésor de Bâle (xv° siècle), l’ostensoir de Braga (xvr‘), des éventails, des médailles, des armes, etc., etc. Les souvenirs militaires sont surtout recueillis avec soin ; en janvier 1868, le prince fait acheter à Versailles, en vente publique, un grand dessin d'Horace Vernet, « le Retour de Taguin après la prise de la Smalah, idée première d’un tableau qu’il devait exécuter pour le duc d’Aumale » (note du prince).

Les dernières années de l'exil sont marquées par des acquisitions retentissantes. En février 1868, le prince obtient du marquis Maison, au prix de 600.000 francs, trente-deux tableaux et dessins qui lui sont aussitôt expédiés de Paris : huit Decamps, trois Marilhat, un Gros (Bonaparte et les Pestiférés de Jajja), douze beaux dessins et deux petites toiles de Prudhon, quatre Watteau et quatre Greuze. En mars, ce fut le tour de /a Chasse au faucon en Algérie, une des plus belles toiles de Fromentin, peinte en 1865. En avril, la vente de la galerie San Donato introduisit à Twickenham une Marine de Vandevelde, et les Dunes de Scheveningen de J. Ruysdaël. En 1869, une des œuvres les plus exquises de la jeunesse de Raphaël, un petit panneau d’une fraîcheur et d'une suavité sans égales, la Vierge dite de la maison d'Orléans parce qu'elle appartint aux ducs d'Orléans jusqu à la Révolution, chef-d'œuvre de poésie comme de peinture, parut aux yeux émerveillés des amateurs lors de la vente de la galerie de M. Delessert. Ce précieux morceau, que le duc d'Aumale connaissait de réputation et qu'il avait pu admirer avant 1848, lui fut adjugé au prix de 160.000 francs.

Le 7 février 1868, le prince écrivait à Émile Augier : « Mon cher ami, je ne connais encore Paul Forestier

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