‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 68 sur 91 · LA RECONSTRUCTION DU CHATEAU. — LE MUSÉE CONDÉ · texte numérisé non relu

LA RECONSTRUCTION DU CHATEAU. — LE MUSÉE CONDÉ

Envoyé par les électeurs de l'Oise à l’Assemblée nationale, le duc d'Aumale n'y parut que pour prendre part aux débats de la loi militaire et rendre un éclatant hommage au drapeau tricolore, ce drapeau sous lequel son père s'était battu à Valmy et à Jemmapes, que lui-même avait promené glorieusement en Afrique, « ce drapeau qui a été si longtemps le symbole de la victoire, et qui est resté dans notre malheur l'emblème de la concorde et de l’union ». L'année suivante, le prince fut réintégré dans son grade de général de division, puis l’Académie française l’admit dans son sein pour occuper le fauteuil de M. de Montalembert. Mais ce retour de fortune fut traversé par un suprême malheur : le gentil duc de Guise, âgé de dix-huit ans, mourut le 25 juillet 1872. Dans le discours que prononça le duc d'Aumale le jour de sa réception à l'Académie, on l’entendit avec émotion mêler ce cruel souvenir aux remerciements qu'il adressait à l'illustre compagnie : « À la douleur inexprimable de retrouver la patrie vaincue, mutilée, sanglante, se mêlait la joie de la revoir, d’en respirer l’air, de pouvoir la servir, de lui dévouer mon fils. Messieurs, depuis le jour où vous m'avez fait l'honneur de m'admettre parmi vous, il a plu à Dieu d’éteindre la dernière flamme de mon foyer

domestique ». Peu après, le duc d’Aumale dut assumer le pénible devoir de présider le conseil de guerre devant lequel comparut Bazaine; et il eut la tristesse de rappeler à un maréchal de France qu'au milieu des pires catastrophes la France existe toujours. Puis le général, heureux d'échapper aux dangereuses attractions de la politique, se rend à Besançon pour y exercer le commandement qui lui est confié. Comme au temps de sa jeunesse, il se renferme dans son rôle de soldat. Le corps d'armée qui a l'honneur de veiller aux portes de la France doit être le premier de tous par la discipline et les vertus militaires ;

il s'y consacre avec ardeur, travaille sans relâche. On le

vit souvent à Belfort, ce coin de l’Alsace confié à sa garde. L'Alsace! Certes ce fut le rêve du duc d’Aumale de la reconquérir. Son unique ambition était de tomber, quarante-troisième de sa race, sur un glorieux champ de bataille, ou de pouvoir s'appliquer à lui-même ce qu'il a écrit du Grand Condé : « Et quand le dernier soldat de l'Empire eut quitté le sol de l'Alsace, le sol de la France, Condé remit au fourreau son épée, qui n’en devait plus sortir ». Un autre avenir l’attendait, et le prince n'avait pas épuisé la coupe d’amertume ; mais les jours sombres ne s’annoncent pas encore, et il goûte pleinement le bonheur de vivre en France, avec le légitime espoir d'y terminer ses jours. | La place manquant à Chantilly pour loger les trésors qui encombrent Twickenham, le duc d'Aumale relèvera de ses ruines le château des Condé; et il accroîtra ses collections sans attendre la construction du nouvel édifice. En juin 1873, il achète à la vente Faure, au prix de 79.500 francs, le dramatique tableau de Delacroix où les deux Foscari se trouvent face à face dans une situation dont l'horreur touche au sublime : le fils supplicié, soutenu par les femmes éplorées, devant le père accablé sous le

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