‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 71 sur 91 · LD · texte numérisé non relu

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dont plusieurs de petites dimensions, comme la curieuse représentation de saint Benoît dans le sacro speco de Subiaco, attribuée à un élève de Fra Angelico, deux petits Filippo Lippi, des Luini, etc. ; il convient surtout de citer /a Mort de la Vierge de Giotto, où les repeints sont malheureusement nombreux; un grand triptyque montrant le Couronnement de la Vierge, attribué alors à Lorenzo di Niccolo, aujourd’hui à Giovanni del Ponte di Santo-Stefano ; l'étrange et attirant portrait de Simonetta Vespucci, la belle Génoise qui épousa un Cattani de Florence et fut aimée par Julien de Médicis ; quelle ait posé devant Pollajuolo ou devant Piero di Cosimo, peu importe ; c’est elle-même qui est le chefd'œuvre. Citons encore l’Automne de Botticelli, grande figure gracieusement ajustée, svelte et souriante, accompagnée d'enfants gourmands et joyeux; un expressif panneau de Sano di Pietro, ou de son maître Sassetta, représentant un épisode de la vie mystique de saint François d'Assise ; une Annonciation du Francia; une belle toile de Jacopo Palma, signée et datée, tableau de piété contenant le portrait du donateur inconnu. Les écoles du Nord n'étaient représentées dans la galerie Reiset que par trois morceaux, deux ravissantes petites têtes (homme et femme) attribuées alors à Jean Van Eyck, un panneau intitulé une Procession et donné à Thierry Bouts, et une belle marine d’'Everdingen. L’avancement des études consacrées à l’histoire de l’art ont amené la prudence pour l'attribution des œuvres du xv° siècle, et l'on a écarté le nom de Thierry Bouts, sans le remplacer par un autre; quant au sujet représenté, il a pu être identifié : c'est le transport de la châsse de saint Perpète à Bouvignes après le sac de Dinant en 1466.

M. Reiset avait aussi donné à l’école flamande un tableau d’autel exécuté au xv° siècle et représentant la

Vierge dite de Miséricorde, c’est-à-dire prenant sous sa protection et couvrant de son manteau les pauvres humains, les humbles comme les illustres ; avant d’appartenir à M. Reiïset, cette peinture avait été attribuée à l’école du nord de l'Italie. En réalité, elle fut exécutée en Avignon par deux artistes français, Charonton et Vilatte, sur la commande faite en 1452 par Jean Cadard et Jeanne du Moulin, sa femme, agenouillés à gauche et à droite devant des pupitres à leurs armes. L'école française était donc représentée chez M. Reiset, sans qu'il s’en doutât, par un morceau capital du xv° siècle ; il n'avait d’ailleurs recueilli que fort peu de toiles françaises, mais toutes de bonne qualité : cinq de notre grand Poussin, deux de Gaspard Dughet, une de Gérard (portrait de Bonaparte premier consul), et trois d'Ingres : son propre portrait en 1804, celui de Mr° Devauçay en 1807, et enfin cette Vénus Anadyomène dont le grand artiste chercha toute sa vie l’expression idéale, car ii l’a datée : « 1808 et 1848 ». Les tableaux de M. Reiset vinrent s'ajouter aux collections ramenées d'Angleterre en 1877-1878 et déposées dans le Jeu-de-Paume et autres dépendances du château, en attendant que fût prête la demeure somptueuse que leur destinait le duc d’Aumale. C’est dans ces conditions, assurément insuffisantes, que M. Lafenestre put les examiner en 1879-1880; il eut, le premier, l'honneur de dévoiler à la France les trésors artistiques que l'illustre exilé avait conquis pour elle, et c'est avec l'agrément du prince que son travail fut publié en 1882 (Maitres anciens, études d'histoire et d'art, pp. 159-276), l’année même où les collections furent installées dans le château.

Dès 1875, le duc d'Aumale manifesta la volonté de relever la maison des Condé. Il fallait d’abord trouverun architecte, un homme à l'esprit ouvert, encore jeune,

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