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RECONSTRUCTION DU CHATEAU

qui, sans être lié par son passé à des théories étroites, eût déjà néanmoins fourni des preuves d’un beau talent, promesses d'un brillant avenir. La recherche était délicate ; le prince eut l’heureuse idée de la confier à un ami de Chantilly, M. Gruyer, dont il appréciait le dévouement, et qui fut honoré jusqu'à la fin de sa confiance et de son affection. Membre de l’Institut et attaché à l’administration des Musées nationaux, M. Gruyer était mieux qualifié que personne pour répondre au désir du prince, et un beau matin il lui présenta M. Daumet. Après la première entrevue, le prince et l'architecte se quittèrent ravis : ils s'étaient compris. De leur collaboration va sortir un des plus beaux fleurons de la couronne artistique de la France. La tâche était ardue, et l’on ne saurait trop admirer la dextérité avec laquelle M. Daumet surmonta les difficultés. Il fallait s’enfermer dans le périmètre original, conserver le soubassement de l'ancien château, surélever les tours et les façades dont les restes émergeaient des eaux, relier entre eux des plans inégaux, des parties où rien n'était d’équerre et dont l’ensemble ne pouvait être régulier : la disposition du grand escalier, creusé dans le roc, est une merveille d’ingéniosité. Le prince ne regrettait guère le massif château des Condé et ne songea pas un instant à le reconstituer, préférant donner au nouvel édifice un caractère plus original, qui rappelât le manoir des Montmorency, plus gracieux, mieux approprié au site. C'est donc du xvr° siècle que s'inspira M. Daumet, tout en créant une œuvre personnelle, élégante et robuste à la fois, où les parties les plus variées forment un ensemble dont le pittoresque n'exclut pas l'harmonie. Le petit château n’est plus écrasé comme au xvm° siècle ; habilement soudé au grand, il fait corps avec lui; entre eux la liaison sera parfaite lorsque le temps aura jeté un manteau gris sur la blancheur des

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constructions nouvelles, et le nom de M. Daumet est

désormais inséparable de ceux de Pierre Chambiges et de -

Jean Bullant.

Le duc d’Aumale établit son habitation au rez-de-

chaussée du petit château. La gracieuse façade subit une :

transformation nécessaire, mais qui en modifia le caractère ; le vieux pont et la large porte qui donnaient autrefois l’accès de la cour basse avaient subsisté après que le fossé de séparation avait été comblé et la nouvelle entrée créée par le pont-levis actuel; le prince supprima le vieux pont et transforma la porte en grande baie vitrée avec balcon. A l'étage, derrière les salons, se trouvaient des chambres et garde-robes, ayant vue sur

la cour ; elles disparurent pour faire place à une jolie .

galerie où furent logés les trésors bibliographiques ; construite sur le modèle de celle de Twickenham, elle reçut le nom de Cabinet des Livres. Le prince en fit hommage au Grand Condé, dont un admirable buste en

terre cuite, œuvre de Coysevox, surmonte la cheminée; la :

voussure du plafond fut ornée des armes de Condé et de Turenne, entourées des écussons de leurs principaux compagnons de guerre, Luxembourg, Créqui, etc. Les deux premiers salons reçurent une nouvelle décoration, exécutée par Guifard d’après les dessins de Lechevallier- Chevignard ; la belle mosaïque de l’'Enlèvement d'Europe, placée au-dessus de la cheminée, inspira l’ornementation du plafond, où furent peints en grisaille des sujets empruntés à la mythologie et accompagnés d'inscriptions grecques. Les grandes toiles de Sauveur Lecomte, qui avaient émigré en Angleterre, reprirent leur place dans la galerie des Batailles ; au-dessus de la cheminée, encadrée par les bustes en marbre de Turenne et de Condé, une vitrine fut remplie de précieux souvenirs : les pistolets de combat du Grand Condé, son portrait par

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