AMEUBLEMENT DU CHATEAU
selon l'appellation ancienne, « le trésor des archives », un millier de cartons remplis de vieilles chartes et de documents de tout genre, présentait, au bout de la galerie de Psyché, un riant cabinet offrant par ses croisées trois perspectives différentes sur le parterre français, le jardin anglais, la Pelouse et la forêt. Ce fut le cabinet du bibelot : miniatures, éventails, émaux, porcelaines, faïences, vases, objets d’orfèvrerie, armes, souvenirs de famille. Dans une des tables-vitrines, le duc d’Aumale placa le diamant rose dit le Grand Condé, qui appartint à ce prince et fut recueilli dans l'héritage de son dernier descendant, l'émail attribué à Cellini, le poignard d’Abdel-Kader et des bijoux pris à la Smalah, le poignard offert
par le bey de Tunis en 1846, une croixen diamants donnée
par Napoléon I‘ au général baron Aymard et léguée par son fils, enfin la croix que lui-même avait gagnée en Algérie et dont il était justement fier. La mort de sa bellemère, archiduchesse d'Autriche, princesse de Salerne. nièce de Marie-Antoinette et belle-sœur de Napoléon [°, fit entrer dans ce cabinet un lot de miniatures, portraits de princes et princesses de la maison d'Autriche et de la maison de Bourbon-Sicile ; la plus curieuse est assurément un joli portrait du duc de Reichstadt, exécuté par Daffinger. Les autres miniatures et émaux proviennent de la famille d'Orléans et de la maison de Condé, sans compter ceux que le prince avait achetés en Angleterre. En 1892 encore, il acquit d’Andrew Mac-Kay, marchand de Londres, un délicieux émail de Petitot représentant la célèbre Ninon. En 1897, M Dodu, dont on sait la conduite héroïque en 1870, apporta au Cabinet des Gemmes la dernière adjonction en offrant au duc d’Aumale un portrait deson frère le prince de Joinville, qu’ellemême avait recu du baron Larrey.
Pour garder le souvenir d’un des bâtiments du conné-
table Anne, le duc d'Aumale donna le nom de galerie des Cerfs à la salle à manger, et, pour le justifier, y mit des têtes et bois de cerfs. Le plafond à caissons fut décoré des armes de toutes les familles qui se transmirent la propriété de Chantilly à travers les siècles, depuis des Bouteiller de Senlis jusqu’au dernier possesseur. Huit des belles tapisseries des Gobelins acquises à si bon compte en 1852 ornèrent les murs. Baudry fut chargé de peindre un saint Hubert pour la décoration de la cheminée; le duc de Chartres posa pour le saint chasseur, le jeune duc d'Orléans pour le page. En dépit de brillantes qualités d'exécution et de coloris, la composition manque de simplicité, et l'absence de plan crée une certaine confusion ; on peut penser que l'illustre artiste a été influencé par le voisinage des tapisseries, dont l’ordonnance est cependant si claire. Il prit une éclatante revanche avec l'Enlèvement de Psyché, exécuté pour le plafond de la Rotonde du musée ; sa Psyché, enlevée par le robuste Mercure, est ravissante de grâce wirginale dans son bonheur apeuré ; ce fut la dernière œuvre de Baudry, et c'est un chef-d'œuvre. En sortant de la salle à manger, ne convient-il pas de jeter un coup d'œil mélancolique sur la tribune des musiciens, aujourd’hui muette ?
Dans le grand vestibule, entre les colonnes, furent placés deux fragments de carrelage émaillé, provenant du pavage d'Écouen. Exécutés à Rouen, en 1542, par Masséot Abaquesne, ils représentent des sujets de l’histoire romaine, Mutius Scævola au camp de Porsenna, Gurtius se jetant dans le gouffre de Forum pour apaiser la colère des dieux. Sur le palier de l’escalier d'honneur, pour lequel M. Daumet dessina la magnifique rampe forgée par la maison Moreau, se dressent des torchèrescarlatides exécutées par Raymond Barthélemy d’après le dessin de Chapu ; au mur, une pièce de l'Histoire de Jason,