‹ Chantilly et le Musée CondéChapitre 82 sur 91 · AMÉNAGEMENT DU MUSÉE · texte numérisé non relu

AMÉNAGEMENT DU MUSÉE

sur le plus fin vélin, et conservé dans sa reliure origi-

nale.

Le duc d'Aumale profita de l'exil pour assurer à son œuvre une forme définitive. Le logis du grand château fut démeublé et transforméen salles de musée ; le salon d'Orléans reçut de grandes vitrines destinées aux dessins et aux gravures, dont les portefeuilles furent exécutés à Bruxelles. L'aménagement du soubassement fut modifié ; l’ancien théâtre du duc de Bourbon devint une belle bibliothèque où seront rangés les livres modernes ; à côté,

une large installation fut préparée aux registres d'archives,

à la correspondance des Montmorency et des Condé, dont j'entrepris le classement à Londres; ces précieux autographes furent montés en de beaux volumes reliés par Broca, à Londres même, au nombre d'environ 500. Au mois de juin 1889, toutes les collections avaient pris à Chantilly leur emplacement définitif ; le prince procéda

lui-même à l’organisation du musée, désigna la place de

tous les tableaux et objets d'art, dont la disposition actuelle est son œuvre personnelle. Dès le 12 mai 1888,

il avait créé un fonds spécial de 650.000 francs pour ce

qu'il appelait « l'achèvement de Chantilly »; ce fonds fut successivement porté à 970.000 francs, puis à 1:099.000 francs par des codicilles de 1892 et de 1895, à condition que les travaux prévus fussent complètement terminés dans le délai de cinq ans après sa mort. Ces travaux devaient porter sur la décoration intérieure et extérieure du château, la restauration des Écuries, d’autres bâtiments, des berges des étangs et canaux, la transformation et l'aménagement de la maison de Sylvie, de l’île d'Amour, etc. Dans le château, les deux molosses qui gardent l'entrée de la salle à manger furent exécutés par Gardet ; Jonchery reçut la commande de la statue en

marbre du duc de Bourbon, placée au bas de l'escalier

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d'honneur, à côté d'un loup et d’un sanglier en bronze, œuvre d'Auguste Cain. Des vases de porphyre décorèrent le grand vestibule et les niches extérieures. Pour le parc, Germain fut chargé d'exécuter quatre superbes vases en marbre, ornés de sculptures. La pointe de Ia vieille île d'Amour fut restaurée ; sous un pavillon de treillage fut mise la statue d’Éros, copie de l'antique conservé au Louvre. La maison de Sylvie, qui jusqu'alors avait servi d'habitation, reprit sa destination première et redevint un petit palais. Des toiles du maître Merson y consacrent le souvenir de Théophile et de la duchesse de Montmorency, de M!° de Clermont et de M. de Melun ; deux toiles d'Olivier de Penne rappellent les chasses du duc d'Orléans (1841) et du duc d’Aumale (1874). Les salles sont ornées d'objets précieux, vases et tentures de Chine, coffre et cabinets du Japon, tapisseries des Gobelins et de Beauvais. La maison perdit cependant son caractère par l’adjonction d’un salon octogonal, spécialement créé pour recevoir des boiseries du xvu°siècle, enlevées d’un pavillon de chasse de la forêt de Dreux. La salle du Jeu-de-Paume devint une annexe du musée; le prince y plaçca des tableaux et des tapisseries, y dressa la tente d’Ald-el- Kader, glorieux trophée qui lui rappelait l’heureux temps de sa jeunesse où son bras vaillant tenait ferme l’épée de la France ; là aussi sont les drapeaux donnés par le tzar Paul I‘ aux régiments de l’armée de Condé en 1798; la voiture luxueuse dont se servit le duc de Bourbon au sacre de Charles X ; la calèche de cour qui, après avoir porté l'impératrice Joséphine, la reine Marie-Amélie, fut offerte au duc d'Aumale par l’impératrice Eugénie ; souvenirs d'époques bien diverses, mais qui font partie de l’histoire de notre patrie.

Et le prince ne cesse d’enrichir les collections bibliographiques et artistiques. La vente des bibliothèques du

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