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II. — LA CHARITE DE VINEUIL

Les Archives de l'Hospice Condé n'ont conservé aucun document qui nous renseigne sur le personnel et le fonctionnement de la Charité de Vineuil depuis la rentrée du Grand Condé en France jusqu'à sa mort, survenue le 1 1 décembre 1686. Nous savons seulement que ce prince, en mourant, laissa une somme de dix mille livres à l'établissement charitable fondé par sa mère. La princesse de Condé, Claire-Clémence de Maillé- Brézé, dont les cruelles épreuves avaient altéré la raison, ne parut guère à Chantilly après le retour d'exil ; confinée dans l'hôtel de Condé à Paris, elle fut reléguée en 1671 à Châteauroux, où elle vécut de longues années encore. Mais elle fut dignement remplacée à Chantilly par une pieuse et charitable princesse, Anne de Bavière, fille de la célèbre Palatine, mariée en 1663 au fils du Grand Condé, Henri-Jules, duc d'Enghien. C'est elle qui prit la direction de la maison, exerçant une douce influence sur un beau-père et un mari d'humeur inégale, donnant l'exemple d'une haute vertu, d'une grande dévotion, se prodiguant en œuvres pieuses où la Charité de Vineuil ne fut certainement pas oubliée.

Nous avons vu par les lettres de Louise de Marillac que la Charité, installée d'abord dans une maison louée, avait été transférée en 1656 dans un autre local situé dans le même quartier. On ignore si cette seconde maison fut acquise ou louée, si elle est la même que l'immeuble où fut l'hôpital que protégèrent et agrandirent le Grand Condé, sa belle-fille et son fils. Des lettres patentes de 1711, mentionnant le testament du prince Henri-Jules, attribuent à ce prince l'hôpital qui existait alors à Vineuil : « l'édifice construit/ de son ordre à Vineuil, derrière les jardins de Chantilly ». De son ordre, ou de l'ordre de son père. En effet, dix-huit mois après la mort du Grand

Condë, le 15 mai 1G88, Henri-Jules achète, par l'intermédiaire de Claude Richard, capitaine et gruyer de Chantilly, et par devant Georges Thibaut, notaire à Saint-Leu-d'Esserent, « une maison couverte de chaume, chambre basse, grange et masure, estable, cour et jardin, ainsy que le tout s'estend et comporte, situez à Vineuil, tenant d'un costé à la maison de l'Hospital estably audit Vineuil, d'autre costé audit hospital, d'un bout et d'autre à la rue et à la veuve Jacques Selesmes et aux héritiers et veuve d'Antoine Bodiot », moyennant la somme de 450 livres, « déclarant ledit sieur Richard que S. A. S. fait l'acquisition de la susdite maison pour accroistre et augmenter tant les bâtimens que la cour de ladite maison de la Charité située audit Vineuil et fondée par feue Madame la Princesse, laquelle présente acquisition appartiendra et demeurera audit hospital doresnavant à tousjours ». La Charité est donc propriétaire des immeubles qu'elle occupe. Quant à la situation de ces immeubles, elle est facile à déterminer, grâce aux déclarations passées au terrier de la seigneurie de Chantilly au xviic et au xvme siècle. La rue où se trouvait l'hôpital a d'ailleurs gardé le nom de rue des Sœurs: elle s'embranche sur la grande rue en deçà de la Croix ou Calvaire. La première maison qui faisait l'angle oriental des deux rues et qui n'existe plus appartenait en 1682 à Charlotte Auger, veuve de Jacques Selesmes, en 1701 à Suzanne Selesme, veuve de Gabriel Flaix, boucher ; derrière cette maison, sur la rue des Sœurs, était la maison de Laversin que le prince Henri-Jules acquit en 1688 pour augmenter la Charité. La deuxième maison sur la grande rue appartenait à la famille Millart, et avait pour enseigne l'image sainte Barbe ; en 1682, « elle tient par derrière à la maison où demeurent les sœurs de la Charité ». L'hôpital se trouvait donc derrière ces maisons de la grande rue, dans la rue des Sœurs, à droite en montant ; il est aujourd'hui représenté par la propriété de M. Caillet.

Sur la vie et l'administration de l'hôpital, nous avons, conservés aux archives de l'Hospice Conclé, de nombreux et précieux documents à partir de l'année 1694. D'abord les comptes généraux de chaque année, présentés par le receveur ou trésorier aux administrateurs de l'œuvre ; puis les registres

de dépenses tenus par la sœur supérieure ; enfin de nombreuses pièces de comptabilité. Le président du conseil d'administration est le curé de la nouvelle paroisse de Chantilly, fondée en 1692 : Martin Berger ; il est assisté de deux officiers du prince résidant à Chantilly, d'abord Charles Duru et Christophe Telinge, celui-ci capitaine de la Ménagerie ; un document de 1698 les désigne ainsi : « directeurs des pauvres de l'hôpital de la Charité de Chantilly » ; ils sont remplacés en 1702 par Pierre Dumas, principal concierge du château, et Charles Peyrard, garde-meubles ; le premier deviendra successivement inspecteur des bâtiments, contrôleur, gruyer des forêts ; le second le remplacera comme principal concierge, fonctions que son 'fils Pierre occupera ensuite. Le trésorier de l'œuvre est le receveur du domaine, Nicolas Boullemer de Lamartinière ; il mourut en 1701, âgé de soixante-six ans, et eut pour successeurs ses fils Nicolas II, mort le 4 octobre 1703, et Louis, capitaines des équipages de chasse '. Le chirurgien est Henri Lejeune. Le prince Henri-Jules fait venir une troisième sœur en 1699. La sœur supérieure est Louise Marinier en 1694, Michelle Gillot en 1698, Hélène Bourget en 1700, Jeanne de Bonnel en 1703. Des autres sœurs à cette époque, je ne connais que Didière Leclerc (1702), et Jeanne Clorte, dont j'ai rencontré la souscription corrime marraine d'une enfant trouvée dans le registre de catholicité de Saint-Maximin. Ces figures que j'évoque hors de la poussière de nos documents pour les faire comme revivre au milieu des seigneurs et surtout des petites gens de Vineuil, me rappellent ces lignes exquises par lesquelles saint Vincent traçait le portrait idéal de ses filles : « Elles n'ont ordinairement pour monastère que la maison des malades, pour chapelle que l'église de leur paroisse, pour clôture que l'obéissance, pour grille que la crainte de Dieu, et pour voile qu'une sainte et exacte modestie ».

1 Martin Boullemer, père de Nicolas, fut le fondateur d'une dynastie d'officiers forestiers dont le dernier représentant, Alexandre-Jean- Baptiste Boullemer de Lamartinière, fut directeur des forêts du duc d'Aumale jusqu'en 1851. Je l'ai connu fort âgé à Noyon lorsque j'y étais vicaire ; c'était un vieillard aimable, courtois, et dont la charité s'enveloppait de formes exquises. Nous le retrouverons à la fin de notre travail, car il fut administrateur de l'hôpital de Chantilly.

L'hôpital de Vineuil était comme une petite métairie, où une étable, une basse-cour et un rucher, entourés de jardins, fournissaient pour la vente veaux, cochons, poulets, beurre, etc., en même temps qu'ils égayaient les yeux des malades. Les bâtiments, couverts les uns en chaume, les autres en tuiles, que le prince Henri-Jules avait fait construire ou approprier, exigeaient déjà plus d'une réparation, d'où la présence, dans les comptes de 1697 et 1698, de quatre entrepreneurs de Chantilly, le couvreur Fiacre Prou, le maçon Pierre Duchâtel, le menuisier Vaudier, le serrurier Henri Obry ou Aubry *. Le compte de 1699 mentionne une croix (fer et pierre) qui a été faite sur la porte de l'hôpital par ordre de S. A. S. Madame la Princesse ». A mentionner aussi, en septembre 1699 : « Tant pour les réparations pour l'apotiquairerie que pour accommoder la chapelle de plusieurs choses, 143 livres 4 sols ».

Les ressources de ce premier hôpital étaient modestes ; le revenu normal consistait tout entier dans la rente cle 1000 livres fondée par la princesse Charlotte de Montmorency. A cela s'ajoutaient les gratifications du prince et de la princesse de Condé, du Roi et des grands personnages qui venaient visiter Chantilly, le produit de la basse-cour, de l'apoticairerie ; citons, par exemple, ce passage du compte de la recette

en 1695: « Plus 102 1. 16 s sçavoir d'une aumône du Roy

40 1., pour un veau 12 1., pour beurre et poulets de la bassecour vendus 8 1. 14 s., plus des remèdes et autres casuels 12 1. 2 s., ce qui fait la susdite somme de 102 1. 16 s. — Plus

39 1. 5 s sçavoir pour un cochon vendu 16 1, pour du

beurre 10 1., pour des poules 4 1. 5 s., et le reste pour des remèdes... ».

En 1698, Louis XIV, se rendant à Compiègne pour la grande

1 Les Obry ou Aubry furent serruriers à Chantilly depuis le milieu du xvr siècle jusqu'à la fin du xviii# siècle. En 1698, Henri Obry et Marguerite Parin ont un fils, Jean, qui épousa Geneviève Chrétien et en eut un fils, Henri, qui fut baptisé le 22 juin 1709. Ce dernier épousa Jeanne- Louise Chevau, née à Paris le 18 janvier 1717, fille de Jean Chevau, maitre maréchal du duc de Bourbon ; de ce mariage, naquirent deux filles, Jeanne-Françoise, née le 26 novembre 1737, et Marie-Françoise, née le 15 septembre 1741. Le grand-père de M. Eugène Toupet succéda à Henri Obry dans l'atelier de serrurerie de l'hôtel de Quinquempoix.

démonstration militaire qui a gardé le nom de camp de Compiègne, séjourne à Chantilly, et le registre de l'hôpital en consacre le souvenir: a Le vendredy 29 août 1698, receu des aumônes du Roy estant à Chantilly, huit louis d'or valant 112 livres ; de Monseigneur (le Grand Dauphin), deux louis d'or valant 28 1. ; du Prince (de Condé), deux louis d'or valant 281. ; de Madame la princesse de Conty, doirière ', deux louis d'or valant 28 L; de Mr de Courtenvaux 2, 7 1. 4 s. Le 24 septembre 1698, au retour du voyage du Roy de Compiègne, receu de Madame la Duchesse 3 deux louis d'or valant 28 1. ».

Le passage suivant dénote une fois de plus la charité de la princesse de Condé, Anne de Bavière : « Plus avoit été obmis un louis d'or valant 141., donné par Madame la Princesse pour la nourriture de deux petites orphelines demeurant audit hôpital, dont M. de Lamartinière a reçu quittance de la sœur Louise Marinier ». Elle fait aménager un petit bâtiment pour loger quatre pauvres vieilles pendant l'hiver ; elle crée l'œuvre des secours à domicile, celle de l'apprentissage des jeunes filles. Bref, la charité de la pieuse princesse est inlassable et s'exerce sous les formes les plus diverses. Enfin c'est elle qui pare aux insuffisances des premiers budgets de l'hôpital. Le compte de 1694 présente une recette de 1270 L 17 s. 2 d., dont 232 livres ont été données par la princesse ; et cependant il y a un déficit de 220 1. 18 s. 10 d., car la dépense s'est élevée à 1491 1. 16 s. Même situation en 1695 et 1696, puis l'équilibre s'établit en 1697. Le compte de la double année 1698-1699 se solde par un appréciable boni: recette, 2801 1. 10 s.; dépense, 2493 1. 10 s. Il en est de même pour le compte de 1702-1703 ; recette, 2244 1. 4 s.; dépense, 2153 1. 4 s.

En face de la recette, il faut lire le chapitre de la dépense.

1 Marie-Anne de Boubon, dite Mlle de Blois, fille de Louis XIV et de Mlle de La Vallière, veuve en 1685 de Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti.

3 Michel-François Le Tellier, marquis de Courtenvaux, fils aîné de Louvois.

3 Louise-Françoise de Bourbon, dite Mlle de Nantes, fille de Louis XIV et de Mme de Montespan, avait épousé eri 1685 le fils du prince de Condé Henri-Jules, Louis III, duc de Bourbon.

Je ne parlerai pas de l'entretien des bâtiments, qui comporte toujours une petite dépense annuelle, et je mentionnerai une fois pour toutes la somme de 30 livres allouée par an à chacune des sœurs pour son « vestiaire », c'est-à-dire pour son linge et ses habits. La principale dépense concerne la nourriture du personnel et des hospitalisés ; voici un article du registre de 1695 : « La dépense des mois de janvier, février et mars est de 212 1. 10 s., laquelle somme distribuée en 741 journées qu'il y a eu pendant lesdits trois mois, tant pour les pauvres malades que des sœurs employées à les gouverner, chaque journée revient environ à 6 sols moins un liard ». J'ai cru devoir noter ici cette façon simple de calculer qui était dans les habitudes de nos ancêtres.

Il fallait aussi approvisionner l'apothicairerie de « drogues et remèdes », parmi lesquels le registre mentionne « l'eau-de-vie et drogues extraordinaires pour des plaies considérables » (1697), acheter du vin, du bois « en cordes et fagots façon de Senlis », du sel, de la toile chez Turquet, marchand à Senlis, pour faire des draps et des chemises ; de la futaine, des matelas « vieux et neufs » que Charles Fresne cédait équitablement ; ajoutez à cela les gages du chirurgien Lejeune et du jardinier, la dépense de deux ruches « que la sœur a achetées pour en avoir le miel ».

Naturellement, les registres qui se succèdent reproduisent des dépenses de même nature. Je me bornerai donc à relever quelques singularités :

« Pour deux voyages de la sœur Michelle à Paris aller et revenir, 12 1. 15 s. ».

« A été payé au sieur Boivinet, jardinier de l'hôtel de Condé (à Paris), pour le payement des arbres qui sont plantés dans le jardin de l'hôpital, qu'il a fait venir de Paris, 23 1. 6 s. ».

« 7 janvier 1699. 13 journées au nommé Gaillard, qui a conduit un petit garçon à la mer *, mordu et bien blessé d'un chien enragé, à raison de 40 s. par jour tant pour la nourriture de l'homme que du petit garçon et d'une bourique, 26 1. — Plus pour le loyer de la bourique, 12 s. ».

1 On croyait que les bains de nier étaient un remède utile pour la guérison de la rage.

Le 9 décembre 1699, « il fut envoyé une troisième fille de Charité » pour aider aux deux premières. La date d'octobre 1700 mentionne en effet les gages de trois sœurs, de Charité.

En 1701, petite recette extraordinaire : « Sur quoy il faut

déduire 18 livres que les sœurs ont receus d'une fille qui est morte à l'ospital et qui a bien voulu donner les 18 1., estant en estât de le pouvoir faire. ».

Juillet 1702. « 63 livres 2 s. pour reste du petit bâtiment qui a esté fait pour retirer l'hiver les quatre vieilles femmes que Madame la Princesse avoit nommé, et qui sert présentement d'escole ». — Janvier 1704, « nourriture des quatre vieilles femmes et de la petite fille, les lits estant remplis » ; etc., etc.,

Le budget de l'hôpital ne permettait pas de dépenses extraordinaires ; aussi est-ce à la générosité du prince et de la princesse de Condé qu'il faut attribuer la construction, en 1707-1708, d'un « nouveau bâtiment à l'hôpital de Vineuil ». Le mémoire du maçon Jean Poulet, qui monte à 1170 1. 3 s., mentionne la chapelle, la salle des hommes, la salle des femmes, la chambre des sœurs, la lingerie, l'apothicairerie, l'école. Le bâtiment comportait un étage. Les comptes du trésorier pour les années 1704 à 1710 ayant été perdus, nous n'avons pas trace de la recette et nous ne connaissons la dépense faite pour cet agrandissement que par un certain nombre de pièces comptables qui ont été conservées ; mais il n'est pas douteux que la dépense n'ait pu être faite que grâce à une générosité princière.

La comptabilité de l'hôpital était peu compliquée ; la sœur supérieure tenait un « livre d'hôpital », c'est-à-dire d'entrées et de sorties de malades, un registre où elle mentionnait journellement ses dépenses et la justification de l'argent qui lui était confié ; ces registres, visés tous les trimestres par les administrateurs, étaient ensuite utilisés par le trésorier pour l'établissement de son compte annuel. Le registre le plus ancien porte sur le parchemin jauni de sa couverture le titre suivant : « Livre du Bureau de la Charité. Hospital. Charités extraordinaires Manufacture de dentelles. 1694 ». Et d'autre part nous voyons qu'en 1696 le trésorier Nicolas Boullemer de Lamartinière a rédigé trois comptes qui, bien qu'étrangers entre eux, sont

conservés ensemble dans les archives de l'Hospice Condé : 1° « Charité de Chantilly » (c'est l'hôpital) ; 2° « Charités extraordinaires de Madame la Princesse » ; 3° Compte spécial pour les filles de la manufacture de dentelles que Madame la Princesse fait travailler par charité à Chantilly ». C'est que la pieuse Anne de Bavière avait voulu établir un lien très étroit entre ces trois œuvres, pour lesquelles elle utilisait la charité des soeurs de l'hôpital, sous la direction et le contrôle d'un Bureau qui, outre les administrateurs de l'hôpital, comprenait le capitaine de Chantilly, Claude Richard, sieur du Plessis-Godard, le vicaire de Chantilly, Ferdinand-Joseph de Corbie, et le chirurgien Henri Lejeune.

Charités extraordinaires

Sous ce titre il faut entendre les secours en nature, pain et viande, que les Filles de la Charité distribuaient aux nécessiteux dans les bas quartiers de Chantilly et dans les villages avoisinants. Voici la première mention que nous ayons rencontrée sur cette œuvre aux limites imprécises : « Mémoire de la recepte faite par M. de la Martinière pour les charités extraordinaires depuis le 1er novembre 1694 jusqu'au dernier décembre de la même année » ; soit 168 livres, dont 126 données par la princesse de Condé et 42 par le prince. En 1695, la recette totale est de 310 1. 3d. ; elle est encore fournie par la princesse, sauf les articles suivants : « Le 20 mars, six livres de l'amende de Périer (un jardinier du château) pour avoir coupé des arbres dans le Bois-Vert (dans le parc) sans ordre. — Le 6 avril, M. de la Martinière a reçu de Mlle Françoise D^lapierre 13 1. 6 s. qu'elle avoit eu à la queste qu'elle fît à la paroisse (l'église) pour les pauvres de cette paroisse de Chantilly. — Plus 3 livres pour une amende à laquelle a esté condamné verbalement Louis Heurteux, fontainier ». En 1696, la recette, provenant tout entière des aumônes de la princesse, se monte à 371 1. 13 s. ; la dépense est de 367 1. 16 s.

Chaque samedi, le Bureau tient une assemblée où sont arrêtées les charités à faire pendant la semaine suivante. Ne

citons qu'un exemple : « 4 septembre 1694. A l'assemblée du Bureau de la Charité a esté ordonné que des aumônes de S. A. S. Madame la Princesse les pauvres malades cy après nommés seront assistés comme s'ensuit pendant la semaine qui commence demain 5e de ce mois. Apremont. La femme de Jean Roger et son fils, 5 livres 1/2 de pain, 5 livres de viande. La femme de Nicolas Durand, 2 et 3 1/2. Aubin, sa femme et une fille, 5 et 5. La veuve Ducroc et son fils, 10 livres de pain. La femme de Lalouette, 3 livres de pain et 3 1/2 de viande. Vineuil et Saint-Firmin. Brouilly, 2 livres de pain et 4 livres de viande, etc. etc. Totaux : 68 livres de pain valant 5 1. 2 s. à 18 deniers la livre ; 50 livres de viande valant 101. ». Au bas de cet état sont les signatures du curé et du vicaire de Chantilly, du capitaine du château Richard du Plessis, et du chirurgien Lejeune.

A noter en octobre 1694 : « A la mesme assemblée a esté approuvé que, n'y ayant point eu de bureau pour la semaine dernière, sœur Louise Marinier ait distribué par un ordre verbal de M. le Curé à partie des pauvres nommés cy-dessous ».

Les aumônes consistent en pain et viande ; elles sont réservées d'abord aux gens d'Apremont, Vineuil, Saint-Firmin et Chantilly ; Gouvieux et Lamoiiaye sont visités à partir de 1699, l'année même où une troisième sœur est appelée à l'hôpital. C'est à Vineuil que les indigents sont le plus nombreux.

Manufacture de dentelles

Ce chapitre de l'histoire industrielle et charitable de Chantilly a jusqu'à ce jour échappé à la curiosité des chercheurs. La troisième partie du registre de 1694 débute ainsi : « S. A. S. Madame la Princesse entretient et fait nourrir par charité 22 filles sous la conduite de Mlle de Beaumont pour être occupées à faire des dentelles de soye et de fil ». Cette œuvre est tantôt appelée « manufacture de dentelles », tantôt « communauté de Sainte-Anne », du nom de la fondatrice, Anne de Bavière. Dans la liste des malades soignés à l'hôpital de 1702 à 1707, on rencontre quatre « filles /de la communauté de Sainte- Anne », Geneviève Coutelier, Nicole Decouye, Jeanne Brouilli,

« la petite Toudouze ». Il est probable que Charlotte Martin, « faiseuse de dentelle », qui fut mariée dans l'église de Chantilly le 15 novembre 1700, sortait de cette communauté. On disait aussi « la communauté des Filles rouges », sans doute à cause d'un détail uniforme de leur habillement ; dans un historique du domaine rédigé par le capitaine du château vers 1750 et conservé dans la bibliothèque du Musée Condé, on lit ce passage : « La maison qui est de l'autre côté de l'église avoit été bâtie par le même entrepreneur pour servir à une communauté de filles rouges, que Madame la princesse y avoit établies et qui depuis la mort de M. le Prince (1709) furent transférées à Ecouen ». Cet entrepreneur est Jean Lemaire, maître maçon à Paris ; la maison fut construite par lui à ses frais avant l'acte de concession du terrain, qui ne fut passé que le 30 novembre 1694. La maison est ainsi désignée sur un plan de 1700 : « la communauté » ; elle était à l'alignement de la maison de M. Mauclair (le Cygne) et lui faisait pendant de l'autre côté de l'église '. Jean Lemaire en avait consenti la location moyennant 105 livres par an ; Mlle de Beaumont y logeait avec les jeunes filles, dont le nombre varie de 20 à 25. Une salle servait de dortoir, une autre d'atelier. Le mobilier était peu luxueux ; le compte de 1694 mentionne 40 chaises de paille, des lits confectionnés par le menuisier Vaudier, 40 bottes de paille et 44 aunes de toile pour les paillasses, des pièces de drap et des couvertures achetées chez Turquet à Senlis ou chez Dubuisson à Pont, 12 douzaines de fuseaux, etc., etc.

Citons des passages du compte de 1694, recette et dépense. « Le samedi 4 septembre, à l'assemblée du bureau de la Charité, sœur Louise Marinier a présenté son compte de la recepte et dépense par elle faite pour les pauvres filles qui travaillent à la dentelle, depuis le dixiesme may jusques et non compris le 1er du présent mois, duquel compte s'ensuit la copie.

1 L'église irraugurée en 1692 était aussi à l'alignement de ces maisons ; c'est le duc de Bourbon qui la fit agrandir en 1725.

« Recepte

« Le 2 may 1694, de S. A. S. (la Princesse) 100 1.

« Le 27 may 1694, de M. de Lamartinière. . 50 1.

« Le 7 juin, de S. A. S 56 1.

« Le 19 juin, de S. A. S 196 1.

« De Le Guay pour les dentelles que les filles ont faites pendant le mois de may et juin. 19 1.

« De Mlle de Beaumont pour les dentelles que les filles ont faites pendant le mois de juillet et jusqu'au 20e d'aoust 1694, par Le Guay et Moreau ', déduction faite du tiers qui a esté donné aux dites filles (selon la volonté de S. A. S.) 46 1. 10 s.

« Pour un veau vendu 8 1. 10 s.

« Pour du son vendu 2 1. 10 s.

Total 478 1. 10 s.

Voici la dépense du mois de mai 1694, que nous relevons à titre d'exemple :

« Le 10 may, payé pour un septier de bled qui a produit 280 livres de pain 43 1. 10 s.

« Le 15, pour un septier de bled qui a produit 205 livres de pain 49 1.

« Le 27, pour un septier de bled qui a produit 268 livres de pain 50 1.

« Le 10 may, pour achapt d'un demi-quart de sel 5 1. 2 s. 6 d.

« Le dit jour, pour achapt de six pintes de fèves 2 1. 12 s.

« Le dit jour, pour 14 livres et demie de beurre 1 1. 1 1 s. 6 d.

« Pour achapt d'un chaudron 6 1. 10 s.

1 Nicolas Le Guay et Charles Moreau, marchands de dentelles, habitaient Saint-Firmin. La famille Moreau s'installa ensuite à Chantilly, y devint très nombreuse et fournit jusqu'au xix* siècle des dentelliers, des marchands de bois, des entrepreneurs de construction. M. Maçon a cité plusieurs membres de cette famille dans son Historique de la Ville de Chantilly.

« Pour achapt de 2 milliers et huit cens d'épingles à 3 1. le millier 8 1. 10 s.

« Pour achapt d'écuelles, assiettes, tasses, cruches et d'un seau 5 1.

« Pour achat d'un oreiller 11.

« Pour 3 douzaines de fuseaux 6 s.

Somme totale 173 1. 1 s.

« Il y a eu pendant ledit mois 565 journées des filles qui ont travaillé, auxquelles il a esté donné une livre de pain par jour, y compris celui qui a esté mis dans les potages ». La nourriture consistait surtout en soupes, pain, lait, choux et pois.

Après plus d'une combinaison essayée avec le sieur Moreau pour la question d'apprentissage, de nourriture, de partage de bénéfices, un contrat par année fut passé le 4 mai 1695 entre Nicolas Le Guay, marchand de dentelles à Saint-Firmin, d'une part, Martin Berger, curé de Chantilly, Claude Richard, capitaine du château, au nom de la princesse, d'autre part. Nicolas Le Guay « était convenu de prendre tout le travail qu'il trouvera à propos de faire exécuter, moyennant la somme de 50 livres par mois, à condition que entre les 22 filles il y en aura une en sa main (ce fut Marie Bouraine) pour montrer aux autres, laquelle sera nourrie comme les autres filles et à laquelle sera payé par chaque mois 3 1. 15 s. aux dépens de S. A. S. ».

En 1696, ce contrat est renouvelé avec Le Guay, qui ne donne plus que 47 1. 15 s. par mois. Pour cette année 1696, le « Compte spécial pour les filles de la manufacture de dentelles que Madame la Princesse fait travailler par charité à Chantilly » s'équilibre par une dépense égale à la recette, 1017 1. 14 s. 10 d. ; il va de soi que cet équilibre est dû à la générosité de la princesse de Condé. Si elle avait cherché un autre intérêt que celui de l'assistance charitable, elle se serait grandement trompée. On constate que le souci de cette pieuse bienfaitrice était de garder à des filles pauvres un gagne-pain et une sécurité morale. Ainsi s'expliquent des générosités de cette sorte :

« Des 4823 1. 7 s. 10 d. à quoy monte la recepte cy dessus il

y a 1100 1. données par S. A. S. Monseigneur le Prince, 2202 1. 17 s. par S. A. S. Madame la Princesse, etc.. ». Je

mentionne aussi, sans pouvoir en donner l'explication, un legs de 50 livres fait « par M. Deslions, doyen de Senlis ', à Mlle de Beaumont pour les filles de la communauté ».

On voit que la réputation de parcimonie du prince Henri- Jules ne se soutenait pas quand il s'agissait de la communauté que patronait sa femme et qui figure encore sur la dernière liste de ses charités : « 31 octobre 1708, 50 livres pour du bois à la communauté des filles rouges. ». Il mourut le 1er avril 1709, et la princesse, qui n'était plus chez elle à Chantilly et ne se souciait pas d'y demeurer avec son bizarre fils, résolut de se retirer au château d'Écouen et y installa tout de suite près d'elle sa chère communauté. Elle ne prévoyait pas que le nouveau prince de Condé survivrait moins d'un an à son père (Louis III mourut le 4 mars 1710), et qu'elle-même serait bientôt rappelée à Chantilly par les soucis de cette double succession. Quant à la maison qu'avaient occupée les dentellières, la veuve de Jean Lemaire, Elisabeth-Marie Tampon, demeurant à Paris, rue Montorgueil, la vendit, le 6 janvier 1711, à Anne-Frédérique Sauvage, veuve du charpentier Pierre Tonny, qui en fit une hôtellerie à l'enseigne de l'Épée Royale; et ce fut l'hôtel de VÈpée jusqu'en 1875, date de l'acquisition de l'immeuble par M. le duc d'Aumale, qui le fit jeter à bas.

Dernières années de l'hôpital de Vineuil

Par un codicille à son testament en date du 28 mars 1709, le prince Henri- Jules légua une rente annuelle de 1000 livres à la Charité de Chantilly, ainsi qu'une somme de 1 '2.000 livres pour agrandir l'hôpital. La rente fut constituée au moyen d'un contrat sur la ville de Paris par un capital de 22.000 livres qui, au denier 20, produisit tout d'abord 1100 livres par an.

1 Le doyen Deslions avait été en relations avec saint Vincent de Paul ; dans le recueil des lettres du saint, la 331% datée du 29 juillet 1641, est adressée à M. Deslions : « Si vous jugez que notre pauvre et chétive compagnie puisse rendre quelque petit service à la divine Majesté en votre bonne ville [de Senlis], mondit sieur le doyen [de Saint-Frambourg] et lui [M. Duchesne] vous diront l'état de l'affaire... ».

En février 1711, à la demande de sa fille, qui avait été si peu de temps princesse de Condé, Louis XIV délivra des lettrespatentes qui consacraient de l'autorité royale le legs du prince Henri-Jules :

« Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à tous présens et à venir salut. Notre très chère et très amée fille Louise-Françoise de Bourbon, veuve de notre très cher et

très amé cousin Louis, duc de Bourbon, prince de Condé ,

tutrice de notre très cher et très amé petit-fils Louis-Henry, duc de Bourbon, nous a remontré que feu notre cousin le prince de Condé, son ayeul ', a, par son codicille du 28 du mois de mars 1709, légué la somme de 1000 livres de rente par chacun an pour estre appliquée au profit des pauvres malades de Chantilly et des terres qui lui appartenoient aux environs, et une somme de 12.000 livres pour augmenter l'édifice construit de son ordre à Vineuil, derrière les jardins de Chantilly, pour le logement des pauvres malades ; que feu Charlotte-Marguerite de Montmorency avoit par son testament du 9 août 1649 légué pareille somme de 1000 livres de rente en faveur des pauvres malades de Chantilly ; et comme notre dite fille la duchesse de Bourbon désireroit, en exécutant les pieuses intentions de ces fondateurs, procurer un prompt secours aux pauvres malades de Chantilly, elle nous a supplié d'agréer et procurer l'établissement au lieu de Vineuil ou de Chantilly, et qu'à l'avenir les revenus en soient régis suivant les ordres du curé de la paroisse de Chantilly et du bailly ou procureur fiscal de la terre dudit

Chantilly Donné à Versailles au mois de février l'an de

grâce 1711. Louis ».

Ces lettres furent enregistrées au Parlement le 21 juillet 1711 avec ces conditions : « qu'il sera informé par devant le lieute-

1 Aïeul ou grand-père du jeune duc de Bourbon Louis-Henri, et beaupère de la princesse Louise-Françoise. Rappelons que Louis III de Bourbon-Conde, fils du prince Henri-Jules, avait épousé en 1685 Louise- Françoise, dite Mlle de Nantes, fille de Louis XIV et de Mme de Montcspan ; de ce mariage était né en 1692 Louis-Henri, qui, prince de Condé en 1710, garda le nom de duc de Bourbon; puis vinrent plusieurs frères et sœurs, les comtes de Charolais et de Clermont, Mlles de Sens, de Clermont et de Charolais.

nant-général du bailliage de la commodité ou incommodité que peut apporter l'établissement dudit hôpital, que lesdites lettres seront communiquées à l'évêque de Senlis, et que l'impétrante sera tenue de rapporter un état des revenus ».

Disons tout de suite qu'on décida tout d'abord la construction d'un nouvel hôpital à Chantilly même, au-dessus du hameau des Fontaines, que les travaux furent entrepris dès 1713, puis interrompus de 1716 à 1723, et que l'hôpital de Vineuil subsista jusqu'à la fin de 1723. Nous terminerons donc l'historique de la Charité de Vineuil, puis nous reviendrons de quelques années en arrière pour nous attacher à l'hôpital de Chantilly.

Selon le désir exprimé dans les lettres-patentes de 1711, deux nouveaux administrateurs furent adjoints aux anciens (Berger, Dumas), le bailli ou juge, Antoine de Saint-Leu, et le procureur fiscal, Nicolas Duquesne. La sœur supérieure est alors Jeanne de Bonnel. La rente léguée par le prince Henri-Jules fut certainement perçue en 1711, car le compte de cette année porte une recette de 2900 livres (la dépense fut de 2594 1. 19 s. 3 d.) ; puis elle fut réservée pendant plusieurs années pour être jointe au fonds consacré à la construction de l'hôpital de Chantilly; le compte ordinaire des années 1712-1716 n'indique en effet, pour ces cinq années, qu'une recette totale de 5735 1. 18 s. 9 d., soit une moyenne de 1147 1. par an. L'hôpital est bien administré, et la dépense est inférieure à la recette : 5539 1. 6 s. 5 d. Le trésorier est maintenant Charles Peyrard, et le chirurgien est toujours Henri Lejeune. Le curé de Saint- Firmin, M. Dauvergne, reçoit une indemnité fixe de 36 1. par an « pour la desserte de l'hôpital ». Les enterrements lui sont payés à part, à raison de 3 1. l'un : « 8 août 1713, à M. Dauvergne, curé de Saint-Firmin, la somme de 6 1. pour l'enterrement de deux pauvres de l'hôpital ».

A noter en 1717 une transaction entre M. Berger, curé de Chantilly, et M. Damanets, curé de Saint-Maximin : la paroisse de Saint-Maximin paiera chaque année une rente de 100 livres à l'hôpital pour que ses pauvres malades puissent y être reçus. En cette année 1717, nous retrouvons sœur Louise Marinier à la tête de la Charité; elle y est remplacée en 1718 par sanir Antoinette Baurin.

Le compte des cinq années 1719-1723 présente une recette de 14.083 1. 12 s. 6 d. ; le principal de la recette annuelle se compose des rentes léguées par Charlotte de Montmorency et le prince Henri-Jules, et d'une nouvelle rente de 500 livres constituée par la Succession de ce dernier prince pour obéir, bien tardivement, aux dernières volontés du Grand Condé, qui avait légué à l'hôpital une somme de 10.000 livres ; il est étrange que l'exécution de ce legs n'ait été accomplie qu'au bout de trente-deux ans, mais le fait est certain.

En 1720, Henri Lejeune meurt, et Jacques Noblet lui succède comme chirurgien de l'hôpital. En 1722, Charlotte Petit, veuve du sieur Dulaurens, apothicaire à Vineuil, lègue à l'hôpital une somme de 800 livres, et la part lui appartenant dans la maison qu'elle habitait 1 ; cette part fut vendue 250 livres. En avril 1723, la supérieure Antoinette Baurin est malade; elle est d'abord suppléée par la seconde sœur, Geneviève Martel, puis remplacée en octobre par la sœur Anne Day. Le compte des années 1719-1723 se solde par un boni de 1886 1., la dépense n'étant montée qu'à 12.1971. 12 s. 6d. Le compte est approuvé par le nouveau curé de Chantilly, Joseph-Armand de Biran (Martin Berger était mort le 27 juillet 1722), par Charles- Alexandre de Saint-Gobert, qui avait remplacé Antoine de Saint-Leu comme juge de Chantilly, par le procureur fiscal Duquesne, et par M. Dumas, devenu gruyer des forêts.

La mauvaise politique financière de la Régence, aggravée par le désastreux système de Law, eut sa répercussion sur les revenus de l'hôpital. La sœur supérieure crut devoir à ce sujet adresser une requête au duc de Bourbon, profitant de l'occasion pour y mêler d'autres objets, et M. Dumas l'appuya d'une lettre en date du 4 mars 1723. Nous ne connaissons ni la lettre ni la requête, mais nous avons le texte des observations qu'elles provoquèrent dans le Conseil du prince. Le voici :

1 Le 10 septembre 1700, Claude Dulaurens, apothicaire demeurant à Vineuil, avait passé déclaration au terrier pour la troisième partie (les deux autres appartenant à Claude Perrier, jardinier du château) d'une maison située dans la grande rue, avec cour et puits, tenant le total d'un côté à la grande rue, d'autre à la petite rue conduisant à la Charité, d'un bout et d'autre au sieur Desprez, marchand à Paris.

« Observations sur la lettre de M. Dumas du 4 mars 1723 au sujet du placet qui a été présenté à S. A. S. Monseigneur le Duc par les sœurs de l'hôpital de Chantilly.

, « Il paroît que trois raisons ont obligé les sœurs de présenter ce placet ;

« La première pour remontrer à S. A. S. que le revenu de cet hôpital est diminué de 582 livres par an depuis le système ;

« la seconde qu'elles n'ont point de prêtre pour administrer les sacremens aux malades ; que M. le curé de Saint-Firmin étant chargé de le faire et fort éloigné de cet hôpital^ il arrive souvent que les malades meurent sans être administrés, et que lesdites sœurs perdent souvent la messe quand elles sont obligées de rester auprès des malades lorsqu'ils sont à l'extrémité ;

« et la troisième que les habitans de Vineuil et ledit hôpital jouissoient cy devant d'une fontaine où il y avoit un lavoir pour laver leur linge, que feu Monseigneur le Prince a fait enfermer dans la Ménagerie de Chantilly.

« Sur la première le sr Dumas se trompe, car au lieu de 582 livres que les revenus dudit hôpital sont diminuez, il ne se trouve de diminution que 436 livres, suivant qu'il est plus amplement détaillé par le mémoire ci joint ; mais cette diminution ne paroît pas regarder S. A. S.

« Il en est de même de ce qu'elles n'ont point de prêtre pour les desservir. Au surplus cela dépend de la générosité de S. A. S. de leur faire une nouvelle fondation pour l'entretien d'un prêtre et de l'augmentation de leurs revenus. C'est apparamment l'idée qu'ont eue ces sœurs lorsqu'elles ont conçu de présenter ce placet à S. A. S.

. « A l'égard de leur fontaine qui a été enfermée dans la Ménagerie, ledit sr Dumas mande que feu Monseigneur le Prince l'avoit chargé, peu de temps avant sa mort, de chercher quelque endroit propre pour leur en faire construire une, et un lavoir pour les dédommager, mais que l'exécution en est restée indécise à cause de la mort de ce prince. Il semble à cet égard qu'il y auroit de la justice de leur faire bâtir ladite fontaine suivant que l'avoit projeté feu Monseigneur le Prince ».

« Mémoire concernant les revenus de l'Hôpital de Chantilly suivant l'extrait qui a été tiré de la lettre de MT Dumas du 4 mars 1123.

« Cet hôpital a été fondé par Charlotte de Montmorency avec 1000 livres de rente 1000

« Le Grand Condé a laissé en mourant audit hôpital dix mil livres qui n'ont été payées qu'il y a environ trois ou quatre années en un contrat sur la Ville de cinq cens livres seize sols de rente au principal de 12.520 livres à raison du denier 25. . . 500 16

« Monseigneur Henry-Jules a aussy légué vingt mil livres qui ont été payées en un contrat sur la Ville de 1100 1. de rente au denier 20 au principal de 22.000 livres 1 100

« Le revenu dudit hôpital montoit en l'année 1717 à 2.600 1.16 s 2600 16

« Mais les deux contrats sur la Ville, qui produisoient 1600 1. 6 s., ayant été réduits au denier 40, ne produisent plus que 863 1., faisant avec les 1000 1. à prendre sur la seigneurie de Chantilly.. . 1863

« Cette circonstance ayant été représentée à Monseigneur le Duc, S. A. S. donna audit hôpital 30.000 livres en billets de banque, qui ont été placés sur l'Hôtel-de-Ville et qui ont été réduits à 10.000 livres, auxquels on a ajouté 1250 1. provenant des épargnes dudit hôpital, ce qui monte à 11.250 livres, ce qui produit actuellement, au denier 40, 281 1. 7 s. 6 cl 281 7 6

Total 2144 7 6

« En 1717, le revenu montoit à 2601 16

« Partant il se trouve de diminution 456

11 ne s'agit ici, bien entendu, que du revenu régulier provenant des fondations princières. A ce revenu doivent s'ajouter les recettes administratives, les dons, etc. ; la moyenne des années 1719-1723 fut de 2816 livres. La recette va s'améliorer

d'une façon très sensible par le transfert de l'hôpital à Chantilly, qui eut lieu à la fin de l'année 1723. Les visites du chirurgien Noblet à l'hôpital de Vineuil s'arrêtent, d'après son mémoire, au 20 novembre 1723. Les bâtiments et dépendances furent vendus par les administrateurs, le 27 juillet 1725, au comptable de l'œuvre, Charles Peyrard, principal concierge du château, au prix de 5.000 livres. La veuve de Charles Peyrard, Jeanne Feuillet de Mainteuil, donna cette propriété à son fils Pierre, aussi principal concierge du château, lorsqu'il épousa Marie-Elisabeth Merlus (décembre 1750). M. et Mme Pierre Peyrard la vendirent, le 17 juillet 1783, à M. Quentin-Claude Henry, qui la conserva jusqu'au 10 novembre 1817, jour où elle fut acquise par dame Marie Danneville, veuve de Louis-Charles Jorel de Saint-Brice. Le dernier propriétaire avant M. Caillet fut M. Adam, qui fit construire la maison d'habitation actuelle.

C'est la princesse Anne de Bavière, peut-être d'après les indications de son défunt mari, qui voulut que le nouvel hôpital fût construit à Chantilly, et en détermina l'emplacement au fond de la grande place où devait aboutir la principale rue de la ville en formation. Le 7 novembre 1712, par acte sous seing privé, Pierre Duchâtel, maçon tailleur de pierre demeurant aux Fontaines, vendit à Martin Berger, curé de Chantilly, Pierre Dumas, inspecteur des bâtiments et jardins, administrateurs de l'hôpital, et à Charles Peyrard, concierge du château, trésorier dudit hôpital, moyennant 80 livres, 3 arpents 81 verges de terre sis au lieu des Fontaines, tenant des deux côtés à M. Desprez *, d'un bout à l'allée conduisant au pavillon de Manse (quai de la Canardière), et d'autre audit Desprez, « sur laquelle pièce de terre S. A. S. Madame la Princesse fait bâtir actuellement un nouvel hôpital ». La pièce était grevée d'une rente foncière de 4 livres au profit de Louis Boullemer de Lamartinière, capitaine des équipages de Chantilly, qui avait vendu ce terrain, à titre de rente, à Duchâtel le 29 septembre 1704. Un acte notarié de cette acquisition fut dressé par Jacques Thibault, notaire à Saint-Leu-d'Esserent, le 9 février 1713.

Les travaux furent entrepris dès l'année 1712 ; le 17 octobre, on paie 20 livres « au sieur Pacot pour avoir fait plusieurs plans pour le nouveau bâtiment de l'hôpital de Chantilly ». Les archives de l'Hospice conservent le « Compte de la recette et dépense faite par Peyrard pour la construction d'un nouveau bastiment aux Fontaines de Chantilly pour un hôpital suivant

1 Claude Desprez, fils de Simon et de Marguerite Tricot, marié à Suzanne Dathie, tous deux receveurs de Chantilly. Sur cette famille et sur le domaine dit de Normandie qu'elle possédait à Chantilly, voir Maçon, Historique de la ville; I, les Origines, p. 52; II, Formation, p. 14.

le legs fait par feu Monseigneur le Prince Henry-Jules de Bourbon par son codicille du 28 mars 1709. — De 1712 à 1714, reçu les 12.000 livres du legs; plus, 1250 livres pour quinze mois d'arrérages des 20.000 livres de la fondation de S. A. S. sur l'hôtel-de-ville de Paris, échus au dernier juin. Total de la recette, 13.250 livres. — Dépenses payées par ordonnance de M. Berger. 21 mai 1714, à Fiacre Prou, dit la Douceur, couvreur, 1536 1. 10 s.. 25 mai, à Antoine Tonny, charpentier, 4226 1. 15 s. 9 d. ; à Aubry, serrurier, 260 1.. 26 mai, à Pierre Heurteux, fontainier, 157 1. 17 s. 9 d.. 13 octobre, à Jean et Claude Poulet et Pierre Devaux, maçons, 6625 1. 8 s. 9 d.. 12 octobre 1714 et 30 juin 1715, à Claude Vaudier, menuisier, 27 1. 10 s. et 14 1. 13 s. 4 d.. 24 février 1715 et 4 janvier 1716, à Jean et Claude Poulet et Pierre Devaux, maçons, pour les matériaux qui sont restés sur le lieu desdits ouvrages, 287 1. 2 s. ». Total de la dépense, 13135 1. 17 s. 7 d., inférieure à la recette de 114 1. 2 s. 5 d.

Le fonds étant presque épuisé, on arrêta les travaux ; le bâtiment entrepris n'était pas terminé, puisque les maçons laissaient des matériaux sur les lieux, que la menuiserie était à peine ébauchée, et que l'état ne mentionne pas de travaux de peinture et de vitrerie. Le gros œuvre était debout et couvert, sans plus.

C'est que le règlement de la succession des princes Henri- Jules et Louis III était loin d'être terminé : il rencontrait de grandes difficultés et occasionna des divisions momentanées dans la famille. D'autre part, le nouveau duc de Bourbon, Louis-Henri, qui épousa en 1713 sa cousine Marie-Anne de Bourbon-Conti, était fort occupé par les dernières guerres du règne de Louis XIV et ne paraît pas avoir eu souci de l'embellissement de Chantilly avant l'année 1718 '. Le 7 mai 1719, la Succession donna 200 livres « pour être employées au nouveau bâtiment des Fontaines », puis, la même année, une autre

1 Notons tout de suite qu'il perdit sa femme en 1720, sa grand'mère Anne de Bavière en 1723, et qu'après avoir subi sept ans le joug de Mme de Prie, il épousa en 1728 la princesse Caroline de Hesse-Rhinfeld, dont il eut un fils né en 173Ç. Lui-même mourut en 1740, sa mère en 1741 et sa veuve en 1743.

somme de 1000 livres, mais qui ne fut versée qu'en 1724, après la reprise des travaux. Cependant il fallait entretenir le bâtiment commencé, et, le 9 avril 1720, Jean-Alexandre Bordier reçut 328 livres « pour réparations des couvertures du nouveau bâtiment de Thôpital ».

Enfin les travaux reprennent activement en février 1723, et à la fin de l'année le nouvel hôpital peut recevoir ses hôtes, dont un mourut le 5 avril 1724 : c'est la première mention qu'on trouve de l'hôpital dans les registres de catholicité de la paroisse de Chantilly. En janvier et février 1724, on laboure le jardin, formé de 2 arpents 3 quartiers acquis d'Antoine Bombart, laboureur à Vineuil. Le menuisier Jean Mille et le vitrier Dehis travaillent pendant toute l'année 1724. Robin, peintre, reçoit 289 1. 4 s. pour « travaux en avril 1725 ». Le maçon Laurent Bulidon travailla sans relâche de février 1723 à mars 1726 et reçut 6140 1. 6 s. 4 d.. Puis on lui paie « 1140 1. 14s.2d. pour l'entier paiement de son mémoire des ouvrages de maçonnerie qu'il a faits audit hôpital pour la construction de la grande porte pendant le quartier d'avril 1726, dont arrêté de M. Aubert, architecte et contrôleur des bâtiments du Roy ». C'est le moment où Jean Aubert construisait les Écuries et dirigeait les immenses travaux ordonnés par le duc de Bourbon. Jean Binet, charpentier, travaille en 1725 à l'écurie et à la vacherie, et reçoit 364 livres. Le serrurier Aubry en reçoit 710 pour ses ouvrages de 1724 à 1727.

Le compte des cinq années 1724-1728 présente une recette de 25.972 1. 5 s. 9 d. contre une dépense de 24.257 1. 9 d. La situation est bonne et se ressent de la vie brillante et intense qui anime alors le château et tout le pays. Le duc de Bourbon est premier ministre depuis la mort du Régent (décembre 1723). Le Roi séjourne à Chantilly avec toute la cour en 1724 et 1725; le 26 juillet 1724, il fait remettre 350 livres à l'hôpital par M. de Sézille, trésorier de ses aumônes ; puis 300 livres le 10 août 1725. M. Bachelier, chanoine de Senlis, donne 100 livres en 1725 ; on encaisse le prix de la Charité de Vineuil, acquise par M. Peyrard, 5000 livres ; enfin le roi, les princes font soigner à l'hôpital leurs officiers malades, pages, valets, et paient le prix fixé par la supérieure. Exemples : « Reçu de

Sacqueville, page malade de Madame la Duchesse, 191 livres. Reçu de la sœur Sorin, supérieure, pour domestiques malades pendant le séjour du Roy à Chantilly en juin et juillet 1725, 185 livres ». Le duc de Bourbon fait soigner à l'hôpital de nombreux ouvriers blessés au cours de la construction des Ecuries, et donne pour eux 15 sols par jour. A noter une curieuse coutume : le duc de Bourbon avait la Toison d'or ; chaque fois qu'un chevalier de Tordre venait à mourir, le prince faisait à l'hôpital une aumône de 6 livres ; c'est ainsi que les comptes mentionnent la mort du roi d'Espagne, du marquis de Lede, du maréchal de Tessé, du marquis de Villena, etc.

Le nouvel hôpital de Chantilly ne comprit d'abord qu'un corps de bâtiment en façade (fond de la cour d'entrée actuelle), avec une aile en retour (celle de gauche). Le capitaine de Chantilly, Sigismondde Sarrobert, rédigea un mémoire intitulé « Détail des bâtiments de l'hostel-Dieu de Chantilly tel qu'il est aujourd'huy 16 mai 1725 » :

« L'hostel-Dieu de Chantilly consiste dans trois corps de bâtimens scitués au lieu dit les Fontaines.

« Le principal bâtiment est entre cour et jardin, au rez-dechaussée duquel est une grande salle entre deux pavillons, le tout contenant ensemble 22 toises et demy de longueur.

« A chaque côté dudit bâtiment, il y doit avoir une aile en retour sur la cour, de 7 toises 1/2 de long, mais il n'y en a encore qu'une de faite.

« Dans le susdit principal bâtiment est une grande salle destinée pour mettre 12 lits de malades, sçavoir six lits pour 6 hommes et 6 lits pour G femmes.

« Les lits des hommes sont séparés de ceux des femmes par une chapelle qui est dans le centre d'icelle saile, où tous les malades peuvent entendre la messe de leurs lits et voir le prestre lorsqu'il y en aura un, sans que les hommes et les femmes malades puissent se voir l'un l'autre (c'est le vestibule de la chapelle actuelle).

« Sous cette salle des malades est une grande cave qui la rend sèche et sert à serrer le vin et le bois.

« Sur ladite salle est un grand /grenier servant à sécher le linge des malades, etc.

« Aux deux costez de la mesme salle, dans chaque pavillon, il y a par bas d'un costé une apoticairerie et de l'autre une salle destinée pour serrer le linge de l'hostel-Dieu et les hardes des malades; et au premier étage deux chambres pour mettre quatre lits de malades qui seront en estât de payer leur pension, comme des domestiques, etc.

« Dans l'aile qui est faite est un escallier, des commodités, et une cuisine en bas, et le logement des sœurs est au dessus.

« Dans l'aile qui n'est pas laite il y aura aussy un escallier, des commodités, une escolle pour les pauvres filles, et une chambre par dessus pour l'infirmerie des sœurs.

« NH. Pour construire cette dernière aile et achever ce qui reste à faire, il en coûtera la somme de 12.000 livres. Et si l'on fait un pavillon pour loger un prestre et un chirurgien, ce pavillon coûtera environ 5500 1., soit un total de 17500 1. pour achever ledit hostel-Dieu.

« Ledit hostel-Dieu est situé de manière que l'on y pourra ajouter en bâtiment tout ce que l'on voudra, pourvu qu'on y ajoute proportionnellement de quoi l'entretenir ».

Dans un second mémoire où M. de Sarrobert expose au duc de Bourbon la situation financière et administrative de l'hôpital, nous relevons les passages suivants :

« 11 seroit grand besoin pour le bien de ce pays d'establir encore six lits pour des malades dans cet hostel-Dieu et une sœur grise tout au moins, car dès à présent les trois qui y sont n'y suffisent pas.

« Le besoin le plus pressant de cet hostel-Dieu et de tout le public, c'est un chirurgien, y ayant souvent à Chantilly des gens blessés qui périssent ou demeurent estropiez faute d'estre secourus par quelqu'un habile dans ce mestier. Il faudroit que ledit hostel-Dieu fut en estât de donner mille livres par an et un logement à un chirurgien.

« S'il se faisoit un établissement de plusieurs prestres à la paroisse de Chantilly, on pourroit ajouter : à condition qu'il y en auroit un, au choix du curé, qui seroit chargé du soin de dire la messe à l'hostel-Dieu et d'y administrer ».

Les vœux émis par M. de Sarrobert furent promptement réalisés. Le corps principal de l'hôpital fut allongé à gauche et

à droite sur toute la longueur du premier jardin ; l'aile de droite fut ajoutée (ce sera plus tard le logement du chapelain, avec petite cour fermée de murs et un jardin). Sur la rue fut élevé le bâtiment qui contient aujourd'hui le logement du portier et la troisième classe ; le mur du jardin fut prolongé et vint aboutir au bout de ce bâtiment, formant une nouvelle cour, dite cour des cuisines, qui reçut un bâtiment destiné à la boulangerie et au garde-manger, adossé au mur de clôture.

Une quatrième sœur fut installée en 1728, année où le duc de Bourbon se remaria avec la princesse Caroline de Hesse- Rhinfeld. Quant au service spirituel de la paroisse, M. Maçon a conté dans son Historique des édifices du culte à Chantilly comment le duc de Bourbon l'organisa après avoir réuni aux revenus de la cure de Chantilly ceux du prieuré de Saint- Sulpice de Pierrefonds. Un décret de l'évêque de Senlis, rendu le 4 septembre 1727, consacra la situation nouvelle et la répartition des revenus : « Et attendu qu'il est nécessaire que le curé de Chantilly ait plusieurs ecclésiastiques pour l'aider dans ses fonctions, il sera établi (outre le vicaire) deux prestres dont l'un fera les fonctions de sous-vicaire, et l'autre desservira l'hôpital, y dira la messe aux malades et leur administrera les sacrements et tous secours spirituels ; auxquels deux prestres il sera payé à chacun pour honoraire la somme de 600 livres, à condition que le prestre desservant l'hôpital sera tenu d'assister et aider aux offices de la paroisse les festes et dimanches et autres jours lorsqu'il ne sera pas légitimement empêché dans ledit hôpital ». Le prêtre affecté au service de l'hôpital en 1727 se nommait Jean-Nicolas Jubline.

La sœur Anne Day fut peu de temps supérieure; dès 1724, elle est remplacée par sœur Perrine Sorin, qui dirigea la maison jusqu'en 1738 '. Le chirurgien Jacques Noblet conserva ses fonctions jusqu'en 1738; il n'était pas logé et ne paraît pas avoir reçu un traitement fixe.

En 1728, les administrateurs de l'Hôpital vendirent le terrain inutilisé (au nord, jusqu'au quai de la Canardière) à Etienne Colant, à Claude Poulet, Laurent Bulidon, maçons, à Jean-

1 Une de ses sœurs, Jeanne Claver, mourut à l'hôpital le 17 mai 1735.

Alexandre Bordier, vitrier ; les trois premiers bâtirent des maisons sur le quai, le dernier édifia la sienne tout près de l'Hôpital (les administrateurs en firent l'acquisition auxixe siècle, et le pharmacien de l'Hospice y fut longtemps logé) ; chacune de ces maisons devait a l'Hôpital une rente annuelle de 4 à 6 livres, au total 29 1. 5 s. suivant les contrats passés devant Thibault, notaire à Saint-Leu, le 4 octobre 1728.

Le compte des six années 1729 1734 présente une recette de 27.221 1. 5 s. 3 d. et une dépense de 25.057 1. 16 s., soit un boni de 2163 1.9 s. 3 cl. ; pendant ces six années, la recette provenant des malades payants s'élève à 8696 1. 10 s. ; parmi ces malades, citons le « sieur Verseau, peintre travaillant pour S. A. S , qui a été soigné de la goutte du 20 septembre au 7 novembre 1732, à 1 1. 10 s. par jour que S A. S. a eu la bonté de donner ». Le curé de Chantilly, Joseph-Armand de Biran, était mort le 17 mars 1733 ; il fut remplacé par son vicaire, Gérard Billet.

On sait que Louis-Henri, duc de Bourbon, est le véritable créateur de la ville de Chantilly; c'est lui qui, de 1720 à 1730, concéda les terrains sur lesquels s'élevèrent aussitôt les maisons nos 23 à 59, 83 à 111 de la rue du Connétable, et celles qui encadrent la place de l'Hospice ; il créa la Manufacture de Porcelaines, amena à Chantilly tout un monde d'ouvriers pour les travaux des Ecuries, du château et du parc ; d'où un notable accroissement de population pour les besoins de laquelle l'hôpital se trouvait insuffisant. Le généreux prince fit un important sacrifice pour augmenter les revenus de l'hôpital et acheta dans ce but, en 1735, le marquisat de Larrey et la baronnie de Nesle en Bourgogne, dont les terres, bois et étangs forment encore aujourd'hui le domaine de l'Hospice Condé. Puis il demanda au roi des lettres patentes qui lui furent octroyées en mai 1736 et enregistrées au Parlement le 1er août. Elles portent que le prince, « à l'exemple de ses ancêtres, animé du même zèle et du même esprit de charité, s'est déterminé d'augmenter un établissement aussi utile, et d'y admettre, outre les malades qu'on peut espérer guérir, ceux qui sont affligés de maladies incurables ; dans cette vue, il a ajouté aux 2000 livres de rente ci devant léguées, 10500 livres aussi de rente assignées sur des fonds de terre : il a fait construire de nouveaux bâtiments qui,

avec les anciens, seront suffisans pour contenir le nombre de malades et de personnes destinées à les servir... ». Voici donc la fondation des Incurables, c'est-à-dire de l'hospitalisation des vieillards des deux sexes qu'un jeu de mots fit bientôt appeler Cadets et Cadettes.

Le nombre des filles de la Charité desservant l'hôpital fut porté à huit par un contrat passé à Paris par devant notaires, le 16 janvier 1737, entre « Louis Le Prestre, chevalier, seigneur de Lezoonet, chef du Conseil du duc de Bourbon, Sigismond de Sarrobert, capitaine des chasses de Chantilly, nommés par Mgr le Duc administrateurs de l'hôpital de Chantilly, stipulant pour le dit hôpital, et honnêtes et charitables personnes Julienne Jouvin, supérieure, Laurence Loth, assistante, Marie Grandjean, économe, et Gabrielle Duluard, dépensière, toutes quatre officières présentement en charge, au nom et pour toute la communauté des filles de la Charité servantes des pauvres malades établies en leur principale maison, faubourg Sl-Lazare à Paris, autorisées à l'effet des présentes de messire Jean Conty, prêtre, supérieur général de la congrégation de la Mission ;

« lesquelles parties ont dit que dès l'année 1647 S. A. S. Madame la princesse de Conclé a établi deux filles de la Charité pour le service des pauvres malades et l'instruction des jeunes filles de Chantilly, dont S. A. S. faisoit payer les pensions chaque année ; que S. A. S. Monseigneur le Prince fit construire un hôpital pour recevoir les pauvres dud. Chantilly et lieux circonvoisins afin qu'ils fussent mieux soignés par lesdites deux filles de la Charité; que le neuf décembre 1699 il fut envoyé une troisième fille pour aider aux deux premières, avec convention qu'elles seroient nourries avec les pauvres dudit hôpital, lequel payeroit à chacune d'elles 20 écus par an pour leur entretien ; et désirant lesdites parties, sous le bon plaisir et l'autorité de S. A. S. Mgr le Duc, effectuer les pieux et charitables desseins de pourvoir à perpétuité au service et soulagement des pauvres malades, même des personnes attaquées de certaines maladies incurables, dans ledit hôpital de Chantilly que S. A. S. a fait construire et doter, comme aussi pour continuer l'école et instruction des jeunes filles de la paroisse de

Chantilly et autres lieux circonvoisins, il auroit été fait choix de ladite communauté des filles de la Charité ; et pour exécuter ledit établissement les parties sont convenues de ce qui suit :

« Les supérieure et officières de ladite communauté présentes et à venir seront obligées de tenir à perpétuité dans ledit hôpital de Chantilly huit filles de la Charité, ou plus grand nombre si besoin est dans la suite, pour y servir et soulager les pauvres malades et infirmes suivant leur institut ;

« Pour ce qui regarde le temporel et service des pauvres malades, lesdites filles seront sous la dépendance de Messieurs les Administrateurs dudit hôpital ;

« L'on n'associera auxdites filles aucune femme ou fille étrangère pour le service des malades, afin que, par l'union e^ rapport qui est entre elles, les malades soient mieux servis; lesdites filles pourront cependant se faire aider par quelques personnes sûres et bien connues dans les travaux extraordinaires aux dépens dudit hôpital et du consentement de Messieurs les Administrateurs ;

« Lesdites filles seront logées et meublées convenablement dans un appartement séparé, où les domestiques n'entreront aucunement ;

« Elles seront nourries aux dépens dudit hôpital, lequel donnera de plus 60 livres par an à chacune d'elles pour s'entretenir d'habits et menu linge, sans qu'on puisse leur faire changer la couleur et la forme de leurs habits, et sans qu'elles soient tenues de rendre compte de l'argent destiné pour leur entretien à d'autres qu'à leur supérieure de Paris ;

« Quand lesdites filles tomberont malades, elles seront traitées de médicaments et de vivres ainsy que les pauvres malades dudit hôpital et non comme mercenaires ;

« Elles ne rendront compte de leur service et de leur administration qu'à Messieurs les Administrateurs, qui doivent les maintenir et appuyer, d'autant que si elles n'étoient autorisées tant envers les officiers, domestiques et serviteurs de la maison qu'envers les pauvres, elles ne pourroient faire le bien que Dieu demande d'elles ;

« L'on donnera aux dites filles l'argent nécessaire pour acheter dans les temps et saisons convenables les menues pro-

visions, dont elles rendront compte à chaque assemblée qui se tiendra de Messieurs les Administrateurs, lesquels comptes seront arrêtés et signés par ceux desdits sieurs administrateurs qui se trouveront au bureau ;

« Arrivant le décès de quelques-unes desdites filles, elles seront enterrées suivant leur usage et dans les lieux ordinaires ;

« Quant au spirituel, lesdites filles seront soumises à Monseigneur l'évêque de Senlis, et elles demeureront sous la conduite et dépendance dudit sieur supérieur général de la Congrégation de la Mission et de ses successeurs, lequel pourra par lui-même ou par tel autre qu'il députera les visiter et même les confesser de fois à autres avec l'approbation de l'ordinaire, leur désigner un confesseur approuvé dans le diocèse et leur donner les avis nécessaires pour l'acquit de leurs obligations et devoirs envers Dieu et leur prochain, les rappeler quand il le jugera à propos et en envoyer d'autres en leur place ;

« Lesdites filles auront entière liberté clans ledit hôpital de vivre sous l'obéissance dudit sieur supérieur général et de ses successeurs, de leur supérieure de Paris, des officières de leur communauté, et de la sœur qui aura la conduite des autres sœurs, non comme religieuses, mais comme filles d'une communauté séculière, et d'y observer les règlements et exercices spirituels de leur institut, sans néantmoins préjudiciel' aux soins et soulagement des pauvres malades dudit hôpital, qu'elles préféreront à toutes choses.

« Est néantmoins stipulé qu'en cas que quelqu'une de ces filles ne convînt pas à son Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc, la Supérieure de la Communauté de Paris sera tenue de la retirer et d'en envoyer une autre audit hôpital, lequel audit cas payera les frais de voyage ; et si au contraire la supérieure faisoit revenir quelqu'une desdites filles pour en envoyer une autre, en ce cas les frais de voyage seront payés par ladite communauté ;

« Sera fourni à la supérieure de ladite communauté de Paris aux frais de l'hôpital de Chantilly avant le départ des sœurs d'augmentation audit hôpital deux expéditions des présentes, l'une en parchemin et l'autre en papier, comme aussi la somme de 60 livres à chacune pour leurs premiers habits et celle

de 40 livres aussi à chacune pour leur linge et leur accomodement personnel, plus les frais de leurs voyages et ballots ».

La sœur chargée de l'école à cette époque se nommait Andrée Gérandeau ; elle mourut le 18 janvier 1738 et fut ainsi désignée dans le registre de catholicité de la paroisse : « fille de la Charité et maîtresse d'école de l'hôpital ». La supérieure est encore Perrine Sorin ; elle fut remplacée en 1738 parla sœur Lemaître ; vinrent ensuite : en 1742 la sœur Grenier, en 1745 la sœur Andrée Decq, en 1751 la sœur L'Ollivier, en 1752 la sœur Marie-Anne de La Haye (elle mourut à Chantilly le 19 février 1753 et fut inhumée le 21 clans le cimetière de la paroisse en présence des sœurs Marie Beaube, Jeanne Perinet et Anne Chatourelle). Henriette Bachelier lui succéda comme supérieure et fut remplacée en 1756 par Françoise Sugière, qui mourut le 21 mai 1762, âgée de 75 ans, et fut inhumée le lendemain dans le cimetière Saint-Laurent, voisin de l'hôpital (la chapelle Saint-Laurent existe encore dans un coin de ce cimetière, qui fut le cimetière de la paroisse de 1736 à 1842). Les autres supérieures jusqu'à la Révolution furent les sœurs Carrère, Catherine Butel et Françoise Lhuillier.

En 1736, le duc de Bourbon composa le conseil d'administration de l'hôpital, à la tête duquel il plaça le chef de son Conseil, Louis Le Prestre, sieur de Lezonnet ; ce fut un cas exceptionnel et qui ne se renouvela pas : les administrateurs furent toujours choisis parmi les hauts officiers du domaine de Chantilly. Le curé de la paroisse et le chapelain du château faisaient de droit partie du conseil; Gérard Billet fut curé de 1733 à 1786 et fut remplacé par Jean-Louis-Robert ; en 1736, le chapelain du château était Jean-Thomas de Lamarque ; il eut pour successeur, en 1753, Louis-Joseph de La Combe, qui émigra en 1791. Les autres administrateurs furent le capitaine • les chasses, Sigismond de Sarrobert, mort le 15 octobre 1742, auquel succédèrent son fils Louis, mort le 8 juillet 1760, Antoine de Belleval, mort le 11 juin 1785, et le chevalier de Contye Jean-Baptiste», qui émigra en 1789; l'intendant des bâtiments Jean Leroy, mort le 28 janvier 1755 et remplacé par S'in fils, Jean-François, architecte, mort le 17 mai 1791 ; le juge de Chantilly, Charles-Alexandre de Saint-Gobert, qui eut pour

successeur, en 1738, Jacques de La Guépière ; celui-ci fut révoqué pour malversations en 1741 et remplacé par Nicolas Regnard, auquel succéda, en 1777, André-Joseph Antheaume de Surval, procureur-fiscal-général des justices de Chantilly, régisseur des domaines du prince, premier maire de la ville de Chantilly en 1790. Les fonctions de receveur ou trésorier restèrent dans la famille Peyrard jusqu'à la Révolution : Charles Peyrard, principal concierge du château, mort le 10 septembre 1746 ; ses fils Pierre, aussi principal concierge, et Jean-Baptiste, gruyer des forêts, mort en 1758, puis le fils de ce dernier, Nicolas-François, aussi gruyer, mort le 16 avril 1791.

En 1737, le personnel de l'établissement se compose de huit filles de la Charité, aidées d'une servante et d'un jardinier ; dix-sept incurables, treize hommes et quatre femmes, sont hospitalisés ; il y a six lits pour hommes malades, quatre lits pour femmes malades ; une salle de six lits est réservée aux gens de la maison du prince. Le chirurgien n'est pas logé à l'hôpital, le chapelain le sera bientôt. Le chirurgien Jacques Noblet mourut en 1738 ; il fut remplacé par Jacques Brillouet, auquel succéda Pierre-Michel Allouel en 1780. Bien que l'abbé Jubline s'intitule en 1738 « prestre et chapelain desservant l'hôpital de Chantilly pour l'administration des pauvres », il n'avait pas le titre de « chapelain », qui ne fut donné officiellement qu'à son successeur, Jean-Isidore Beaudelot. C'est en 1743 que Beaudelot remplace Jubline. On lit dans le registre des délibérations de 1744 : « A esté permis à M. Beaudelot, nouveau chapelain de l'hôpital de Chantilly, de manger à l'hôpital sur le pied de 400 livres par an, que M. le Trésorier retiendra sur son honoraire jusqu'à ce qu'il soit en état de loger et de faire son ordinaire dans le logement destiné à M. le chapelain ». L'honoraire était de 600 livres, à prendre, on l'a vu plus haut, sur les revenus du prieuré de Pierrefonds. Dans le « Règlement pour M. le chapelain », on note de ces articles typiques : « On fournira à M. le chapelain les Méditations de M. d'Abilly et des méditations sur les Évangiles, le catéchisme du Concile de Trente et celui de Montpellier ».

Le duc de Bourbon étant mort le 27 janvier 1740 et son fils Louis-Joseph, prince de Condé, n'ayant que trois ans et demi,

l'enfant eut pour tuteur son oncle le comte de Charolais jusqu'à son mariage en 1753 avec la princesse Charlotte de Rohan- Soubise. C'est le 23 juillet 1746 seulement que le comte de Charolais signa la commission de l'abbé Beaudelot : « Sur le bon et louable rapport qui nous a été fait des bonnes vie et mœurs, suffisance, piété et capacité du sr Jean-Isidore Beaudelot, prêtre du. diocèse de Paris, nous l'avons commis et ordonné chapelain de l'hôpital de Chantilly », Beaudelot serait mort à l'hôpital si la Révolution ne l'en avait chassé en 1792.

La chapelle était sommairement installée au milieu de la grande salle des malades, qui occupait tout le rez-de-chaussée du bâtiment principal ; les malades pouvaient ainsi, sans se déplacer, assister aux offices et aux prières. Le 24 avril 1737, les administrateurs, qui avaient probablement trouvé cet état de choses un peu médiocre, décidèrent « qu'on mettroit un appuy de fermeture à la chapelle qui est dans la grand'salle des malades pour renfermer l'autel, et qu'il seroit mis au dessus une tringue et un rideau semblable à ceux qui sont à côté » ; qu'on échangerait le vieux calice pour un nouveau et que les ornements seraient « accomodés » ; qu'on achèterait aux marguilliers de la paroisse une cloche « pour avertir de l'heure des prières, de la messe, des vespres » ; qu'on ferait l'acquisition de deux chasubles, « une noire et une de toutes couleurs ». 11 fut aussi décidé, en 1738, de faire faire « un tableau de saint Vincent de Paul avec son regard », peut-être un pendant, qui est saint François de Sales. La chapelle, qu'il faut situer dans le vestibule de la chapelle actuelle, divisait donc la grande salle des malades en deux parties ; aussi un inventaire de 1766 mentionne « la chapelle entre les deux salles ».

L'organisation matérielle de l'hôpital devait naturellement se compléter par l'installation d'une horloge; en septembre 1737, M. Leroy fut chargé d'en passer la commande; il s'adressa aux horlogers Guillot et Lory ; on voit, par un acompte de 200 livres donné en décembre 1744, que ce Guillot était horloger à Luzarches. Plus tard, les horlogers Blochet et Ludot réparèrent l'horloge de l'hôpital : Pierre-Louis Blochet, qui avait quitté Sèvres pour venir à Vineuil en 1779, s'installa ensuite (1787) à Chantilly dans la maison de Louis- Jacques Toupet.

Il était naturel que le souci principal des fondateurs de l'hôpital fût le soin des Incurables, dont la nomination leur était réservée. Certain jour que l'administration avait agi en cette matière avec plus de hâte que de formes, le duc de Bourbon lâcha les rênes à son caractère quelque peu raide : le registre des délibérations conserve la manifestation de son mécontentement : « Le lundi troisième juin 1737, l'assemblée tenue à l'hôpital, où étoient Mrs de Sarrobert, Billet, curé, l'abbé Lamarque, Leroy. En conséquence d'un placet présenté à S. A. S. Monseigneur le Duc par les administrateurs, a été reçue Véronique Lanoue en qualité de supernuméraire, selon les termes exprez qui suivent et qui sont de Monseigneur le Duc : Je consens que ladite Lanoue soit à l'hôpital en supernuméraire, à condition que la première fois que les administrateurs recevront quelqu'un sans avoir enregistré ma nomination par écrit, il y sera entretenu aux dépens de ceux des administrateurs qui l'auront fait recevoir. Le placet et l'ordre du Prince ont été à pareil jour 3 juin 1737 déposez aux archives ».

Parmi les premiers incurables admis à l'hôpital, citons J.-B. Bureau, ancien maître d'école de Saint-Firmin, et deux personnes appartenant aux familles des premiers administrateurs de la Charité : Claude Duru, de Vineuil, et Jeanne-Elisabeth Telinge, dont le père, Christophe, avait été capitaine de la Ménagerie du prince Henri-Jules. La « demoiselle Telinge de Vineuil », la « fille de feu Telinge », qui devait avoir une cinquantaine d'années eu 1736, était sans doute paralysée ou impotente ; elle semble être l'objet de nombre de petites attentions dont le registre des délibérations a conservé la mémoire : « Il a été ordonné qu'on feroit une robe de calmande ou de siamoise à l'usage de Mlle Telinge... ; qu'il seroit fait un fauteuil de commodité garni de cuir noir » pour lequel on paiera 36 1. 1 s. à Duquesnoy, marchand tapissier à Senlis ; « qu'on feroit faire des bas à Mlle Telinge par Mlle Dupuy et que pour cela on luy donneroit un bas de ladite delle Telinge pour s'y conformer.... ; qu'on lui feroit une bagnolette noire et qu'on lui fourniroit une paire de gants de coton... ». L'excellente fille devait trouver dans ces petites coquetteries de sa capeline, de sa robe d'une étoffe lustrée et bariolée, quelque

facile satisfaction. Un paroissien acheté chez « dame Simart, la libraire », y mêlait des joies plus élevées.

« Les 17 incurables et Monsieur le chanoine », telle est la mention qu'on rencontre aux dates d'août et d'octobre 1750 et qui s'explique par ce texte du registre : « Le 27 novembre 1749. . . , a été arresté que S. A. S. Mgr le Comte (de Charolais) seroit très humblement supplié d'accorder une place aux incurables de notre hôpital au sr Claude Chiquelle, prêtre-chanoine du château de Larrey depuis trente ans ; il est hors d'état de remplir ses fonctions et n'a d'ailleurs aucune ressource pour subsister... ». Et on lit cà la date du 19 janvier 1750 : « A été arresté qu'il seroit écrit à Larrey pour faire venir ledit sr Claude Chiquelle... ». Oserai-je faire remarquer qu'à cette période de son adolescence l'hospice Condé avait une tenue que les idées et les mœurs modernes ont peut-être trop amenée à une fâcheuse diminution ?

Sitôt après l'installation des premiers incurables, l'administration s'était occupée activement de leur garde-robe : « Décidé qu'il seroit pourvu aux habits des pauvres incurables tant hommes que femmes ». Aussi tous les corps de métier se mirent à leur service. « Dupuy, marchand à Chantilly, a fourni » pour plus de 1800 livres d'étoffes « moileton, penchina, espagnolette, siamoise... ». A Breton, tailleur d'habits, « on paye la façon de chaque habit 8 1. pour cette fois seulement à cause de la cherté du pain et 20 s. pour la façon d'une culotte ». Louis Saligny est le cordonnier attitré. Antoine Gasset, chapelier à Senlis, fournit treize chapeaux moyennant 42 1. 5 s. On paye 65 1. « à la sœur Lépine, supérieure de Saint-Lazare de Senlis, pour 13 paires de bas d'homme tricotés à trois laines ». Desnos, marchand bonnetier à Paris, fournit « 24 bonnets de nuit de laine à l'usage des hommes de l'hôpital...., trois bonnets de ségovie pour les incurables... ». Le perruquier Briolat est chargé du soin des têtes, mais le rasoir ne peut être manié que par le chirurgien. Quant aux femmes, c'est la veuve Leclerc qui leur façonne habits et robes ; l'étoffe est achetée chez la veuve Drouillon à Senlis : « molleton blanc, espagnolette, siamoise, padoue, 1G4 1. 8 s. 6 d. ;... 24 douzaines de boutons à

3 s.... ». Les chaussures sont commandées à Jean-Pierre Collet, « cordonnier pour femmes ».

D'autres acquisitions témoignent de la sollicitude que l'administration avait pour cet âge où le sang refroidi circule mal dans les veines. En 1738, M. Leroy est chargé d'acheter « un poêle de hasard sur le quai de la vieille ferraille à Paris », ce qui revient à 49 1. ; on achète une demi-douzaine de moines et des « boules cl'étain à mettre aux pieds ». Kropper, marchand de poêles d'Allemagne au faubourg Saint-Antoine, reçoit 200 1. pour deux poêles qu'il a fournis et qui ont été munis « de treillis de fil de fer par Jean Lambert » pour protéger les jambes des vieillards contre la passion excessive du feu. M. Leroy achète aussi « une plaque de fonte pour mettre à la cheminée de la cuisine et ce dans l'âtre » ; peut-être s'agit-il de la très belle plaque de cheminée qui est demeurée Là. Quant au bois de chauffage, il est fourni après adjudication par les marchands de Chantilly, Charles Albert, Creton dit Fanfare, Denis Moreau, François Rimbert, Robinot, auxquels des marchands du dehors font parfois concurrence : Pinçon de Saint-Firmin, Thomassin de Gouvieux, Charlemagne Lanier de Survilliers, Claude Moreau de Marly.

La nourriture est un chapitre pour lequel le registre donne plus d'un renseignement intéressant. Le blé était fourni par les fermiers du voisinage, notamment par les Pigeaux, de Gouvieux ; la viande par les bouchers de Vineuil (Antoine Mary) et de Chantilly : Barthélémy Duhamel et Pierre-Gabriel Doucet, auxquels succèdent Jean Hanquier et Etienne Mauny. Dans les mauvaises années, la viande coûte cher : 6 sols la livre en janvier 1741 ; elle est encore à 5 sols en 1744. C'est surtout en 1740 que la misère est grande : « Il sera acheté 8 balles de riz d'environ 200 livres pesans chacune et quatre pots de beurre d'environ 50 livres chacun, le tout pour distribuer aux pauvres de ce canton en conséquence des ordres de Leurs Altesses Sérénissimes » '.

1 Citons quelques autres traits d'assistance charitable. En octobre 1743, on distribue à la porte de l'hôpital pour 45 livres de viande cuite. En 1744, de février à juin, distributions semblables de viande cuite et de bouillon, etc., etc..

Le carême amenait un changement dans l'alimentation. « Le lundy 13 janvier 1738, a été arresté qu'on payeroit401. 5 s. tant pour harengs, morue et autres provisions de carême, que pour les frais de la voiture venant de Boulogne ». Voici la commande prévue par la supérieure en janvier 1745 : « Provisions de carême, savoir ; 5 boisseaux de lentilles, un septier de pois* dix poignées de morue, deux saumons, un demi-barril de harengs, 30 livres de riz, un fromage de gruyère, 20 livres de figues, 10 livres de raisin, 30 livres d'amandes en coque, 10 livres d'avelines, 40 livres de pruneaux ». Il est fait mention dans d'autres commandes de 1743 de 6 boisseaux de haricots, de 30 livres de mendiants, etc.. Une partie de toutes ces consommations était prise chez les épiciers du pays.

Dès 1736, « il a été délibéré quelle quantité de vin on donneroit chaque jour aux incurables. On est convenu qu'il leur seroit livré demi septier par repas, ce qui revient par jour à une chopine, mesure de Paris ; les femmes n'auront que la moitié de cette quantité de vin. A l'égard de la viande, il en sera passé une livre pour chacun, tant pour les femmes que pour les hommes ». Le 15 janvier 1742 amène ces tristes étrennes : « Après avoir attentivement considéré les dépenses où l'on a été engagé l'année dernière par les charités extraordinaires qu'ont exigées indispensablement la misère publique et les pressants besoins de l'hôpital..., les administrateurs ont arresté jusqu'à nouvel ordre ce qui suit, premièrement qu'on ne donneroit par jour que la moitié du vin qu'on avoit accoutumé de distribuer à un chacun jusqu'à présent, secondement qu'on ne donneroit de rôti que le dimanche, troisièmement qu'on ne fourniroit que douze lits pour les malades externes ».

On buvait surtout des vins de crûs indigènes qui aujourd'hui ont perdu de leur réputation et de leur saveur : vins d'Argenteuil, de Conflans, d'Andrezy, de Neuville, de Villers-sous- Saint-Leu, Blincourt, Précy, d'Angicourt, de Sarcelles, etc. Le vin d'Argenteuil valait 82 1. le muid, celui de Conflans 64 1. ; cinq pièces de vin de Villers sont payées 208 1. Plus tard le vin de Conflans augmente ; un jour, « il est délibéré qu'il sera livré dans les caves la quantité de 20 muids de vin provenant de Conflans, bien soutiré et encavé et tout rendu bon et loyal et

marchand, sujet à être goûté par l'un des administrateurs ». Il coûtait 71 livres le muid. On faisait aussi venir des vins déplus loin, sans doute à l'usage des malades : vins de Bourgogne, d'Hérissay, de Coulanges. Le registre mentionne parfois des achats de cidre ; 20 pièces de cidre sont achetées a Louis Binard, d'Écouen, au prix de 852 livres. On rencontre aussi des fournitures d'eau-de-vie, destinée sans doute à la pharmacie, laquelle jouait naturellement un rôle important clans la vie de l'hôpital.

En novembre 1739, « a esté arrêté qu'on continueroit le plancher de l'entresol de la petite apothicairerie dans le passage de l'escalier de la cuisine jusqu'à la croisée de la cour, pour donner plus de commodité à la fruiterie et pour en conserver le fruit ». Voici les noms des fournisseurs de la pharmacie de 1740 à 1790 : Borie père et fils ', la veuve Michon, Quesnon, Firmin, Bally, Piat, Torchereau, Quatremère , Deyeux, Delandre, tous apothicaires ou droguistes à Paris, Gaspard et Jacques Hugères, de Marseille. Citons quelques commandes extraites du registre des délibérations :

Décembre 1742 : « il sera acheté chez Mr Quesnon, marchand droguiste à Paris, une once d'yeux d'écrevisse, deux onces de corail rouge, six onces de sel admirable, une demi-livre de diascordion, dix livres de manne, une petite fiole de lilium de paracelse, une livre de fenouil, six livres de séné, deux onces de sel de tartre, deux onces de sel tamaris, trente livres de cassonade blanche, une livre de rose de Provins ».

En avril 1743, on demande à Quesnon les articles suivants : « manne, cassonade, rhubarbe, macis, senë, canelle, gingembre, une livre de semence froide, quatre onces d'extrait de gentiane, une petite fiole d'essence d'anis, une d'essence de cossabé, demilivre de simarouba, une livre de pierre bleue, une petite fiole d'élixir de propriété ». — En avril 1744, « muscade, vulnéraire, tartre vitriolée, sel de tamaris, esprit de vitriol, extrait de genièvre, hipecacuana, sel de glober, cristal minéral, onguent de la mère ». — En décembre 1745, « esprit volatique de sel

1 Pascal-Clovis Borie, apothicaire du Roi, eut, le 14 mars 1728, un fils, Élie, qui fut apothicaire du prince de Condé.

armoniac, deux livres de sirop cosabée, poudre cornachine, prorasine,diacordium, emplâtre diapolme, tamarin, raclure d'ivoire, mercure doux, ambre jaune, luna campana ». — En avril 1747, « safran oriental, sinabre naturel, éthiops minéral, teinture de corail anodine, iris de Florence ». — En janvier 1768, « catholicon double, tablette diacartami, poudre de Grimaldi, litarge d'or, goutte anodine, sirop magistral » ; etc., etc..

Bref, ces commandes me fournissent une liste de drogues et médicaments que mon ami le Dr Grimbert, directeur de l'École supérieure de Pharmacie de Paris, a bien voulu revoir et dresser clans l'ordre suivant :

Drogues et médicaments figurant toujours au Codex (1908).

Antimoine diaphorétique. Antimoniate acide de potassium. Arcanum duplicatum. Ancien nom du sulfate de potasse. Baume du Commandeur. Nommé aussi Baume du Commandeur

de Permes. Teinture balsamique.

Capillaire du Canada. Adiantum pedatum (fougères). Castoreum. Produit sécrété par certaines glandes du castor. Diascordium. Electuaire composé.

Esprit volatil de sel ammoniac. Ancien nom de l'ammoniaque. Extrait de gentiane.

Fenouil.

Jalap.

Laudanum, ou Laudanum de Sydenham. Vin d'opium composé. Mercure doux. Calomel. Chlorure mercureux. Onguent de la mère. Onguent de la mère Thècle. Emplâtre brun. Pied de chat. Fleur du Gnaphalium dioicum. Pierre bleue. Pierre divine. Mélange fondu de sulfate de cuivre,

d'azotate de potasse, d'alun et de camphre. Poudre anodine. Poudre de Dower. Poudre d'ipécacuanha

opiacée.

Rose de Provins. Rose rouge. Rosa gallica. Safran oriental.

Scammonée d'Alep.

Sel admirable (sous entendu de Glauber). Sulfate de soude. Sel de seignette. Tartrate de soude et de potasse. Sel de tartre. Carbonate de potasse.

Drogues et médicaments figurant encore au Codex de 4884.

Ambre jaune.

Cardon bénit. Chardon bénit. Centaurea benedicta (synan-

thérées).

Confection d'hyacinthe. Électuaire de safran composé. Corail rouge.

Corne de cerf.

Emplâtre diapalme. A base de sulfate de zinc. Extrait d'absinthe.

Extrait de centaurée.

Extrait d'Enula campana. Ancien nom latin de l'aunée (Inula

helenium). Synanthérées.

Iris de Florence.

Simarouba Écorce de la racine de Simarouba amara (rutacées). Yeux d'écrevisse. Concrétions calcaires de l'écrevisse.

Drogues et médicaments figurant encore au Codex de 1866.

Cloportes. Oniscus asellus. Crustacés-Isopodes. Ethiops minéral. Sulfure de mercure.

Drogues et médicaments figurant encore au Codex de 1837.

Coralline. Çorallina alba. Algues.

Poudre cornachine. Poudre de tribus. Mélange à parties

égales de poudre de scammonée, d'antimoine diaphorétique

et de bi-tartrate de potasse.

Semences froides. Semences de calebasse, de pastèque, de

melon et de concombre, à parties égales.

Drogues et médicaments ne figurant dans aucun formulaire officiel et complètement inusités.

Confection d'alkermès. Cannelle, kermès animal, santal citrin,

corail rouge et sirop de kermès.

Elixir de propriété. Teinture d'aloès et de myrrhe safranée. Gouttes anodines. Gouttes anodines anglaises. Alcoolé d'opium

et d'asarum composé.

Lilium de Paracelse. Teinture des métaux ou alcoolé de potasse antimonié. — Cette préparation hermétique se prépare en faisant fondre ensemble quatre parties d'antimoine, une d'étain et une de cuivre. On pulvérise l'alliage et on y ajoute six parties de nitre et 6 parties de crème de tartre. On projette le mélange, par petites parties, dans un creuset fortement chauffé. On pulvérise la matière et on l'introduit encore chaude dans un matras contenant 32 parties d'alcool fort. On fait digérer et on filtre.

Poudre de guttette. Poudre de gui composée. Poudre du marquis. C'est un mélange de poudres de gui de chêne, de dictame blanc, de racine de pivoine, de semences de pivoine, de semences d'arroche, de corail rouge et d'ongle d'élan. Elle passait pour anti-épileptique.

Raclures d'ivoire.

Tablettes diacarthami. Tablettes purgatives renfermant de la scammonée, du séné, de la rhubarbe, de la girofle, de l'écorce de citron.

Tartre de Montpellier. Tartre naturel des vins.

Verre d'antimoine. Oxysulfure d'antimoine fondu.

Suivent quelques articles sur lesquels M. le Dr Grimbert n'a pu avoir aucun renseignement : sel de tamaris, teinture de corail anodin, bol de Chabert, essence de cussabe, prorasine.

Après la pharmacie, parlons des instruments de chirurgie. Le 22 août 1746, on décida « qu'il seroit acheté des instruments nécessaires pour les opérations du chirurgien, et que ces instruments une fois achetés demeureroient toujours dans l'hôpital ». M. Baudot, chirurgien du comte de Charolais, fut prié d'en faire l'acquisition. Le 5 février 1747, on arrête « qu'il seroit payé 464 1. à Joseph Vigneron, maître coutellier, rue de la Coutellerie à Paris, pour avoir fourni à l'hôpital ce qui suit pour les opérations de chirurgie : 1° un trépan complet, 120 1. 2° pour l'amputation, 45 1. 3° deux douzaines d'aiguilles assorties, 9 1. 12 s. 4° six grandes aiguilles courbes pour les amputations, 2 1.8 s. 5° un bistouri droit à bouton, 2 1. 10 s, 6° quatre

bistouris dont deux droits et deux courbes. 7° trois paires de ciseaux à incision dont deux droits et un courbe, 7 1. 10 s. 8° deux trois-quarts avec leurs étuis, 12 1. 9° une paire de pinces à anneau, 2 1. 10° une spatule, 11. 11° un pholican à six branches, 15 1. 12° un pied-de-biche, un datier et un déchaussoir, 6 1. 13° une tenaille incisive, 15 1. 14° quatre tenettes pour 'la taille, 12 1. 15° deux gorgerettes, 12 1. 16° un bouton à crête et un crochet, 9 1. 17° six soudes pour la taille, 12 1. 18° une paire de conducteurs, 6 1. 19° deux litotomes, 8 1. 20° deux sondes crénelées, 2 1. 21° une sonde brisée, 1 1. 22° six seringues d'étain, 10 1. — Argenterie. 1° six algalis assortis avec l'étuy, 42 1. 2° deux sondes à fistule, 10 1. 3° un stilet, 2 1. 4° un pharingotome, 30 1. 5° un porte-pierre infernale, 12 1. 6° une cuvette, 5 1. 7° un étuy à aiguilles, 1 1. 8° la caisse du trépan, 16 1. 9° la grande caisse, 30 1. ». En avril 1778, l'apothicaire Piat fournit, au prix de 54 1., une « boîte propre pour le secours à des noyés ».

Le 28 avril 1738, le chirurgien Jacques Brillouet remplace Jacques Noblet et devient, le 10 août suivant, chirurgien en titre de l'hôpital : « Selon la permission de S. A. S. Monseigneur le Duc, a été convenu qu'on donneroit au sr Brillouet, chirurgien, 250 livres par année pour visiter une fois chaque jour, et même plus souvent s'il est besoin, les malades de l'hôpital, faire tous les pansements nécessaires, et raser les incurables tous les samedis matin de chaque semaine ». Ce dernier rôle ayant en 1767 déplu à Brillouet, et celui-ci ayant remis un « mémoire pour demander la décharge de faire la barbe et de donner des lavements aux malades », il reçut de l'administration réponse qu'il ne falloit rien changer aux charges du sr Brillouet et que l'intention de S. A. S. est qu'il donne des lavements aux malades et fasse la barbe à tous les incurables et malades, et qu'il en use envers les sœurs avec l'honnêteté et la politesse due à leur état et à leur sexe ». Ceci dénote une tension dans les rapports du chirurgien avec les sœurs.

L'année 1775 fut meilleure pour Brillouet. « Il nous a représenté (disent les administrateurs Billet, curé, Regnard, juge, l'abbé de Lacombe, chapelain du château, et Peyrard, gruyer,

en l'assemblée du lundi 7 août) un mandement de S. A. S. Mgr le prince de Condé... lequel lui accorde la somme de 600 livres de gratification annuelle au pardessus des gratifications à lui cy devant accordées outre ses gages de 250 livres... », ce qui paraît à l'assemblée un peu exorbitant.

Jacques Brillouet mourut à la fin de l'année 1779. Le 10 janvier 1780, il est arrêté qu'il sera remis « aux enfans et héritiers de défunt Jacques Brillouet, chirurgien de l'hôpital, la somme de 600 livres pour les six derniers mois de Tannée 1779, pour ses gages, honoraires et gratifications ». A cette date, son fils était chirurgien du duc de Bourbon, père duducd'Enghien. La bibliothèque du Musée Condé conserve une « Histoire de l'éducation physique de Monseigneur le duc d'Enghien, qui comprend les maladies et les autres particularités que S. A. S. a éprouvées depuis sa naissance (1772) jusqu'au jour qu'Elle a passé aux hommes (1778), par M. Brillouet fils, maître es arts en l'Université de Paris, ancien chirurgien aide-major des armées du Roy, chirurgien de S. A. S. Monseigneur le duc de Bourbon ».

Si le chirurgien possédait l'art facile de purgare, il n'avait point le privilège des rois de France de guérir par son attouchement, à la façon de saint Marcoul, les écrouelles. Nous relevons dans notre Registre ces deux traits : 27 mai 1737, « a été convenu que M. le curé de Chantilly écriroit à M. Veyard, à l'Hôtel-Dieu de Paris, en faveur d'Alexandre Lahaye, qui a les écrouelles et que l'hôpital de Chantilly garde pour quelque temps, pour savoir en quel endroit on pourroit lui procurer une retraite à Paris » '. 27 janvier 1738, « a été arresté qu'il seroit loué une voiture pour envoyer à l'Hôtel-Dieu de Paris deux malades qui ont le malheur d'avoir les écrouelles ».

Le chirurgien avait à soigner des malades étrangers au pays, soit des mendiants, soit des soldats de passage, auxquels l'hôpital donnait assistance. Citons, en 1744, au moment où Louis XV envahissait les Pays-Bas autrichiens, « Claude Hache, dit la Fleur, soldat ; Jacques Blanchetier, dit Saint-Jacques,

1 Le 3 juin 1737, on alloue 12 livres à Potier pour avoir conduit Lahaye à Paris.

soldat de la compagnie de Vallonguet au régiment de Royal- Comtois ; Jacques Gonivet, dit Fleur d'Épine, soldat de la compagnie du chevalier de Busny au régiment de Piémont; Jean-Baptiste Yvar, dit Bourbon, soldat de la compagnie de Barcous au régiment de la Couronne ; Pierre Goudin, dit la Jeunesse, de la compagnie de Trallebeau, capitaine au bataillon de Poitiers ». Ce passage de soldats donne sans doute l'explication de cette décision de la Commission administrative en 1745 : « Sera reconstruite la chambre servant de prison à l'hôpital en pierre de taille », lequel travail amène les noms du maçon Charles Mo, du serrurier Henri Obry, du menuisier Robert Mongé. Cette prison fut utilisée dans les années suivantes, car le Registre signale le passage d'autres soldats et de prisonniers; nommons-en quelques-uns : en 1746, Jean Delacroix, soldat au régiment de Limousin ; Antoine Bernard, soldat de la compagnie de Lastic au régiment de Royal-Vaisseaux ; en 1747, Pierre Lenormand, du régiment de Languedoc ; Jean Craus, d'un régiment suisse ; Louis Coquatrix, de Saint- Leu-d'Esserent, prisonnier; en 1748, Louis Toussaint, soldat de la compagnie du chevalier d'Héricourt au régiment Dauphin ; Vigaux, soldat d'Irlande ; en 1750, Pierre Laperont, soldat du régiment de Saintonge, etc., etc.

Après Brillouet, Sedillot, garçon chirurgien, fit un intérim à l'hôpital. Le 4 avril 1780, MM. Billet, de Belleval, Peyrard et Antheaume de Surval constatent qu'il a été payé « au s1' Sedillot 60 livres pour le mois de janvier de l'intérim de la mort de M. Brillouet à la nomination du sr Allouel en qualité de garçon chirurgien chargé de veiller aux malades de l'hôpital ». Enfin, à l'assemblée du 10 juillet suivant, il fut donné lecture et fait enregistrement du brevet de chirurgien de l'hôpital en faveur du sr Pierre-Michel Allouel, aux appointements de 1200 livres par an. M. Allouel émigra en août 1792 et rejoignit son prince à l'étranger. La Restauration ne le ramena pas en France ; resté en Angleterre après le retour du prince de Condé, il se fixa à Wimbledon et mourut en 1825. Poète et lettré, il a laissé quelques opuscules, dont un fort curieux, en vers latins, intitulé Observationes medico-chirurgicse, publié à Londres en 1823.

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