VI
L'année 1802 s'ouvre par la promulgation d'un règlement rédigé par le sous-préfet et homologué par le préfet. Conçu en dix-neuf articles, il ne parut pas assez précis aux administrateurs de l'hôpital, qui, le 16 janvier, le complétèrent par un autre règlement en quarante-deux articles précédé de ce dispositif : « Considérant que les règlemens qui jusqu'à ce jour ont régi l'hospice de Chantilly sont tombés de désuétude par l'effet de la révolution qui s'est opérée en France ; que leurs dispositions sont aujourd'hui en opposition tant avec les principes du gouvernement actuel qu'avec la tenue de l'hospice en luimême, dont le régime est totalement changé ; considérant enfin que le règlement homologué par le préfet du département est
insuffisant, l'administration y a ajouté ce qui suit Direction
intérieure confiée à une femme sous la désignation d'économe ; salle des hommes malades, 14 lits ; salle des femmes malades, 7 lits ; exclusion des malades atteints de maladies contagieuses ; discipline des salles, rôle de l'officier de santé, des infirmières ; salle des hommes incurables, 18 ; habit brun uniforme, boutons jaunes, veste et culotte brunes ; six femmes incurables habillées uniformément en étoffes brunes ; discipline des incurables, réfectoire, travail, etc. ; fonctions du portier ; attributions des administrateurs.
Les marchés d'adjudication au rabais n'avaient pas toujours donné satisfaction, et il avait été déjà décidé que Turquet de Senlis fournirait seul la toile. On voulut conserver à Martignon, épicier à Chantilly, la fourniture des épiceries, mais à certaines conditions : « Le fournisseur achètera à son compte, en maison de première main et comme à Paris (et ce tant que le système du commerce fera de Paris l'entrepôt du commerce des provinces) ; il livrera directement de l'entrepôt de Paris dans l'hospice les marchandises qui lui seront demandées ; les factures de la maison de Paris seront jointes aux livraisons, et
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sur leur vu, sans que l'hôpital soit chargé d'aucuns frais, il sera alloué une commission de six pour cent au fournisseur ». Des conditions analogues furent imposées à Picque, marchand drapier et mercier.
En janvier aussi, on régla que les incurables recevraient une paire de bas par mois, un mouchoir par semaine, les hommes une coiffe de nuit de toile blanche par quinzaine, et les femmes un fichu « pour mettre sur le col. Enfin, » pour remplacer les secours à domicile, on institua les soupes économiques, distribuées chaque jour. Le 6 février, « l'administration, voulant utiliser les bras des incurables sans les fatiguer, et assigner à chacun d'eux l'ouvrage qui lui est destiné, se propose d'accorder à chacun la gratification suivante, qui lui sera payée par quinzaine : 6 livres aux femmes Allart, Lepauvre, Sourdet, Vinet ; 12 livres à Thomassin, James, Laversin, Volard, Vignon, Dalberge, Guy et Chevalier ; 18 livres à Durand pour les simples qu'il procure à l'hospice et les soins qu'il apporte à la recherche des fleurs et des plantes ». Le 13, on décide que l'hospice recevra des malades payants, à raison de 20 s. par jour pour le logement, le lit, les draps et les serviettes ; ils paieront en outre, sur mémoire fourni, les frais de garde-malade, l'usage du bois de chauffage, les visites et pansements de l'officier de santé, les drogues et médicaments, enfin les aliments. Considérant en outre que « l'hospice peut être également utilisé et l'humanité secourue en offrant aux fortunes médiocres un asile et un traitement assimilé à celui des incurables », l'administration crée trois classes de pensionnaires : « La première, de 236 livres par an, ne recevra que la nourriture ; elle pourvoira à son habillement et blanchissage et se fournira de lit et des objets qui y sont propres ; la seconde classe, de 256 livres par an, ne recevra en sus de la première que le blanchissage ; la troisième, de 360 livres, sera nourrie, blanchie et habillée ». Le citoyen Blochet, horloger à Chantilly, après avoir exposé ses malheurs, « a été reçu pensionnaire de la seconde classe, à la charge d'entretenir l'horloge de la maison, celle de la commune, et de travailler de son état au compte de la maison jusqu'à concurrence du montant de sa pension ». Enfin une chambre de consultations est mise à la disposition de l'officier de santé, et
la fourniture des drogues est continuée au C" Delaunay, apothicaire à Senlis, ses confrères de Paris n'offrant pas un meilleur marché.
Le 27 mars 1802, les administrateurs arrêtent que la rente annuelle de 600 livres due à la fabrique de Chantilly sera remboursée à la Nation comme représentant la fabrique. Le 29 mai, ils décidèrent le rétablissement de l'école gratuite des filles, qui fut ouverte le 2 août suivant ; un règlement en 24 articles fut dressé à cet effet, précédé de ce dispositif: « Considérant que l'instruction de l'enfance prépare le bonheur des familles, civilise la société, en prescrit les devoirs, corrige les mœurs et fait aimer la vertu, que les premières leçons des enfants tiennent essentiellement aux cultes que le Gouvernement vient de protéger par la loi du 18 germinal dernier (8 avril, promulgation du Concordat), et qu'elles sont la base de l'instruction publique... ». L'instruction religieuse devait être donnée deux fois par semaine, les mardis et samedis ; l'hospice donnait gratuitement plumes, encre et papiers ; mais les élèves devaient « se fournir à leurs frais des livres classiques, qui sont l'Alphabet, le Catéchisme du diocèse, le Livre des Épîtres et Évangiles, et la Bible ». Les heures de classe prenant la journée entière, les parents ne pouvaient plus utiliser leurs enfants, et il s'ensuivit cette délibération du 20 juin 1803 : « L'administration, considérant que le but qu'elle s'est proposé par son règlement sur l'organisation de l'école gratuite des filles n'a point été atteint jusqu'à ce jour, en ce que les parents des enfants ne peuvent consacrer la journée entière de ces enfants pour l'instruction, leur infortune nécessitant qu'ils fassent concourir avec cette instruction l'apprentissage des métiers qui présentent pour l'avenir la certitude de l'existence, arrête : les élèves sont partagés en deux classes ; la première comprend les commençants, c'est-à-dire ceux qui apprennent à lire ; la deuxième comprend ceux qui, sachant lire, sont désignés pour l'écriture et les comptes. La première classe recevra ses leçons tous les jours l'après-midi, la deuxième occupera la séance du matin.
En octobre 1802, Hervé d'Arbonne fut nommé administrateur par le préfet de l'Oise, et reprit place le 6 novembre aux côtés
de Patin, Pigory, Manceau, Deshayes, Bougon. Le 18 décembre, ils accordèrent à l'abbé Robert, curé de Chantilly, l'usage de la chapelle Saint-Laurent, construite dans un coin du cimetière, « pour les services mortuaires seulement, tant pour les morts qui sortiront de l'hôpital, que pour les paroissiens de la commune qui désireroient y être présentés... En attendant que l'administration puisse fournir ladite chapelle des linges et ornemens qui lui sont nécessaires, il sera laissé à la disposition de M. le curé les ornemens qui restent à la maison... ». Un an après, le 31 décembre 1803, le conseil « déclare qu'il est nécessaire d'attacher un aumônier pour faire le service du culte en cet hospice; que l'église de la commune en étant éloignée, les malades et les incurables affaissés sous le poids des années regrettent de ne pouvoir participer aux exercices religieux comme les autres habitans de la commune ; que l'autel et les ornemens du culte qui existoient avant la Révolution ont été conservés ; que ce rétablissement n'occasionneroit qu'une faible dépense ; que l'aumônier, qui seroit logé vers le milieu de la commune, auroit la faculté, après avoir rempli ses fonctions à l'hospice, de rendre de nouveaux services aux habitans en participant aux offices de l'église ; que les habitans qui s'en trouvent éloignés ou ceux qui sont infirmes auroient la facilité d'entendre la messe basse que l'aumônier diroit tous les jours à l'hospice, ainsi qu'il avoit été pratiqué avant la Révolution... ». Il fut arrêté que la chapelle qui existait autrefois dans la salle des malades serait rétablie ; qu'un aumônier serait attaché à l'hospice, avec un traitement de 400 livres par an et une indemnité de 100 livres pour son logement. La délibération fut adressée au sous-préfet, avec invitation d'y donner son avis à l'effet d'obtenir l'homologation du préfet et l'approbation du ministre de l'Intérieur. Les autorisations furent accordées au printemps de 1804 ; le 2 juin, l'abbé Lagniel est nommé aumônier; le 16, on arrête « que la chapelle sera rétablie telle qu'elle étoit, si ce n'est qu'il sera construit une balustrade pour séparer les malades d'avec le public ; qu'il sera acheté une croix et deux chandeliers argentés ; qu'il sera en outre échangé une cuiller à sucre, un coupe-tablette et un gobelet, le tout en argent, pour se procurer un calice à pied argenté, un petit
ciboire argenté, et un petit vase pour l'huile des infirmes ». La bénédiction de la chapelle fut faite le lundi 16 juillet par M. de Bréda, ancien doyen de Senlis, assisté de MM. Juéry, curé de Creil, Robert, curé de Chantilly, Lagniel, aumônier ; le même jour, on décida que l'aumônier serait logé dans l'hospice.
Le compte du trésorier Denis « Moreau de Chantilly » (c'est le nom qu'il a pris et c'est ainsi qu'il signe) pour l'an XI (22 septembre 1802 au 22 septembre 1803) avait présenté une recette de 39.196 francs, et une dépense de 27.923 francs; la situation financière était donc bonne, grâce à la gestion sévère de la Commission, qui veillait toujours à l'économie et ne supportait aucune dépense inutile. C'est ainsi qu'elle reprochait au chirurgien Gattré « d'affecter d'ordonner aux convalescents du mouton rôti ou grillé ou des poulets, ce qui devenoit très dispendieux pour l'hospice » ; on avait d'autres griefs contre lui : « propos indiscrets vis-à-vis des administrateurs... ; propos plus qu'inconsidérés qui aigrissoient les malades et les excitoient à l'insubordination... ». Les plaintes furent si vives que le souspréfet vint à l'hôpital le 3 mars 1803 et tança vertement le chirurgien, le menaçant de destitution s'il continuait de troubler l'ordre et de se mêler de l'administration intérieure ; il devait « se renfermer dans les fonctions de son état, qui consistent à prescrire le traitement des malades et à faire les opérations chirurgicales ».
Le 31 mai 1804, « Messieurs » Becht (Jean-Georges) et Loyseau furent installés comme administrateurs à la place des « Citoyens » Deshayes et Manceau (Messieurs et Citoyens se rencontrent ici ensemble ; c'est la dernière fois qu'on se sert du second mot) '. Le lendemain, M. Hervé d'Arbonne fut nommé vice-président, et le sieur Louis Vie, clerc du notaire Patin, fut choisi comme secrétaire au traitement de 150 livres. Un nouveau règlement en 96 articles fut rédigé le même jour ; ils visent « l'administration intérieure », confiée à une économe, la « salle des hommes malades » (14 lits), la « salle des femmes malades » (7 lits), la « discipline des salles des malades », la
1 D'après la loi, les administrateurs des hospices ne pouvaient exercer leurs fonctions plus de cinq ans.
« pharmacie » (dirigée par un pharmacien et ouverte au public), la « salle des hommes incurables » (18), la « salle des femmes incurables » (6), les « secours à domicile », les « enfans abandonnés », « l'instruction gratuite » (aux jeunes filles pauvres), « l'aumônier », « le portier », « l'administration ». Chantilly possédait alors une garnison ', casernée aux Ecuries et au château^ d'Enghien ; le 31 mai 1804, le sous-préfet de Senlis « requit l'administration de l'hôpital, sans cependant déroger en rien à l'esprit cle fondation qui régit la maison, ni diminuer la masse des secours distribués aux pauvres des communes appelées à la faveur de l'hospice, de tenir six lits à la disposition des militaires ». Le 2 juin, il fut arrêté qu'une salle spéciale serait affectée aux militaires, et un règlement en 15 articles fut rédigé à cet effet. L'état des journées de malades était envoyé chaque mois au commissaire des guerres à Beauvais, qui était chargé de payer la dépense. Le 24 août, quinze lits supplémentaires furent mis à la disposition du colonel du 6e Dragons, en raison « d'une épidémie qui régnoit à la caserne dite d'Enghien, telle que sur deux compagnies de son régiment qui y étoient placées, il y avoit depuis huit jours environ 40 malades ». Cette épidémie était attribuée « à la stagnation des eaux qui avoisinent cette caserne, stagnation qui depuis plusieurs années a produit de pareils accidents ». On créa en outre une salle de 8 lits pour les convalescents.
Le 15 septembre, le sieur Rebuffel, envoyé par M. Deyeux, est nommé pharmacien de l'hôpital ; il donnera bientôt sa démission, et la direction de la pharmacie sera confiée à M. Seguy, pharmacien établi à Chantilly (2 mars 1805).
M. Patin, étant tombé gravement malade, résigna ses fonctions de maire et d'administrateur; M. Pigory devint maire, et le curé Robert fut nommé administrateur de l'hôpital. En prévision de la mort de M. Patin, la Commission adopta un cérémonial pour l'inhumation de ses membres : « 1° Lorsqu'un administrateur en titre ou un ancien administrateur ou son trésorier viendra à décéder, l'administration fera part de sa mort aux anciens administrateurs et les invitera à se trouver à
1 Voir Maçon, Historique de la ville de Chantilly, quatrième partie.
l'administration pour se rendre en corps à la maison du défunt pour la levée du corps. 2° Le corps sera précédé dans sa marche par des incurables des deux sexes, marchant deux à deux, les femmes immédiatement après la croix, et les hommes immédiatement après les femmes. 3° Le cortège de l'administration suivra le corps. 4° Le corps, avant d'être porté au cimetière, sera présenté à la principale porte de l'hospice, laquelle sera ouverte à cet effet; là il s'arrêtera, et il sera chanté un De profundis. 5° A la mort de l'économe, du chirurgien, du pharmacien, de l'aumônier et du secrétaire, l'administration assistera en corps au convoi, lequel sera précédé comme dessus par les incurables de la maison, et présenté à la principale porte de l'hospice, dans la forme ci-dessus indiquée » (8 décembre 1804). M. Patin fut inhumé le 20 décembre; ce cérémonial fut observé ; les quatre coins du drap furent portés par M. Picque, adjoint de la commune, M. Boquet, juge de paix, M. Bougon, membre de l'administration de l'hospice, et M. Demailly, membre du Conseil général de la commune.
Parmi les délibérations relatives aux menus faits de la vie courante, — admission d'incurables, adjudication au rabais de la viande, du bois, etc. — , nous citerons celle du 16 novembre 1805 relative à l'uniforme des cadets : « Considérant que le drap de couleur brune employé jusqu'à ce jour pour l'habillement des habitans de la maison est brûlé par la teinture et ne fait aucun usage à ceux qui le portent, l'administration arrête qu'ils seront dorénavant habillés en drap grisâtre conforme à l'échantillon adopté ».
Le 7 décembre 1805, le sous-préfet de Senlis, M. Fleury, se présenta pour faire les vérifications ordonnées par le ministre de l'Intérieur. L'hospice renfermait à ce jour 49 indigents et 17 employés. Il fut déclaré que la recette annuelle était de 37.355 fr., et la dépense de 36.708 fr. ; dans cette dépense, le domaine de la Côte-d'Or figure pour 12.583 livres ; le reste est absorbé par l'hôpital dans la proportion suivante : Rentes à payer, 2.697 ; Secours à domicile, 2.000 ; Consommation, 13.500 ; Médicaments, 1.200; Frais de bureau, 200; Horloge, 30 ; Entretien des bâtiments, 1 .000 ; Contributions, 26 ; Econome, 500 ; Aumônier, 600 ; Chirurgien, 400 ; Pharmacien, 400; Secrétaire,
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250 ; Institutrice, 200 ; trois infirmières, deux cuisinières, deux jardiniers, un portier... ».
Le 24 mai 1806, M. Toussaint Bougon eut ses pouvoirs renouvelés pour cinq ans par le sous-préfet ; mais M. d'Arbonne donna sa démission deux mois après, en raison de son grand âge ; il ne fut remplacé que le 6 juin 1807, par M. Barthélémy Hautin le jeune, rentier à Chantilly. La demoiselle Jehanne fut nommée institutrice le 1er février 1807. Peu après, le chirurgien Gattré fait encore parler de lui ; invité à diverses reprises, selon l'ordre du préfet, à vacciner les enfants des familles indigentes, « il a toujours répondu en homme qui n'approuvait pas ce système, et a fini par le prouver en n'en faisant rien » ; on fut obligé d'avoir recours à deux médecins de Senlis, MM. Aubin et Brisard ; mais l'indemnité qui leur fut allouée fut retenue sur les appointements de Gattré (13 juin). Puis Gattré tomba malade, et M. Sous, chirurgien à Chantilly, le suppléa; le 5 septembre, « l'état de l'hospice devenant inquiétant par la multiplicité et la gravité des maladies qui y ont afflué et y affluent encore », M. Aubin fut prié de venir de Senlis trois fois par semaine pour aider M. Sous (5 septembre). Mais M. Sous se fâcha, se retira, et M. Aubin assura le service jusqu'à la mort de Gattré, survenue le 1er mars 1809. Pour le remplacer, l'administration jeta ses vues sur M. Aran, chirurgien-major du 11e régiment de Chasseurs à cheval, qui avait séjourné deux ans à Chantilly avec son régiment et y avait laissé le meilleur souvenir ; pressenti, M. Aran déclara qu'il accepterait avec plaisir. En attendant sa nomination officielle et son installation, l'intérim fut assuré par « M. Gaston-Charles Bertrand, chirurgien de première classe en chef et titulaire des hôpitaux militaires de l'armée, demeurant ordinairement à La Fértésous-Jouarre » (28 juin 1809).
Le 7 novembre 1807, M. Gradot, rentier à Chantilly, fut installé comme administrateur ; le 15 mai 1809, il se fit nommer régisseur du domaine de la Côte-d'Or, et quitta Chantilly pour se fixer à Larrey. M. l'abbé Robert, curé de Chantilly, étant mort en cette même année, tous deux furent remplacés comme administrateurs par MM. Jacquin père et Demailly (16 septembre). Le Conseil se compose donc alors de M. Pigory,
maire, président, et de MM. Bougon, Loyseau, Becht, Demailly et Jacquin. Le secrétaire, M. Vie, étant mort, on le remplaça par M. Arnaud, secrétaire de la mairie (1er décembre 1809). M. Becht mourut le 21 décembre suivant; il fut remplacé le 20 avril 1810 par M. Le Flamand, curé de Chantilly.
Si l'instruction gratuite des filles était assurée à Chantilly, grâce à l'hospice, celle des garçons ne l'était pas encore. Le 6 janvier 1808, le sous-préfet de Senlis informe la Commission de l'hospice « qu'il a proposé au conseil général de la commune de Chantilly de recevoir en qualité d'instituteur primaire le sieur Garnier, remplissant cette fonction à Senlis, mais dont les talents ne se trouvent pas payés, vu la concurrence des instituteurs » ; il l'invite, « vu le peu de moyens qu'a la commune d'assurer un traitement au sieur Garnier, d'y contribuer pour sa part ». Le 8, la Commission prit la délibération suivante : « Considérant que les revenus de la commune ne peuvent suffire pour, au pardessus de ses charges, faire une portion de traitement au sr Garnier ; mais considérant que la classe des enfants mâles de ce pays manque d'instruction, le premier élément de la vie ; voulant, autant qu'il est en elle et que ses moyens peuvent lui permettre, tout à la fois favoriser l'instruction et venir au secours de la commune, étant ellemême déjà chargée de l'instruction gratuite des filles, l'Administration arrête : l'hospice civil de Chantilly payera annuellement à l'instituteur primaire avoué par la commune, pour l'instruction gratuite des enfants mâles de la classe indigente, la somme de deux cents francs... ». Le 30 avril 1808, la Commission accorda en outre à Garnier une indemnité de 200 francs, montant de son loyer clans la maison du sieur Hédouin ; enfin, le 5 juin, on lui donna des prix pour ses élèves, en rendant hommage à son zèle et à son dévouement; les prix furent achetés chez Légat, libraire à Chantilly. Comme on peut le croire, la situation matérielle de Garnier n'était pas brillante ; ne pouvant attendre l'échéance des trimestres, il demanda qu'on le payât à la journée. On le lui accorda, et on fit mieux encore : la demoiselle Escombat, institutrice à l'hospice, ayant donné sa démission, on choisit pour la remplacer la femme de Garnier, aux appointements
de 200 fi\, avec le linge, la nourriture, le chauffage et le blanchissage (18 novembre 1809).
Le 16 décembre 1809, la Commission décida que le nombre des femmes incurables serait porté de huit à dix, et qu'une salle de bains serait créée. Le 23, le chirurgien Aran « est prié de veiller soigneusement à ce qu'il ne soit ni admis ni conservé rien que de bon dans la pharmacie et à ce que le mauvais soit détruit ; de mettre son visa aux demandes de drogues qui seront faites par le pharmacien, afin de reconnaître s'il n'est demandé que ce qui doit l'être, et si les médicaments qui doivent y être faits le sont réellement ».
Le 25 mars 1810, M. Pigory informa ses collègues « du départ clandestin de la dame Garnier, institutrice de l'hospice ; et, attendu qu'il s'est déjà écoulé huit jours depuis ce départ, il invite la commission à s'occuper du choix d'une nouvelle institutrice, afin que l'instruction des enfants n'en souffre pas ». On nomma la delle Marie-Félicité Colson, âgée de vingt-trois ans, après une enquête approfondie au sujet de son instruction et surtout de ses bonnes vie et mœurs.
Pour obéir à la loi qui ordonnait la nomination d'un trésorierreceveur-comptable, la Commission choisit M. Denis Moreau, qui jusqu'alors avait exercé ces fonctions gratuitement et par bonne volonté (7 avril 1810). Le 20 mai, M. Jacquin père donna sa démission d'administrateur en raison de son grand âge; il fut remplacé le 22 décembre par M. Seroux de Bienville ; ce nom ne figurait pas sur la première liste présentée par la Commission et qui comprenait cinq noms : Jacquin fils, notaire, Gibert, propriétaire, Vandessel, fabricant de dentelles, Chalot, propriétaire, Chevau, artiste vétérinaire. C'est sur le désir formellement exprimé par le préfet que M. de Bienville, maire de La Morlaye, fut présenté en première ligne sur une seconde liste de cinq noms dont Chevau fut exclus. La Commission, en donnant cette marque de déférence aux autorités supérieures, tint cependant à exprimer son sentiment : « Considérant que rien ne doit l'influencer dans la formation de la liste des candidats aux places vacantes d'administrateur, que la nomination d'un administrateur pris extra muros' devient en quelque sorte nulle par la raison que la distance des lieux l'empêche de se
rendre où son devoir l'appelle à tout instant, et qu'il ne peut par conséquent remplir la tâche qui lui est imposée et coopérer aux fonctions de ses collègues » (13 août 1810).
Le 30 juin 1810, M. Pigory s'adressait en ces termes à ses collègues : « Messieurs, depuis dix ans vous avez vu augmenter progressivement la fortune de l'hospice que vous administrez; au fur et à mesure que cette fortune a pris de l'accroissement, vous avez multiplié les secours envers les pauvres. Le nombre des incurables des deux sexes a été augmenté de huit places. Vous avez rétabli l'instruction gratuite des filles, que des temps malheureux avoient fait disparoître. Vous avez créé une instruction gratuite pour les garçons. Vous avez ouvert votre asile aux enfants abandonnés, qui s'élèvent en ce moment au nombre de onze. Vous avez secouru les vieillards dont la fortune était insuffisante, en les recevant comme pensionnaires, vous contentant du trop faible revenu qui leur restoit. Vous avez donné pour les militaires une salle de trente lits. Vous avez reorganisé votre pharmacie, qui avoit été annihilée. Vous avez fait une salle de bains, que vous aviez reconnue depuis longtemps indispensable, mais que jamais vous n'aviez pu entreprendre. Et en même temps vous avez multiplié à l'infini vos secours à domicile. Mais un point essentiel appelle encore votre attention, c'est celui de secourir utilement chez vous les femmes en couches, ce que vous faites pour elles à domicile étant onéreux pour vous sans être profitable à ces infortunées. J'ai donc l'honneur de vous proposer la création d'une salle de quatre lits pour les femmes en couches. Mais en même temps je dois vous faire remarquer que vous n'avez pu augmenter votre établissement sans emprunter dans vos bàtimens des emplacemens qui étoient destinés à sécher les lessives, à aérer les couchers, resserrer les légumes. Je crois donc devoir vous proposer la construction d'un hangard prolongé le long du mur de la basse-cour, dont le prix, d'après le devis annexé de l'architecte, s'élèveroit à la somme de 5.549 fr. 25 c. ». La Commission adopta les propositions de son président et les compléta, le 14 juillet, par la délibération suivante :
« Considérant que Madame Moreau, maîtresse sage-femme, n'a cessé jusqu'à ce moment de rendre les services les plus
grands et souvent les plus gratuits ; que cette femme respectable est parvenue à un âge où ses forces ne répondent plus à son zèle ; qu'elle se trouve abandonnée à elle-même et n'ayant pour toute fortune que le souvenir de ses bienfaits ; que c'est aux administrateurs des biens des pauvres à acquitter les services que cette dame n'a cessé de leur rendre et le jour et la nuit; arrête : 1° il sera offert à Madame Moreau une retraite à l'hospice, où elle pourra terminer sa carrière de la manière la plus douce et la plus digne de ses vertus ; 2° elle mangera au réfectoire commun avec l'institutrice de la maison ; 3° elle couchera dans la chambre attenant au dortoir commun ; 4° elle jouira pour le linge et le chauffage des mêmes prérogatives que l'institutrice ; 5° elle sera libre d'exercer, autant que ses forces le lui permettront, ses secours en ville, et ne sera point assujettie aux heures d'entrée et de sortie imposées aux autres habitans de la maison ».
Le cimetière Saint-Laurent étant devenu trop petit, eu égard à l'augmentation de la population cle la commune, la Commission décida, le 15 septembre 1810, qu'elle abandonnerait à la commune la bande de terrain vague qui se trouvait entre les jardins de l'hospice et le cimetière, et ce d'autant plus volontiers que ce terrain, « éloigné de la vue des passants, sert souvent de retraite au libertinage ». 29 septembre : « Le dortoir des enfants abandonnés servira désormais de salle pour les femmes en couches ; les enfants auront pour dortoir le lieu servant de garde-meuble ; la salle servant de dépôt d'habits aux cadets servira désormais de garde-meuble ».
Les cas d'indiscipline étaient fréquents parmi les cadets, et le registre des délibérations porte de nombreux témoignages des punitions qui leur étaient infligées : arrêts, privation de vin ou de viande, renvoi. Le 3 novembre 1810, le président informa ses collègues que les cadets Delormel, Renault, Baudry, Augagneur, Parisien et Pelletier « se sont permis de sortir du pain de la maison en le jetant par une des croisées du dortoir dans le jardin du sieur Longuet à la femme Bertin, qui le leur payoit à raison de cinq centimes la livre » ; ce vol durait depuis six mois et méritait une punition sévère : « Les coupables seront privés de viande et légumes pendant huit jours ; ils
garderont les arrêts pendant une quinzaine ». Un infirmier, ayant refusé d'obéir au chirurgien et lui ayant répondu insolemment, fut sur-le-champ congédié. Par contre, une dénonciation anonyme, dirigée contre M119 Humbert, économe, ayant été envoyée de Chantilly à Madame Mère, était revenue à l'administration de l'hôpital par la voie du Ministère, du préfet et du sous-préfet ; ce fut l'occasion d'un éclatant hommage rendu au dévouement, au zèle infatigable et à la conduite parfaite de l'économe.
Le pharmacien de l'hospice, le sieur Favre, s'étant retiré le 6 juillet 1810, M. Aran proposa pour le remplacer un jeune élève en chirurgie, le sieur Niatel, qu'il se chargea de dresser et de diriger. Grâce aux efforts de M. Aran, l'administration de la pharmacie s'améliorait sensiblement; si Tannée 1809 avait présenté une dépense de 1.430 fr. et une recette de 1.094 fr., l'année 1810 avait vu monter la dépense à 2.369 fr. et la recette s'élever à 2.169 fr. ; aussi le chirurgien Aran fut-il grandement remercié ; on lui accorda même un mandat du montant de la remise à 5 pour cent pour tous les médicaments vendus à la pharmacie d'après ses ordonnances.
En janvier 1811, sur la demande de l'aumônier, il fut arrêté qu'on achèterait un ornement violet, que l'ornement rouge serait réparé, que l'ornement noir, complètement usé, serait échangé contre un neuf, enfin que l'ampoule en cuivre destinée aux saintes huiles serait remplacée par une en étain. Le 20 avril, on ordonna la restauration des boiseries de la chapelle Saint-Laurent, située clans le cimetière, et celle « du tableau de l'autel où est représenté le martyre de saint Laurent. Nous possédons dans cette ville M. Auguste Vanloo, dont le nom rappelle de grands talents en peinture. M. Vanloo, qui a vu le tableau de la chapelle Saint-Laurent, offre de le rétablir dans l'état qu'il étoit lorsqu'il a été fait originairement par Le Sueur; si l'hospice veut lui fournir une nouvelle toile, cet artiste borne à cent francs le prix d'une restauration parfaite ». Bien entendu, sa proposition fut adoptée.
Le 20 juillet 1811, deux des enfants élevés à l'hospice, l'un abandonné, l'autre orphelin, parvenus à l'âge de dix-sept ans,
demandèrent à embrasser l'état militaire ; le premier, Louis- François Marcel, voulut entrer au 3e Dragons ; le second, Simon Vassant, désirait s'engager comme trompette au 1er régiment des chevau-légers polonais de la Garde, alors caserne à Chantilly ; la Commission applaudit à leur demande et leur donna la permission de s'enrôler. Le 5 octobre, le comte Krasinski, colonel du régiment polonais, fit connaître à M. Pigory un décret impérial créant dans chaque régiment de la Garde une école de jeunes élèves musiciens âgés de dix à douze ans ; deux pupilles de l'hospice, Frédéric et Nicolas Vassant, furent placés dans cette nouvelle école régimeotaire. Le comte Krasinski venait parfois se rendre compte de la façon dont ses soldats étaient soignés à l'hôpital ; une de ses visites fut consignée dans le registre des délibérations : « Le 5 janvier 1814, le comte Krasinski, général de division, commandant le 1er régiment de chevau-légers polonais lanciers de la Garde impériale, vint visiter les salles militaires remplies de chevaulégers de son régiment ; il assista aux pansemens, ainsi qu'à la distribution des alimens, qu'il goûta, se fit rendre compte dans le plus grand détail de tout ce qui concerne le régime sanitaire et le régime alimentaire, et, s'étant convaincu par ses propres yeux et par le rapport des malades et blessés que chacun d'eux reçoit en temps et lieu les secours et les soins qu'exige sa position, il en témoigna sa satisfaction à l'économe et au chirurgien, et donna aux deux infirmiers une gratification de 60 francs ».
La séance du 30 novembre 1811 fut la dernière que présida M. Pigory ; celle du 7 décembre fut présidée par M. Bougon, et ce ne fut certes pas sans une poignante émotion que lui et ses collègues, MM. de Bienville, Loyseau, Demailly et l'abbé Le Flamand, entendirent M. Pigory s'exprimer en ces termes : « Messieurs. Il y a onze ans que je suis membre de votre administration, et huit que j'ai l'honneur de vous présider. Pendant tout ce temps je n'ai cessé de m'occuper de ce qui pouvoit contribuer à l'amélioration de cette maison ; jamais aucunes vues d'intérêt n'ont guidé mes pas et mes démarches ; j'invoque là-dessus votre témoignage. C'est avec regret que je me vois forcé aujourd'hui de vous entretenir de moi-même. Des circons-
tances malheureuses de commerce m'ont réduit à la triste nécessité de céder à mes créanciers tout ce que je possède ; me voilà donc dénué de tout, sans emploi, sans fortune, sans asile, sans moyens d'existence, chargé d'une épouse et de trois enfants. Cette situation, la plus affreuse qu'on puisse imaginer, me fait recourir à votre bienveillance, j'ose dire à votre justice ; vous êtes les protecteurs des malheureux ; c'est à ce titre que j'ai recours à vous en ce moment. Mon dessein n'est pourtant pas de rendre mon existence et celle de ma famille à charge à l'hospice. Votre secrétaire offre de se démettre de sa place en ma faveur ; j'ose espérer que vous coopérerez à cet acte de générosité en secondant le désir du démissionnaire. L'entretien du linge de cette maison exige continuellement des bras étrangers ; la couturière actuelle, malade depuis six mois, est sans espoir de guérison ; beaucoup de linge est à repasser-; ma femme et mes enfants savent travailler ; vous pouvez les employer utilement dans cette partie. Je vous prie de peser ma demande dans votre sagesse, et, eu égard à mes malheurs, de prendre le parti le plus avantageux pour sauver l'existence à une famille honnête, victime des circonstances ».
Les administrateurs, fort émus, s'empressèrent d'acquiescer à cette requête. Le sous-préfet donna son assentiment, et envoya son délégué, le surlendemain 9, pour présider la séance de la Commission et présenter quelques observations : « Issue d'une famille aisée, Madame Pigory a reçu une bonne éducation ; c'est une mère de famille recommandable par ses principes, sa moralité et ses vertus, et que ses malheurs rendent encore plus estimable. Au lieu de la reléguer à la couture, sachons l'employer plus utilement et d'une manière plus convenable à ses goûts et à ses talents. L'économe cle la maison est surchargée de besogne ; sans déroger à son autorité, on pourroit la soulager d'une partie de ses occupations en donnant à Madame Pigory la surveillance sur les domestiques et les employés de la maison ». Cette proposition fut aussitôt adoptée. D'autre part, il fut bien convenu que le sieur Arnaud, dont la démission était toute volontaire, reprendrait ses fonctions de secrétaire le jour où M. Pigory aurait trouvé une situation. Les délibérations du 14 décembre 1811 au 15 août 1812 ont été
transcrites sur le registre par M. Pigory. M. Arnaud reprend ensuite la plume.
Le 21 décembre 1811, l'économe expose qu'elle a besoin, pour le service de la maison, « de vases en étain, consistant en 12 pots de chambre, 60 cuillers, 24 gobelets, 24 pots à eau, 36 petites assiettes, 36 écuelles, un grand potager et un petit, 4 biberons, 2 seringues à manche de bois, 4 canons courbes, 2 canons à bidet, 2 grands bassins ». Tout cela sera acheté chez Tonnelier, marchand potier d'étain à Paris. Le même jour, le marché de la viande pour 1812 est adjugé au boucher Flaix, qui s'engage à fournir à 15 pour cent au-dessous des taux. En janvier 1812, on décide que le pain distribué en secours à domicile sera composé de moitié farine de blé et moitié farine de seigle. Le blé se fait rare alors, et il convient d'assurer l'approvisionnement de la maison jusqu'à la récolte. On arrête « qu'il sera de suite acheté 60 sacs de blé de première qualité, lesquels seront tenus en réserve dans la maison pour les besoins de la saison reculée ; M. Chalot, maître de poste, sera invité à faire cet achat ». Le 7 mars, on délivre au meunier Devaux un mandat de 2.928 fr. pour farines vendues depuis le 1er janvier.
M. Jacquin, notaire, ayant été nommé maire de Chantilly en remplacement de M. Pigory, présida pour la première fois le conseil d'administration de l'hospice le 22 février 1812. Il trouva tout d'abord que la consommation du vin blanc était excessive : 900 bouteilles en neuf mois. Mais l'emploi du vin blanc fut justifié : 224 bouteilles pour les compositions pharmaceutiques ; 489 pour les distributions ordonnées aux malades; le reste consommé par l'économe, « à laquelle depuis longtemps le vin blanc est ordonné pour cause d'engorgement du foie », et par l'aumônier pour ses messes. On trouva cependant qu'on distribuait trop de vin blanc aux malades. Le 4 avril, considérant l'inactivité du commerce et la cherté excessive du pain, la Commission arrête « que désormais les secours accordés sur les nouvelles demandes seront donnés en soupes économiques du poids d'une livre et demie et par jour ». De son côté, la Commune avait « reçu ordre de distribuer 49 soupes économiques par mois au profit des pauvres », d'où une dépense
mensuelle de 110 fr. 25 c. La Commune « manquant des facilités propres à l'opérer », le maire proposa à la Commission de l'hospice de s'en charger, moyennant le paiement de cette somme par la Commune. La Commission accepte, « mais déclare ne prendre cet engagement qu'autant que le prix des légumes n'élèvera pas le prix de chaque soupe au-dessus de six liards ». La viande augmentait aussi, et il fallut faire une remise de 7 et demi pour cent au boucher sur les 15 qu'il avait consentis au-dessous des taux. En juin, le sous-préfet, « très embarrassé pour les subsistances et notamment pour celles de la commune de Chantilly, invita la Commission à le seconder dans un moment aussi critique et à prélever en faveur de la commune sur les approvisionnements de l'hospice la quantité de vingt septiers de farines, livrables en deux époques ». La Commission ne crut pas prudent d'en accorder autant ; elle décida que « dix septiers seulement seraient vendus au comptant et conformément à la taxe déterminée par la loi ».
Tout le monde ne souffraitpas de la faim, et l'abbé Le Flamand, curé et administrateur, se plaignit un jour amèrement de l'inobservation des jours d'abstinence par les commensaux de la maison ; il s'en prenait à l'économe. N'avait-il pas vu, un samedi, un foie de veau qui se préparait pour le dîner, et, un autre samedi, un fort morceau de viande à la broche ? « Plusieurs autres fois, nous avons su que les tables d'officiers avaient chacune leurs mets, et des mets beaucoup plus forts et plus délicats que ne peuvent le supporter l'état et la décence de notre hôpital, et même au-delà de ses moyens ». La Commission arrêta simplement « que l'économe serait avertie de se conformer désormais à l'intention de l'administration, qui est qu'il soit fait maigre les jours d'abstinence ».
Les pouvoirs de M. Loyseau expirant en janvier 1813, la Commission eut à dresser une liste de candidats pour la présenter au sous-préfet. Elle y porta les noms suivants : MM. Louis-Vincent Loyseau, âgé de 63 ans, vivant de son bien, sortant et rééligible ; Henry Legrand, âgé de 50 ans, propriétaire ; Jean-Baptiste Picque, âgé de 63 ans, propriétaire et adjoint au maire; Clément-Jean-Baptiste Vignon, âgé de 34 ans, fabricant de dentelles; Germain-Etienne Manceau,
âgé de 68 ans, rentier ; tous demeurant à Chantilly. Le souspréfet choisit M. Legrand, qui fut installé le 20 février 1813.
En septembre 1812, la Commission reçut de l'autorité supérieure des observations dont la cause est de tous les temps. Le bâtiment nouveau, qui à l'origine ne devait coûter que 5.549 fr., avait reçu des agrandissements et occasionné une dépense totale de 11.754 francs. La Commission convint qu'elle avait été entraînée par son zèle pour le bien des pauvres, et promit de ne plus se laisser aller au-delà de ses pouvoirs ; elle fit ressortir que les travaux, très bien faits et à bon compte, étaient d'une nécessité absolue « tant pour un séchoir que pour des écuries, vacherie, laiterie, bûchers, salle des morts, resserre pour la pompe et les seaux d'incendie ».
En janvier 1813, le chirurgien Aran et le pharmacien Rozan demandèrent une augmentation de traitement ; la Commission reconnut que cette demande était parfaitement justifiée, tout en s'excusant de ne pouvoir y faire droit, en raison de la cherté des vivres et de la diminution des revenus de l'hospice ; le chirurgien seul vit son traitement porté de 600 à 750 livres.
Il faut croire que « l'engorgement du foie » de Mlle Humbert influait sur son humeur. Le 15 février 1813, « l'administration, instruite que pendant un second voyage que l'économe a fait à Paris, il y a eu lundi huit jours, une petite fille de la maison a été d'abord mise au pain sec par la décision de l'infirmier Benoît, puis au retour de l'économe continuée au pain sec, punition qui n'est point encore abrogée, et battue mardi dernier par l'économe avec un nerf de bœuf en plusieurs endroits du corps et notamment sur les bras, qui en sont encore d'un jaune noir, ainsi que les administrateurs présents l'ont vu et reconnu, a mandé l'économe pour lui faire ses observations. L'économe, seule vis-à-vis de l'administration, lui a répondu sur le ton le plus dur et le plus malhonnête, déclarant qu'elle a fait ce qu'elle a jugé à propos, et qu'elle est bien dans l'intention de recommencer quand l'occasion s'en représentera. Invitée à parler d'un ton plus honnête et plus soumis, elle a coupé la parole au président et à un administrateur, s'est permis un langage déplacé, et, comme une femme hors d'elle-même, est sortie brusquement en tirant la porte sur elle-même avec une violence
capable de la casser, sans vouloir entendre ce que l'administration avait à lui dire et sans vouloir recevoir l'ordre de donner au garçon jardinier des draps blancs en remplacement de ceux qui lui servent depuis quatre mois, draps blancs qu'il n'a pu obtenir malgré ses justes demandes réitérées ». Mlle Humbert était fort protégée à la sous-préfecture ; elle s'était fait assurer, à la demande du sous-préfet, une pension de retraite en prévision d'un cas de force majeure qui l'obligerait à cesser ses fonctions. Aussi la sanction fut-elle platonique ; le 20 février, la Commission, « considérant que l'ordre, la règle et le service de cette maison exigent que chacun des employés se conduise avec décence et modération ; considérant que c'est surtout à l'économe à donner l'exemple ; charge son président de la blâmer sur sa conduite et de l'inviter à recevoir désormais avec calme et soumission les remontrances que les circonstances forceront la Commission à lui adresser ». Le 13 novembre, la Commission, considérant que l'économe était surchargée de travail et ne pouvait suffire à tout, décida la création d'un emploi de contrôleur, au traitement annuel de 300 francs. L'emploi fut confié à l'abbé Lagniel, aumônier, qui, logé à l'hospice, se trouvait mieux que personne en situation de remplir ces nouvelles fonctions.
Le 4 décembre 1813, le pharmacien Rozan, désireux de s'établir à son compte, pria la Commission d'accepter sa démission : on l'accepta avec regret, en le priant de présenter lui-même son successeur : ce fut le sieur Fagnier.
Le 2 avril 1813, mourut M. Manceau (Germain-Etienne), ancien administrateur de l'hospice, ancien membre du corps municipal ; il n'avait qu'une héritière directe, sa sœur Geneviève-Hélène. Par son testament en date du 26 mars, il léguait 15.000 francs à l'hospice, 3.000 à l'église, 1.500 à la commune ; mais sa sœur devait conserver l'usufruit de ces sommes sa vie durant. L'acceptation de ces legs fut autorisée par décret impérial du 13 novembre, à la condition pour l'hospice de payer chaque année à titre de secours purement viager, à dater du jour de la cessation de l'usufruit laissé à Mlle Geneviève- Hélène Manceau, 1° cent francs à demoiselle Marie-Thérèse
Manceau, 2° cent francs au sieur Jean-Denis Manceau, 3° cent francs à demoiselle Marie-Geneviève Manceau.
En exécution du décret du 7 germinal an XIII qui ordonnait le renouvellement annuel, par cinquième, des commissions administratives d'établissements de bienfaisance, M. Toussaint Bougon fut désigné comme sortant par ancienneté et comme ayant rempli les cinq ans voulus par la loi; mais comme il était rééligible, il fut placé en tête de la liste qui fut dressée le 14 août 1813 pour être soumise au sous-préfet et qui était ainsi composée : M. Bougon (Toussaint), fabricant de porcelaine, âgé de 57 ans ; M. Picque (Jean-Baptiste), adjoint au maire, âgé de 64 ans, négociant et propriétaire; M. Landry (Pierre), fabricant de dentelles, âgé de 36 ans; M. Deshayes (Antoine), propriétaire, âgé de 58 ans; M. Devaux (Stanislas), percepteur à vie et propriétaire, âgé de 44 ans ; tous domiciliés à Chantilly La nomination n'était pas encore faite lorsque l'Empire tomba. Dans la séance du 28 mai 1814, le président Jacquin salua le retour du prince de Condé : « Messieurs, parmi les grands avantages que l'heureuse révolution qui vient de s'opérer en France nous procure, il en est un qui intéresse plus particulièrement cet établissement ; c'est l'heureux retour de S. A. S. Mgr le prince de Condé. Les pauvres dont nous sommes les représentants vont retrouver en lui un père chéri, un protecteur puissant et juste, toujours disposé à écouter leurs plaintes, à soulager leurs maux. En attendant l'heureux moment où nous pourrons contempler les traits de ce bon prince et nous enivrer en quelque sorte de son image, je propose à la Commission d'offrir à Son Altesse Sérénissime l'occasion de faire une action cligne de son cœur en nommant à une place d'incurable vacante en ce moment ». La Commission applaudit au langage de son président, et, « voulant réserver à Mgr le prince de Condé la prérogative de nommer à cette place, arrête à l'unanimité d'adresser sans délai à S. A. S. la liste des vieillards » susceptibles d'être nommés.