I.F.S nCARANTK FOrorET
irait (lo Cliailrs \ Il (juc possrdr le iimsrr (Iii LouviT. Or. Ires supérieur à ce <»riui(l [xirirail esl le pelit portrait t\w nous avons ici. Dans Fouquel. le miniaturiste prime le peintre d'histoire. Aussi Gai^nières et .Montfaueon. quand ils vouluroiil avoir l'autlientique portrait du Hoi N'ictorieux, recoururent au célèbre livre d7/f'/^/r.s (I Ktienne Chevalier, pour y faire co[>ier le portrait peint par Fouquet dans V Ai1<>ralii)ii des Mtii/i's. Ils ne pouvaient mieux faire. Voilà, en effet, le véritable portrait de Charles VII. âgé probablement de cinquante à cinquante-cinq ans, on admettant, ce qui est vraisemblable, une date placée entre 1453 et 1458 pour l'exécution de cette peinture (I ). — Dans les deux jeunes Mages qui, debout derrière le roi, portent l'encens et la myrrhe, on peut voir le Dauphin, qui fut Louis XI. et son frère Charles, duc de Bei'i y. Ils étaient les deux seuls lils survivants des douze enfants que Charles \U a^ait eus de Marie d'Anjou ; leur place est donc à côté de leur père dans ce tableau. Leurs chapeaux, ceints aussi de la couronne fleurdelisée d'or, ne permettent guère de doute sur Fauthenticité de ces figures, qui ne sont d'ailleurs que de second plan.
Pour complément à ce portrait de Charles VII et comme preuve supplémentaire de son identité, Fouquet a rangé en demi-cercle derrière le Roi sa grantU/arde, toute composée de jeunes et beaux hommes, solidement armés, richement habillés, brillamment empanachés aux couleurs royales, vermeil (rose), blanc, vert. Tels on les voit dans cette Adoration des Mages, tels
(1) Charles VII était né en 1403: il mourut en 14G1.
ils sont décrits dans la Chronique de Malhiea (VEsconchy, lors de l'entrée du roi à Rouen, le 10 novembre 1449. Voilà bien «... la grant'garde du ro) , archiers et crennequiniers (1), qui estoient mieux en poinct que tous les autres, et avoient auctons sans manches, de vermeil, de blanc et de verd, tout chargiez d'orfèvrerie, ayans leurs plumes sur leurs sallades, desdictes couUeurs, et leurs espées et harnas de jambes garnis richement d'argent... Et les conduisoit messire Théaulde de Valpergue, bailli de Lyon sur le Rosne (2)... » Peu d'années séparant l'exécution des iff^res d'Etienne Chevalier de l'entrée de Charles YII à Rouen, Jean Fouquet, dans le chef qu'il a si fièrement campé à la tête de la grant'garde du roi, ne nous aurait-il pas laissé le portrait de Théaulde de Valpergue? Cela n'est pas invraisemblable.
Comme toile de fond à ce tableau, un château fort, dans lequel on croit reconnaître quelque chose du cliàteau de Chinon. Charles VII y avait résidé pendant l'occupation de Paris par les Anglais; c'est là que Jeanne d'Arc s'était montrée à lui pour la première fois. Quel que soit ce château, du dehors on l'assiège, et de l'intérieur on s'y défend. Est-ce une allusion aux nombreux combats d'où le roi était sorti triomphant ? Cela n'est pas probable, car de carnage il n'y en a pas, et ce sont des bandes plutôt que des armées qui se trouvent en présence. On ne se bat qu'à coups de bâton; ou se culbute, on
(1) Les crennequiniers étaient des arbalétriers à cheval. On appelait crcnnequin la courte arbalète dont ils se servaient. Les archiers portaient de grandes lances. Ils « avoient sur leurs sallades chascun une cornette de taffetas vermeil (rose) et ung soleil d'or ». Le soleil d'or était la devise de Charles VII.
(2j Chronique de Mathieu d'Escouchy, t, I, p.
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ne se tue pas; on n en risque pas moins de mauvais coups. Des deux parts, d'ailleurs, tous les soldats, ainsi rpie le chàleau, sont en camaïeu d'or. Jean Fouquet a voulu rappeler sans doute une de ces joyeusotés tapageuses en usage, dès le quinzième siècle, à la cour do France pendant la nuit de la fête des Mages. Le roi envoyait défier, dans un château voisin du sien, celui que la fève avait proclamé roi dans ce château, et luimême quelquefois partait à la tête des siens pour faire le siège de cette résidence, qui ne se laissait prendre qu'après un semblant de résistance plus ou moins vive. Les œufs, les pommes, les houles de neige, quand neige il y avait, pleuvaient dru comme grêle, et, la lutte s'échautfant, des projectiles moins inoffensifs tombaient aussi sur les assaillants. C/est à un assaut semblable, au château du comte de Saint-Pol, que François 1"' devait recevoir au visage, (pielque soixante ans plus tard (1521), un tison dont il garda la marque (i). Regardez, ici les deux trompettes aux ])lasons royaux qui somment le château de se rendre; remarquez les lianiiières fleurdelisées (pii flottent déjà sur le donjon; suivez, dans le ])l('u du ciel assombri par la nuit, les pots à feu lancés du dehors ainsi que du dedans, et voyez quel air de fête ils donnent à ce simulacre de combat; ouvrez enfin les yeux sur la pelite sentinelle assise au sommet de l'échauguette, et sur l'étoile des Mages (pii éclaire la banderole (|ue cette sentinelle fait flotter dans les airs. Devant toutes ces preuves, vous conserverez difficilement des doutes sur le sujet du tableau complé-
(1) Journal de Louise de Sacoie.
mentaire placé si ingénieusement par Jean Fouquet au fond de son Adoration des Mages... Que de preuves historiques accumulées dans cette précieuse peinture, dont l'intérêt pittoresque est d'ailleurs si considérable !
Sur la bande rose qui se déroule au bas de ce tableau, on lit :
CVM NATVS EST (lESUS) IN BETHLEEM IVDE IN DIEBVS HERODIS RE(GIS).
C'est le début de TEvangile pour le jour de l'Epiphanie. Sur le fond vert qui rempht lïntérieur de la lettre initiale C, sont les inévitables E C qui composent le chiffre d'Etienne Chevalier.