‹ ChantillyChapitre 12 sur 28 · LA CÈNE · texte numérisé non relu

LA CÈNE

lonl le goût f'<l U.v-sepli

La Cène.

Il y a presque ostentation d'austérité dans le décor de ce tableau. Les murs de la salle sont entièrement nus et de couleur sombre, sans aucun ornement ni réminiscences italiennes d'aucun genre. A gauclie, une fenêtre et une cheminée où flambe un grand feu: à droite, une porte largement (unerle. par laquelle on aperçoit une cathédrale, dont l'abside, la flèche et les deux tours carrées se dressent au-dessus d'une haute muraille... N'y aurai l-il pas là un souvenir de Notre-Dame de Paris?... î^ur le sol de la [lièce, un large bassin de cuivre, très simple de forme, pour rappeler que Jésus, avant la Cène, a lavé les pieds de ses disciples; à côté de ce bassin, des brindilles de bois destinées à l'alimentation du feu... Autour d'uue table ronde dressée dans la partie gauche de cette salle, sont assis Jésus et les apôtres, quelques-uns de ceux-ci vus de dos. Saint Jean, le disciple bien-aimé, repose sa tête sur l'épaule

droite de son maili-r ( I ). u Un de vous me tndiira (2) », vient de dire Jésus; et il donne à Judas, fds de Simon Iscariote, « le morceau de pain trempé (3) » qui désigne en lui le traître. « Faites vite ce que vous avez à faire », lui dit Jésus, et « Satan étant entré en lui (4) », Judas se lève pour aller vendre le Sauveur... Ce que ne dit pas l'évangéliste et ce que montre Fouquel. ce sont les Juifs en grand nombre qui assistent à la Cène, avec les pharisiens qui sont là guettant leur proie. Au point de vue pittoresque, on ne saurait trop louer cette partie du ta])leau. Jean Fouquet excelle à peindre les foules, à donner à chacune des figures (pi'il y introduit son attitude et son geste particuliers, sa physionomie propre.

C'est surtout à l'apôtre bien-aimé que Fouquet a songé dans cette peinture. Fntre les Fvangiles de saint Matthieu et de saint Jean, c'est celui de saint Jean (ju'il a scrupideusement suivi, et c est à saint Jean aussi qu'il a consacré les petits tableaux complémentaires qui accompagnent le tableau [trincipal. Au bas de la feuille, trois bas-reliefs dorés, empruntés à la légende du saint, sont encastrés dans un large entablement coupé de [>ilastres corinthiens. En voici les sujets : Saini Jean rcnirisc les idoivx d'Ephèse pai' la seule puissance de sa prière; saint Jean boit, sans en ressentir les effets, le poison que le pi ètre d'Ephèse a préalablement essayé sur un esclave étendu mort à ses pieds; saint Jean baptise le pontife

(1) Or, le disciple bicn-aimc rc{ios;iit dans le repas sur sa poitrine. (Jeax. xm, 2 )

(2) Jeax, xiii, 2L

(3) Jean, xiii, 26.

(4) Jean, xiii, 27.

il'Eplit'sc et le procuii-'iiil d'Asie, l'jiliii. ilaiis riiilrriciir de la lettre initiale placée au-dessus de ces bas-reliels, on \(tit «///// Jean plongé pu I uni le de Doinitien diins tine eliaiidière il' liitile houillanle, aaits qu'il en ressente auetin mat. C.i'tte initiale est la lettre E: le reste du mut a été recouvert par un dragon qui n'a rien à faire en cet endroit. On devait lire ici le premier mut de l'antienne de Maynifieat pour la fête de l'évangéliste au 27 décembre : Exiil sennu inter fratres... Deux anges aux ailes de flamme supportent d'une de leurs mains ce cadre rectangulaire, et tiennent de leur autre main les écus de pourpre oii sont les chiffres d'Etienne Chevalier.

Page 1