‹ ChantillyChapitre 13 sur 28 · JÉSUS LIVRÉ PAR JUDAS · texte numérisé non relu

JÉSUS LIVRÉ PAR JUDAS

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Jésus licrè par Judas.

Voici « I heure où le Fils de Thomme \?i être livre entre les mains des pécheurs (1) ». La puissance des ténèbres plane sur ce tableau : Nunc est hora reslm et polestas tencimu wn (2). 11 fait nuit. Sur le ciel d'un bleu sombre et profond, se détachent quelques arbres taillés en boule, qui n'ont rien de commun avec des oliviers. Le jardin qui les contient est ])ordé de hautes palissades et arrosé en contre-bas par le torrent du Cédron (3). Jésus, accompagné des apôtres, est entré dans cet enclos, que vient d'envahir « la cohorte de soldats et de gardes envoyée par les pontifes et les pharisiens, avec des lanternes, des torches et des

(1) Matïh., XXVI, 45.

(2) Luc, XXII, 53.

(3) Jean, xviii, 1. — La Iradition raconte que Jésus, bousculé par les Juifs qui le ramenaient k Jérusalem, tomba dans ce torrent. Le Cédron, qui enserrait Jérusalem de ses deux bras, séparait le mont des Oliviers des autres collines, qui étaient comprises dans l'enceinte de la ville. Le mont des Oliviers était donc en dehors de cette enceinte.

CHAM ILLY.

armes (1) ». Judas les précède, rcconnaissable à la bourse qu'il tient de sa main gauche. « 11 leur a donné ce signe : celui que je baiserai, c'est lui, et, s'approclmnt de Jésus, il l'embrasse (2). » Aussitôt la bande se précipite sur Jésus. Un des gardes le saisit par les cheveux, un autre le retient par son manteau, un autre encore de sa main ganteléc de fer pèse sur son épaule, un autre aussi lève pour le frapper son bras lourdement armé. Ce que voyant, « Simon-Pierre, qui avoit une épée, la tire et en frappe le serviteur (lu pontife, auquel il coupe 1 oreille droite. Le nom de ce serviteur étoit .Malchus (3). » Et l'on voit le pauvre .Malchus accroupi, mourant de peur aux pieds de Jésus, qui le guérit et ordonne à Pierre de remettre l'épée au fourreau (4). Tandis que Pierre obéit à regret, la servante du pontife, qui sera tout à l'heure témoin du renoncement de l'apôtre, élève sa lanterne pour le dévisager (5). Alors commence la déroute des disciples de Jésus. Tous sont affolés de peur, cherchent à se dérober et à se cacher, mettent entre eux et Jésus le torrent du Cédron, qui coule en cet endroit dans la vallée de Josaphat. « Vous serez tous scandalisés en moi cette nuit, leur avoit dit le Sauveur, car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis seront dissipées (()). » Derrière Jésus aussi s'enfuit presque nu un jeune homme qui laisse son manteau aux mains des gardes (7). Enfin,

(1) Jeax. xviii, 3.

(2) Marc, xiv, 44, 45.

(3) Jkax, xviii, 10.

(4) Jeax, xviii, 11.

(5) Matth., XXVI, 69-74; Luc, xxii, 47-57.

(6) Marc, xiv, 27.

(7) t Un jeune homme suivit Jésus, couvert d'un drap sur la chair, et ils le prirent; mais lui, quittant son drap, s'enfuit nu de leurs mains. » (Marc, xiv, 51, 52 )

LES nl AKANTE FOUQUET.

tout iul l)as (lii tiiMciiii. un dos apôtres s'est réfugié sous la tablotio qui coiitriuiil pidlialtienionl le commencement de la strophe Dcks lu adjuidi iinit . . . composée pour les matines du petit office de la P<t.ssloii. La lettre initiale D, à l'intérieur de laquelle on voit un tal)leau microscopique représentant Jcsks priant nu jardin des Ôlirieis. a seule été respectée; le reste de 1 écriture a été l'objet d une surcharge barbare.

On ne saurait trop louer la manière dont Jean Fouquet dispose de la nuit: comment, sans rien celer de son ombre, il répand des clartés jusque dans ses profondeurs. On se sent d'abord comme enveloppé d'obscurité devant ce tableau, où tant de figures se meuvent ainsi que dans un songe. Peu à peu, cependant. Vœ'û se fait aux ténèbres et voit clair bientôt au milieu de la nuit: le brouillard se dissipe; la confusion cesse; l'esprit, un moment engourdi, se réveille: la nature et l'homme se dévoilent, tout en s'entourant de mystère; le drame, dont les acteurs apparaissent comme des ombres vivantes, prend une étonnante grandeur.

JÉSUS DEVA.NT l'ILATE

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