L'ASCENSION
L'Ascension.
Voici le récit de saint Luc : « Pendant que Jésus bénissoit ses disciples, il s'éloigna d'eux et il étoit porté dans les cieux (i). » Voici celui de saint Marc : « Et le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut élevé dans le ciel, où il est assis à la droite de Dieu (2). » Voici enfin ce qu'on lit dans les Actes : « Ils le virent s'élever vers le ciel, et il entra dans une nuée qui le déroba à leurs yeux (3). »
Le Sauveur, les mains largement ouvertes pour répandre ses bénédictions, s'élève donc dans les airs, sur un fond de ciel d'un bleu pur et profond. « Et en montant, il étendit ses mains sur ses apôtres et les bénit... » Il est de face, vêtu d'une robe rouge sans ceinture, couverte d'or et tombant en plis droits du haut en bas du corps. Une auréole, irradiée de rayons d'or et dessinant
(1) Luc, XXIV, 51.
(2) Marc, xvi, 19.
(3) Act., I, 9.
les contours de la tête et des bras, semble lui prêter des ailes de lumière et de feu, tandis que, sous ses pieds, un petit nuage blanc frangé d'or rappelle la nuée qui le déroba aux regards des hommes. Malgré l'importance du nimbe et la profusion d'or, cette figure ne prend rien de divin. Douze petits anges, revêtus de la robe blanche d'enfants de chœur et les bras croisés sur la poitrine, sont disposés deux à deux de chaque côté, pour accompagner le Seigneur de leurs adorations naïves. Deux autres se tiennent presque à portée de la terre pour annoncer aux disciples que le Maître qui les quitte ne reviendra plus qu'au jour du jugement (1)... Telle est la partie surnaturelle du tableau, irréprochable sans doute au point de vue de Torthodoxie, mais froidement symétrique et d'une poésie pittoresque assez indigente. Le Christ n'a rien de surnaturel ni de triomphant. Quant aux anges, leur ordonnance est pauvre et leur accoutrement prosaïque. Des enfants de chœur ont leur place à l'éghse ; pour peupler le ciel, ils sont insuffisants. Jean Fouquet nous transportera bientôt dans les sphères célestes avec une richesse d'imagination qu'on ne soupçonne pas dans cette peinture. Si, d'ailleurs, le ciel nous cause ici quelque déconvenue, la terre au moins nous réserve des dédommagements.
Saint Paul raconte qu'un grand nombre de fidèles furent témoins de Y Ascension de Notre-Seigneur : « 11 a été vu par plus de cinq cents frères réunis (2). » Fouquet nous en montre seulement une vingtaine, ce qui est déjà beaucoup pour un aussi
(1) Act., 1, 11.
(2) / Cor., XV, 6.
LES QUARANTE FOUQUET
petit espace. Tous sont debout, en prière et ravis d'extase; tous portent vers le ciel un regard attentif; tous élèvent leurs cœurs vers Celui qui leur a promis place dans le royaume des cieux; tous aussi sont drapés dans de longs manteaux, quelques-uns avec une noblesse d'attitude voisine de la grandeur. Au premier rang se tient la Vierge, presque de prolil à droite, coitfée du voile blanc et du long manteau bleu aux plis d'or. Pâle, les mains jointes et la tète nimbée, son regard est ardemment fixé sur son Fils. L'âme en elle grandit le corps. La têle, aux traits affmés, est d'une exquise délicatesse, porte l'empreinte d'une beauté d'outre-tombe. Cette figure touche à la sublimité; une exaltation la soulève; elle est comme transportée déjà dans les inaccessibles lointains. Derrière la Vierge, est saint Jean, vêtu de rouge; et, derrière saint Jean, Marie- Madeleine habillée de vert et coitîée de cheveux d'or. Du côté opposé, dans un grand manteau jaune aux plis harmonieux et savants, on reconnaît saint Pierre, robuste de corps et désormais inébranlable dans sa foi, la tête fortement charpentée, le crâne largement tonsuré, la barbe blanche coupée en carré. La Mère du Verbe étant seule nimbée, les autres apôtres se confondent parmi les « frères » , et il serait téméraire de les désigner nominativement ici plutôt que là... Remarquons, au miheu de cette foule, une petite éminence naïvement figurée et marquée de deux trous. C'est le roc d'oii Jésus s'est élevé au ciel, et il y a laissé l'empreinte de ses pas. Fouquet n'a eu garde d'oubher ce miracle ; car, de son temps et jusqu'à la fin du seizième siècle, les voyageurs en Terre sainte en mentionnent la trace. Au commen-
cément du tlix-seplième siècle, une de ces empreintes disparut. On accusa les Turcs de l'avoir dérobée pour la transporter dans une de leurs mosquées.
Sur une bande rouge réservée au bas du ta])leau on lit en lettres d'or avec quelques abréviations : ix uj.o tempore recum- BENTiBus XI DisciPULis, APPARuiT u.ijs. C'est Ic Commencement de l'Évangile pour la fête de l'Ascension. Par exception, il n'y a, ni dans la lettre initiale, ni nulle autre part dans cette peinture, aucune trace du chiffre d'Etienne Chevalier.
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La Pentecôte.
D'après l'ordro que leur avait donné Jésus-Christ en montant au ciel, les Apôtres sont retournés à Jérusalem et se sont renfermés dans une maison, où ils ont passé les jours et les nuits en prière. « Et le dixième jour après V Ascension, on entendit tout d'un coup un grand bruit, comme d'un vent impétueux qui venoit du ciel et qui remplit toute la maison où ils étoient assis. En môme temps, ils virent paroître comme des langues de feu. qui se partagèrent et qui s'arrêtèrent sur chacun d'eux. Aussitôt ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler diverses langues, selon que le Saint-Esprit leur ordonnoit de les parler (1). »
Sous le pinceau de Jean Fouquet, l'humble maison s'est transformée en une égdise, dont des marbres rares tapissent le sol et lambrissent les murs. Des arcs ogivaux surbaissés, peints en bleu
(1) Ad., u, d, 2, 3, 4.
et décorés d'arabesques d'or, relient enlre elles toutes les parties d'un faîtage en bois semblable à la coque d'une barque renversée. Des pilastres d'ordre corinthien supportent cette toiture, et des fenêtres rectangulaires sont percées entre ces pilastres. Les ogives rappellent encore le moyen âge, tandis que les ordres classiques qui les portent montrent que la Renaissance italienne a fait valoir aussi triomphalement ses droits. Une abside demicirculaire, couronnée d'une calotte sphérique revêtue d'une coquille, forme la terminaison de ce sanctuaire, au fond duquel se dresse le trône d'or, assez semblable au trône de Dagobert, sur lequel la Vierge, qui préside cette assemblée, est assise dans une immobilité triomphale. Elle est de face, les mains jointes et entièrement enveloppée dans un long manteau bleu tout éclairé de lumières d'or. A ses côtés, sont assis les Apôtres, saint Pierre à sa droite et saint Jean à sa gauche. Ils ne sont que onze et devraient être douze, saint Matthias ayant été choisi quelques jours auparavant pour remplacer Judas (Ij. Le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, plane au-dessus de ce cénacle, et des langues de feu pleuvent sur chacun des Apôtres, les éclairant tous de leurs rayons d'or. Tous alors élèvent haut leur cœur et témoignent, par la ferveur de leur attitude, que leur attente est eniin comblée.
(1) Act.. I, 2G. — Si Foufjuet, dans cette miniature, ainsi que dans la suivante, s'en est tenu pour les Apùtres à ce chiffre de onze, c'est que, pour l'Église du moyen âge, saint Muthias n'était entré que comme une sorte d'assesseur dans le collège apostolique. Le douzième Apôtre était vraiment saint Paul, qui joua un si grand rôle dans la primitive Lglise. Or, au lendemain de l'Ascension et après la Pentecôte, il ne pouvait être question de saint Paul, dont la conversion n'eut lieu qu'une dizaine d'années après la fondation de l'Église de .Jérusalem.