‹ ChantillyChapitre 17 sur 28 · LES OL AKAME FOUQUET · texte numérisé non relu

LES OL AKAME FOUQUET

L'ordonnance de ce lal)leaii est excellente. Sans doute, il eût été plus conforme à la Ici Ire du Nouveau Testament d'entourer ce cénacle de disciples et de saintes femmes (1). Fouquet a préféré concentrer l'intérêt sur les Apôtres et principalement sur la N ierge, qui, jusqu'à sa moi'l. fut l'âme du collège apostolique. Entre le miracle et ceux (pii en sont l'objet, il n'y a d(^ place ainsi que pour le recueillement. L'Eglise, en cet instant, descend du ciel, ainsi que le dit saint Jean dans son Apocalypse; Jésus-Christ, Pontife éternel, bâtit un temple à la gloire de son Père, et institue les ministres qui le rendront indestructible. Tel est le mystère ; il est traduit, dans la peinture de Fouquet, avec autant de clarté qu'en comporte un mystère.

Sur une bande rouge qui s'étend au bas de cette peinture, on lit en lettres d'or, avec quelques abréviations : deus in adjutoliU M MEi M INTENDE DOMINE AD adj(uvandu.m). C'est le Commencement d'une des Heures pour l'office de la Vierge. Sur le fond vert qui remplit 1 intérieur de la lettre initiale D, on trouve, comme toujours, les initiales d'Etienne Chevalier.

(1) Act., I, 14.

LA MISSION DES AI>nTHES L UNITK DU MINISTÈRE APOSTOLIQUE

La mission des Apôtres et l'unité du ministère apostolique.

Le texte des Heures n'étant plus là pour nous renseigner, cette peinture laisse prise à une certaine indétermination. Comme elle vient après celle qui représente la Pentecôte, on songe à la Séparation des Apôtres, dont la fête était célébrée le 15 juillet au temps de Jean Fouquet, et l'on pense que les Apôtres sont tous ici réunis afin d'affirmer, au moment de cette séparation, l'unité du ministère apostolique. Jésus-Christ leur avait dit : « Allez et enseignez toutes les nations; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit... Pour moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. » Et, pour démontrer l'unité de leur foi, ils tirent d'une même source l'eau de l'universel baptême, tandis qu'une même lumière venue d'en haut darde sur chacun d'eux les mêmes rayons d'or.

Les Apôtres ne sont encore que onze dans ce tableau, saint

Pierre en tête, à gauche du spectateur, tous debout autour du

bassin d'une fontaine, dont les jets tombent sur les têtes des

catéchumènes agenouillés. Cette fontaine, décorée de trèfles et d'ogives, appartient au moyen âge, mais le portique auquel elle est adossée relève de la Renaissance italienne, qui en a emprunté les éléments à l'antiquité classique. Des pilastres cannelés d'ordre corinthien, encadrant des panneaux de marbre et de lapis-lazuli, soutiennent un entablement, dont la frise est décorée de guirlandes et de bucranes, et dont la corniche supporte deux groupes composés chacun de deux génies ailés tenant de grands écus roses, entremêlés de lauriers et portant les chiffres d'Etienne Chevalier. Au milieu et au plus haut de l'azur du ciel qui couronne ce portique, flambe le feu divin, dont les rayons d'or se répandent sur les Apôtres... Les dalles de marbre qui forment le pavement de la cour sont marquées des chiffres du trésorier de France EC, comme toujours indéfiniment répétés. Si Jean Fouquet s'est souvenu de l'Italie dans la partie décorative de cette peinture, c'est avec une clarté toute française qu'il a ordonné ses figures et composé son tableau.

Une bande bleue s'étend au bas de ce tableau, et sur cette bande se lit encore le deus in adjutorium meum intende domine ad adju(vandum), avec les lettres E C écrites en or sur le champ vert de la majuscule D.

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