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I/INÏROMS \TION 1)K LA VIRHGE
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L Inlmiimtim de la Vierge.
La Vierge, après avoir été couronnée par son Fils dans l'inaccessible sanctuair-e de la Trinité sainte, prend possession de son trône devant la cour céleste, au grand complet rassemblée. « Le ciel, aussi bien que la terre, a ses solennités et ses triomphes, ses cérémonies et ses jours d'entrée, ses magnificences et ses spectacles, et Fcxaltation de la Sainte Vierge dans le trône que son Fils lui destine doit faire un des beaux jours de l'éternité (1). » Jean Fouquet en a fait la plus belle des peintures du livre iY Heures d'Étienne Chevalier.
Au plus haut du ciel, au milieu d'un cercle rayonnant de lumière et entre les symboles des quatre évangélistes (2), s'élève, sur une estrade exhaussée de trois marches, le triple trône couronné de clochetons gothiques où siègent, vues de face, les trois
(1) BOSSCEÏ.
(2) L'ange de saint Matthieu, le lion de saint Marc, le bœuf de saint Luc et l'aigle de saint Jean.
personnes de la Trinité, semblables entre elles, jeunes toujours toutes trois d'une jeunesse éternelle, vêtues de blanc, bénissant de la main droite et tenant de la main gauche le globe terrestre, telles enfin que nous les avons vues dans le Conronnciiicnt de la Vierge. Sur la même estrade et sur tin trône placé perpendiculairement aux trônes de la Trinité, la A'ierge est assise de protil à droite, la tête nimbée et le front ceinl d'une couronne d'or, les mains jointes et les cheveux dénoués sur le long manteau blanc qui l'enveloppe tout entière. Elle est là comme le recours des pécheurs auprès du tribunal suprême, et I on sent, à la manière dont le Père, le Fils et le Saint-Esprit la regardent, que toute cause qu'elle défend sera cause gagnée. Cette Vierge divinisée, Notre-Dame du Paradis, svelte, élégante et nous pénétrant de sa grâce, inséparable désormais des trois personnes divines, est admirablement faite pour réjouir les hommes et les anges. Une lumière en émane, qui se répand sur les élus. Et ce spectacle est d'une grandeur religieuse d autant plus saisissante qu'il s'éloigne de nous davantage, et que ses dimensions matérielles deviennent moindres par suite de l'énorme hauteur d où il nous domine. « Regarde les cercles jusqu'au plus éloigné, dit saint Bernard à Dante, jusqu'à ce que tu voies le siège de la Reine à qui ce royaume est soumis et dévoué (1). »
Ce cercle, dont la lumière est telle que tout, même dans le ciel, paraît ubscui- en dehors de lui, est entouré de chérubins qui, de leurs ailes enflammées, lui foid un inviolable rempart.
(1) Pamdiso, canlu xxxi, v. 115.
LES QUARANTE FOUQUET
Puis ^ iennenl les anges en nombre incommensurable , dont les silhouettes d'or s'arrangent en cercles concentriques sur le bleu foncé du firmament. Ils se fondent par des gradations d'une délicatesse infinie jusque dans la foule des saints, assis de chaque côté comme des ombres heureuses au milieu d'une atmospbère d'or, sur des nuages d'azur disposés en gradins. Patriarches, prophètes, apôtres, confesseurs, papes, évéques, vierges martyres, toutes les grandeurs, tous les liéroïsmes et toutes les vertus ont été conviés à cette solennité; ils se baignent dans le mystère et sont rassasiés de délices. Sur les nuages, enfin, qui s'étendent au bas du tableau, les Bienheureux, de formes plus tangibles, sont deljoul. la tête et les yeux levés vers le glorieux trùne. Du point où ils sont, le spectacle divin semble fuir, enveloppé de mystère et de grâce. La Vierge leur apparaît comme une kiinière (|ui brille au sein de l'éternité, comme une fiamme qui brûle devant la face de JJieu. Ils ne peuvent la suivre à de telles hauteurs et n'en demeurent pas moins ravis de béatitude, tout entiers suspendus à la céleste vision, « allant avec leurs yeux comme quelqu'un qui va d'une vallée à une montagne, et tixant leur âme au centre du cercle qui surpasse en clarté tous les autres (1) ».
Ce que Dante a si admirablement chanté, .Jean Fouquel. qui peut-être ne connaissait pas la JJicine Coiiéédie, l'a peint ici de main de maître. Cette peinture louche au sublime.
(1) ParaïUso, canto xxxi, v. 121.