M|ARTVRK DE SAINT ÉTIENNE
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Le Martyre de saint Étienne (1).
Peu de temps après avoir reçu le Saint-Esprit, les Apôtres s'adjoignirent douze diacres pour les aider dans leur apostolat, et à la tête de ces diacres ils placèrent saint Etienne, qui fui animé soudain d'une telle foi et soulevé par un tel enthousiasme, que les conversions se firent en masse autour de lui. Accusé devant le grand prêtre d'avoir blasphémé contre Dieu et contre Moïse, il fut condamné à être lapidé et subit le martyre l'an 33 ou 34 de Jésus-Christ. Ce fut le premier martyr chrétien... Voici le tableau de Jean Fouquet.
Saint Étienne, en costume de diacre, est à genoux au milieu du premier plan, les bras et les mains ouverts dans l'attitude de
(1) Dans les Heures d'Étienne Chevalier, outre les tableaux tirés des Évangiles et des apocryphes, il y a des peintures consacrées aux saints. Douze d'entre elles se trouvent dans la collection de Monsieur le duc d'Aumale; deux sont au IVIusée du Louvre; une est à la Bibliothèque nationale et une autre au British Muséum. D'autres encore seront peut-être découvertes un jour. Dans ceux de ces tableaux que nous avons à décrire, nous suivrons l'ordre chronologique. Nous commencerons donc par celui qui représente le Martijre de saint Étienne.
Vorante. la tète déjà saignante, les traits remplis d'ardeur et les yeux levés avec extase vers le ciel, où la Trinité lui apparaît dans un soleil d'or (1). A ses côtés se tiennent les deux bourreaux armés des pierres dont ils vont le frapper. Ces bourreaux sont les contemporains du peintre, leurs costumes lïndiquent : l'un, babillé mi-partie jaune et bleu, est le serviteur piihlir: l'autre, vêtu de chausses rouges et d'une veste bleue, est le miet de cille. Derrière le premier, un jeune homme, vêtu d'une robe bleue bordée d'hermine et coiffé d'un bonnet rouge, est assis sur un tertre et excite les bourreaux contre la victime. On sait que Saul, qui devint saint Paul, fut le plus acharné des accusateurs de saint Etienne, et l'on pense que le peintre a voulu le représenter dans ce jeune homme. La draperie sur laquelle il est assis rappellerait le vêtement dont l'exécuteur se dépouilla et que. d'après les Acies, il se chargea de garder pendant Texécution f2). Le peuple, enfin, fait cercle au second plan. Quant au paysage qui forme le fond du tableau, il n'a rien d'oriental et ne rappelle en quoi que ce soit Jérusalem. C'est encore un coin de cette Touraine, si bien nommée le « verger de la France », et si souvent pourtraieitirce par Fouquet en vive et fidèle semhlance. N'est-ce pas la Loire qu'on voit ici couler paisiblement au pied des collines qui ferment l'horizon, et n'est-ce pas un château fort du temps de Charles YII qui, du haut de ses tours, regarde passer le fleuve?... Ce qui domine dans ce spectacle où la violence et l'agitation seraient de commande,
(1) Act., vu, 55.
(2) Act., vu, 57.
LES QUARANTE FOUQUET
c'est le calme des attitudes et la bienveillance des physionomies. La foide. ([ui. 'd'après les Actes, se montra furieuse jusqu'au délire, est ici paisible et compatissante. Les bourreanx euxmêmes accomplissent avec résignation leur œuvre sanguinaire. Au lieu de s'être dépouillés de leurs vêtements, comme le disent les historiens sacrés, ils restent correctement vêtus, comme pour nous donner le loisir d'étudier leurs costumes. Il y a de la douceur dans le ciel et du recueillement jusque dans la nature. Jean de Fiesole n aurait pas été plus attendri en présence d'un semblable sujet.
Ce tableau n'occupe guère que la moitié de la feuille. La partie inférieure, qui devait porter un texte avec des sujets accessoires, a été coupée et repeinte entièrement. Tout y est suspect, en effet, aussi bien les berceaux et les fleurs que les ligures burlesques de la bucolique en camaïeu d'or.
WMII