JEAN FOUQUET
Le plus ancien des peintres IVaneais qui se rencontrent dans la galerie de Chantilly est Jean Fouquct, Il nous transporte en plein quinzième siècle, dans ce quattrocento où l'Italie d'abord, la Flandre ensuite, nous ont ravis déjà par d'admirables œuvres (1). Nous sommes au temps de Charles VII, au lendemain de Jeanne d'Arc, à la veille du jour où la fiiria francese va nous égarer et presque nous perdre. La France qui, après la guerre de Cent ans, venait de se reprendre corps et àme, voulait un art qui fût vraiment à elle, le cherchait et était en train de le trouver, quand l'Italie, un moment conquise, vint la conquérir à son tour. Mais, de ces conquêtes réflexes, Fouquet n'a pas eu le pressentiment : il n'a rien entrevu des prochaines abdications de nos peintres. S'il a été en Italie et s'il en a subi le charme, il n'en a pas accepté le joug. Son œuvre est faite tout entière d'indépendance, d'émotion, de sincérité. Il voit le but, sans rien
(1) Voir La peinture au cliâteau de Chantilltj. Écoles étrangères.
découvrir des [liôgcs daiis lesquels nous allions bienl(M tomber. Quel rang lui faut-il assigner dans la hiérarchie de nos peintres? Assurénuinl un des premiers. C'est à (dianlilh . sui lout. (ju'on s'en peut convaincre.
Jean l''(»U(|uel Ti'a [>as d'hisloire: dm n en a pas moins beaucou[» écril sur lui ( I ). ('e ([ui resb' de ses «euvres forme le monuuieut le yjlus iniporlanl de la peinlure franeaise au quin- /.ième siècle. La dale do sa naissance i.'st inconnue: chacun peut clioisir celle ([ui lui convient enirc 1410 et 142."). 11 était Tourangeau; aussi la Aille de Tours el les paysages de la Touraine reparaissent-ils à chaque instant sous son pinceau. Tours était alors le centre du royaume; le roi ik Bourges s'y trouvait chez lui. Comme peintre. Fouquet descend des maîtres de Bruges; mais, en s"appropriant leur naturalisme, il en fait, dans cette Touraine si bien nommée le « verger de la France », le miroir des Frurirais du rui/auiin'. L'Italie el la Renaissance italienne ont eu prise aussi sur sa manière de Aoir. Si les lourdes coiffures et les manteaux fourrés de nombre de ses ligures témoignent de l'art flamand acclimaté en liourgogne d'abord, puis en France et dans une partie de l'Occident civilisé, c'est à Rome, à la Toscane et à l'Ombrie. qu'il a emprunté ses portiques, ses pilastres fleuris, ses rinceaux, ses dômes et ses théories d'anges.
Des œuvres de la jeunesse de .lean Fouquet, on ne sait rien
(1) Léon de Laborde, de Bastard. de Montaiglon, Yallet de Viriville, MM. Henri Houchol, P. Durrieu, André Michel, etc.. lui ont tour à tour consacré leur érudition.