L'ANNONCIATION
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L'Annonciation.
Au point de vue chrétien, le monde surnaturel tout entier prend sa source dans l'Annonciation. En présence du dogme de l'Incarnation du Verbe, les peintres du quinzième siècle, ne tenant aucun compte de la vraisemblance, firent appel à leur imagination pour trouver un lieu dont la magnificence fût digne de contenir un aussi merveilleux événement. L'humble demeure de Nazareth s'agrandit et se transforma devant eux. Il n'y eut point d'ogives assez riches, de cintres assez purs, d'oratoires assez ornés, de portiques assez élégants, de palais assez grandioses, pour al)riter une pareille scène. C'est ainsi que, sous le pinceau de Fouquet, l'Ange de l'Annonciation apparaît à la Vierge dans la Sainte-Chapelle de Paris, au milieu de toutes les élégances de l'art ogival au plus beau temps de son histoire (1). Au fond du sanctuaire, l'autel, recouvert d'une nappe blanche
(1) On pourrait peut-être nommor ici la Sainte-Cliapelle Je Bourges, aussi Lien que la Sainte-Chapelle de Paris.
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frangée d'or et garni d'nn devantier en velours bleu semé des chiffres d'Étienne Chevalier E C ; un peu en arrière de cet autel, un grand reliquaire, monté sur quatre colonnettes, et rappelant peul-êlre celui qui contenait les saintes épines et le morceau de la vraie croix; suspendu au-dessus de ce reliquaire, un dais carré de couleur verle, et, pendant également de la voûte au-dessous de ce dais, une large couronne lumineuse, qui répand sur les saintes reliques ses trente-trois llammes vacillantes. Pour donner un semblant de vraisemblance à un pareil décor à propos de YAnnonciatloit, Fouquet a mis la statue de Moïse au-dessus de l'autel, et les statues des i»atriarches et des prophètes sur des colonnes torses au-dessous des verrières. Dans cette mignonne Sainte-Chapelle aux nervures et aux chapiteaux d'or, l'atmosphère, pour envelopper le mystère de l'Amour, semble s'être saturée d'innocence.
La Vierge, vêtue d'une robe et d'un long manteau bleus aux plis d'or, est assise sur un tapis en brocart d'or, qu'encadre une bande verte décorée de caractères indéchiffrables. Sa tête est nimbée, et ses longs cheveux d'or se déroulent sur ses épaules. Elle lisait les Ecritures qui sont éparses à ses côtés, quand lui apparaît le divin messager. Alors, laissant les Livres saints, ses mains se joignent, tandis que sa tête s'incline avec soumission, « et dans son attitude est exprimée cette réponse : Ecce ancilla Domini... (1) M. — Fléchissant le genou devant Marie, se tient
Ed avea in atlo impressa esta favella :
Ecce ancilla Dei
(Uaxte, Panjutorio, canto x, v. 43.)