‹ ChantillyChapitre 7 sur 28 · VISITATION · texte numérisé non relu

VISITATION

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La Visitation.

La Vlsiiation suit immédiatement V AiinonciatioiK « Marie, qui porte la grâce avec Jésus-Christ clans son sein, est sollicitée par son divin instinct à l'aller répandre dans la maison de Zacharie, où Jean-Baptiste vient d'être conçu (l). »

Jean Fouquet, dans la composition de son tableau, a suivi la tradition que la Renaissance avait recueillie du moyen âge. D'un côté, dans Elisabeth, il a montré l'humble étonnement d'une âme que Dieu attire (2); de l'autre côté, dans la Vierge, il a fait voir la paix d'une âme que Dieu possède (3)... La Vierge, les l»ras tendus vers Klisabeth, n'a pas encore prononcé les paroles du Magnificat. Elle est enveloppée, comme précédemment, de

(1) BossuET, Élévations sur les mystcres, \\\' semaine, 1'- IHov.

(2) » D'où me vient ceci que la Mère de mon Seigneur vienne à moi?... Silul que la voix de votre salutation est venue à mes oreilles, l'enfant que je porte a tressailli dans mon sein... » (Luc, i, 43, -ii )

(3) t Mon àme glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur, jiarce qu'il a regardé la bassesse de sa servante... » (Luc. i. R), 47 )

draperies bleues aux plis d'or; ses épaules sont décolletées, et son attitude est humble; son front est très élevé, elle a les yeux baissés; sa tête est nimbée, ses longs cheveux d'or sont dénoués sur son dos en signe de virginité . Tout se tait en elle et autour d'elle, et prélude par un grand silence au chant de la maternité divine. \'is-à-vis d'elle. Elisabeth, vêtue do rouge et enca[uichonnée de blanc à la manière llamande, veut toucher de ses mains le sein béni qui est le temple vivant du Sauveur, et apporte dans son geste un respect mêlé de crainte. La Vierge et sainte Elisabeth, voilà les deux seules figures que l'Évangile met en présence l'une de l'autre dans la Visitation. Jean Eouquet ne s'en contente pas; il fait intervenir Zacharie, et place même, à la droite du grand prêtre, une servante habillée de rose et de vert, et coifïée du gros ballon blanc à la mode française du quinzième siècle. Cette servante, qui tient un balai, n'est pas faite pour rehausser un semblable sujet ; mais son balai ressemble à un fuseau d'or, son costume est tout chatoyant d'or aussi, et d'or également sont ses souliers qui découvrent ses bas rouges; de sorte que cette humble figure est là comme un joyau complémentaire introduit dans l'écrin (jui contient déjà de si belles parures .

Jean Fouquet, nous l inons vu déjà, était resté sous le charme des élégances italiennes. Rien d'étonnant, dès lors, ([u'ilail appelé à son aide la Renaissance et l'antiquité pour glorifier la rencontre de Marie et d'Elisabeth... La scène se passe en avant d'un temple tétrastyle, dont l'entablemenl, surmonté d'une corniche dorée, est porté par quatre colonnes en lapis-lazuli. On lit, sur la frise,

LES orAIlAME FOUQUET.

le nom de maimuk f.siœnm: ciikvai.ikh. cl l'on M»il, dans Ja partie postcriourc de l'rdifioo. nn l)as-r(di('f on bronze doré représentant saint Zacliaric que les bonrreanx assomment à coups de bâton. (Test ainsi que les Juifs le martyrisèrent, furieux qu ils fur(Mil de lui entendre annoncer la venue du Ab^ssie. Au fond, à gauche, un jtuits, d'où un scrvileur lire un seau d'or, et sur la marfiellc duijuel uu enfant, s'appuie de ses deux bras. Derrière ce puils, uu mur d'enceinte, avec une porte ouverte sur une allée plantée d'ifs semblables à des cierges, ainsi que les qaallrocciili.sti en peignaient alors dans leurs tableaux. Au-dessus de la crête dorée de ce mur, on aperçoit une rangée de colonnes en porpbyre, dont les chapiteaux supportent les statues d'or des prophètes. Entin, sur le dallage de marbre de cette demeure enchantée, le chiffre d'or d'Éticnne Chevaher toujours et à chaque instant répété. Jean Fouquet a prodigué à l'excès, dans ces peintures, le nom et le chiffre du trésorier de France. Sans doute il était sûr de plaire en agissant ainsi.

Sur une bande d un gros bleu disposée au bas de ce tableau, on lit en lettres d'or : deys in adivtorivm mevm intende domine ad ADivvANDVM. Et cncorc les lettres E C enlacées sur fond vert dans le D majuscule.

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