NAISSANCE DE SAINT JEAN-BAPTISTE
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Naissance île saint Jean-Baptiste.
La Vierge a-t-plle assisté à la naissance de saint Jean-Bapliste ? Saint Lue ne le dit pas. Il indiquerait même le contraire, quand il écrit à propos de la Visitation : « Marie demeura environ trois mois dans la maison d'Elisabeth ; et elle retourna dans sa maison (1). » Mais les évangiles apocryphes n'ont pas la concision de l'Évangile, et les peintres peuvent y puiser à leur gré. C'est ce qu'a fait Jean Fouquet, en introduisant la naissance de Jean-Baptiste dans l'histoire même de Marie. 11 a montré le précurseur, au moment où il vient au monde, récevani du Verbe, qui est incarné dans la Vierge, « la première touche de la grâce (2) ». Sainte Elisabeth, dont on ne voit que la tête encapuchonnée de blanc, est couchée, bordée et comme ensevelie dans un grand lit à baldaquin carré, dont la courtine blanche est marquée des inévi-
(1) Luc, I, 56.
(2) BossuET, Élévations sur les mystères, XIY' semaine, 1" Élév.
tables E C plusieurs fois répétés et réunis par un nœud (1). Adossée à ce lit, qui occupe presque toute la largeur du tableau, et assise sur un tapis rouge au milieu du premier plan, la Vierge tient dans ses bras le nouveau-né. Sa tète est nimbée d'or; un voile blanc couvre ses cheveux et descend sur ses épaules, tandis que le grand manteau bleu que nous lui avons vu déjà l'enveloppe encore ici tout entière. Que de douceur et que de tendresse dans cette simple figure! Devant elle, une servante vêtue de rouge prépare le bain dans un cuvier; d'une main elle verse l'eau, et de l'autre elle la tâte. Une autre servante, debout devant une grande cheminée dont le manteau est garni d'un lambrequin rose toujours marqué des initiales E C, fait chauffer les langes. De l'autre côté du lit, une matrone, faisant office de garde, se penche vers l'accouchée, dont elle arrange les draps. A sa gauche, cinq jeunes femmes, à l air affairé, sont coiffées de bonnets en forme de ballon; l'une d'entre elles avale un breuvage pour se réconforter. Au pied du lit, enlin, est assis Zacharie, admiraljlement drapé dans un grand manteau jaune aux plis d'or. Sur des tablettes que supportent ses genoux, il écrit le nom qu'il veut donner à son fils : Joannes est nomen ejus (2). Zacharie, cependant, ne manifesta ainsi sa volonté que huit jours après la naissance de son fils; mais l'artiste a usé de son droit en réunissant dans un seul tableau les faits successifs d'un même évangile. Dans ce Zacharie, il n'est pas invraisem-
(1) Ces deux lettres fornieat ua chitïre qui est resté dans les armes de la famille Chevalier. (La Renaissance des Arts à la cour de France, par le comte DE Laborde, t. I, p G93, note 2 j
{2) Luc, I, 59, 60.
LES QUARANTE FOrOT'ET. 37
l)lal)li' (le \<>ir un porliail. l'oiMiucI atiia |H'iiil là sui- le \if quelque duclrui' (Ui (juclque lioiuinc de lui de sou It^ups.
Au-dessous de ce taldeau. Kouquet a rései \é un espace rectangulaire dont il a fait deux [lai ls : dans l'une, qui est encore intacte, il a [leiul en bleu la lellre initiale P. à l'intérieur de laquelle il a placé, en camaïeu d'oi', uu soldai acerou[)i tenant un écu sur lequel soni encore les lettres E C; dans l'autre, il a\ait dû écrire les premiers mots de l'antienne de Magnificat aux secondes \'èpres du -l'i juin (fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste) : Plier qui iiaiiis l'si iiohis, plus qnani prophcta, vie. ( 1 ). A ce texte, une main sacrilèi^e et relativement moderne a substitué une petite peinture représentant l'Agneau pascal entouré d'une couronne de fleurs. Cette mutilation, que nous retrouverons sur dix-neuf des Quaranlc Fouqiiet qui font l'objet de celte étude, paraît avoir été commise à la fm du dix-septième siècle. Le barbare qui sépara les miniatures du texte voulut alors sans doute y effacer toute trace d'écriture, afin de leur donner plus complètement i l'apparence de tableaux... Au-dessous de ce rectangle, deux anges, vêlus de robes d'un jaune paie et pourvus d'ailes d'un vert cru, tiennent trois petits bas-reliefs d'or formant triptyque : la Prédication de saint Jean-Baptisle, le Baptême du Christ et la Décollation du précurseur. Dans cette partie secondaire du tableau, le goût italien reprend ses droits.
Celte peinture, plus que les précédentes, montre Jean Fou-
(1) C'est au R. P. C. Cahier, dont la science liturgique a été inépuisable, que nous empruntons la restitution des textes sacrés dans ceux des Quarante Fouquet qui offrent la même disposition et la même mutilation que la présente peinture. (L'Œucre de Jettan Fouquet. Paris. Curmer, MDCCCLXYII.)
quet libre do toule influence étrangère. Il y est plus exclusivement lui-mrme et plus complètement dominé par le goflt de sa race. Nombre de détails d'une familiarité bourgeoise, dont on trouve, d'ailleurs, de fréquentes analogies dans les Flandres, affectent ici un caractère de bonhomie vraiment français. L'ameublement, les tentures et le dallage de la pièce, le lit et les courtines qui le garnissent, la cheminée avec sa crémaillère et son lourd chaudron, la coupe des robes et la forme des bonnets font du fait évangélique une scène vécue sur les bords de la Loire en plein quinzième siècle. Il y a là sans doute quelque chose de plus prosaïque, de moins noble et de moins pompeux que dans la plu[)art des tableaux de la même suite étudiés par nous jusqu'ici, mais quelque chose aussi de plus tendre et d'une intimité plus touchante.