‹ Chants armoricains, ou Souvenirs de Basse-BretagneChapitre 3 sur 79 · LE REPOS · texte numérisé non relu

LE REPOS

Je ne rencontre plus l'animal intrépide Qui brave le chasseur et résiste à ses traits.

Ces ombres , ces esprits , noirs enfans des ténèbres , Qui troublaient la colline , ont fui devant mon bras ; a Je n'entends plus leurs cris ni leurs sanglots funèbres, Je les appelle encore , ils ne répondent pas.

L'Elorne roule en vain son onde menaçante , 3 Je n'ai pas redouté ses bonds et ses efforts ; Mon front brisant la vague au loin retentissante , J'ai vaincu sa fureur et j'ai gagné les bords.

Quand le Taureau grondait je n'ai pas fui l'orage , 4 J'ai lutté sans effroi contre le tourbillon ; La trombe , noir siphon , appelait le ravage , Et je suis resté seul au milieu du vallon.

L'Armorique n'a plus d'ennemis à combattre, s Allons chercher ailleurs des coeurs dignes de nous Si nous trouvons le bras qui puisse nous abattre, Nous le proclamerons le plus vaillant de tous.

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1 Vois, la rouille a rongé la pointe de la lance, La poussière a terni l'éclat du bouclier.

Les Celtes , qui d'abord combattaient nus , avaient pris des Romains l'usage du casque , de la cuirasse et du bouclier.

* Ces ombres, ces esprits, noirs enfans des ténèbres, Qui troublaient la colline , ont fui devant mon bras.

Ces antiques croyances vivent encore en Basse -Bretagne ; chaque vieux château, chaque colline, chaque pierre, a son spectre ou son génie. Voici quelques unes de ces traditions. Au château de Tonquedec , manoir abandonné des environs de Lannion, on aperçoit une jeune fille vêtue de

blanc , se promenant sur les ruines ; ce n'est pas la nuit

qu'elle apparaît, mais quand le soleil brille ; on la voit alors

de fort loin: dés qu'on approche, elle s'éloigne.

Dans un autre château du voisinage , au fond d'une citerne desséchée, est un objet d'une blancheur éblouissante, qui change continuellement de place. Un jour, dit-on, on

y trouva le squelette d'un enfant , et l'on saisit un animal blanc, dont les yeux avaient un éclat extraordinaire; il refusa de boire et de manger, et disparut tout à coup entre les mains de ceux qui l'avaient pris.

Prés de Carhaix , le cbâteau de Prévasy fut long-temps babilé par un esprit doux et poli envers les femmes , mais qui ne pouvait souffrir les hommes. Les lutins de Prévasy ont été un sujet de conversation dans toute la Bretagne.

A Penanru , prés Morlaix , on entend quelquefois un bruit semblable à celui que produirait un marteau sur une pierre ; on dit que c'est un esprit qui rend ces sons , on l'ap- » pelle le casseur de pierres.

3 L'Élorne roule en vain son onde menaçante.

L'ÉLorne, rivière du Finistère.

4 Quand le Taureau grondait , je n'ai pas fui l'orage.

Le Taureau. 11 y a plusieurs rochers de ce nom ; l'un, sur lequel est bâtie une prison d'état , est à l'entrée de la rade de Morlaix , l'autre sur la côte de Léon.

5 L'Armorique n'a plus d'ennemis à combattre.

Armorique y ancien nom de la Bretagne celtique ; ce mot signifie côte de la mer. (Daru, t. I, p. 14.) Dans le département du Finistère, entre Sainl-Pol-de-Léon et Brest , un petit cap porte encore le nom de Poinle de V Armorique .

H& plainte.

Entendez-vous sur la vague lointaine , Entendez-vous ce cri de mort?

C'est l'héritière de Molène ■ Que l'on entraflfe loin du port.

Le roi de la rive étrangère , Quand il apparut parmi nous , Vint l'arracher aux baisers de sa mère , Et lui dit : « Je suis ton époux. »

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Depuis ce jour, qu'elle a versé de larmes , La noble fille des héros !

Et nous sommeillons sur nos armes , Et nous écoutons ses sanglots !

Eh quoi ! l'espérance du brave , Du chef qui dirigeait nos pas, Le sang de Grallon est esclave , * Et nous ne le vengerons pas?

L'aigle étonné prête l'oreille,

En vain il attend le signal ;

Son oeil perçant, qui toujours veille ,

Eclaire l'antre de Klarmal. 3

Henn , agitant sa blanche chevelure ,4 Contre nous invoque les dieux ,

Et dans l'antique sépulture Il va réveiller les. aïeux. s

Ou sont donc les enfans d'Armore? 6 Où sont ces guerriers menaçans?

Lorsque la vierge les implore , Seront-ils sourds à* ses accens?

Toi , chef , elle était ton amante , Elle chérissait ta valeur ; Elle t'appelle , et l'épouvante Enchaîne encor ton noble cœur!

Quel est ce héros si terrible Qui te fait tressaillir d'effroi?

Son bras serait-il invincible?

Est-il donc plus vaillant que toi?

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