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On t'a dit que sur sa poitrine Le glaive s'était e'mousse :
Le chêne couvrait la colline, a l'a terrasse.
1 C'est l'héritière de Moléoe.
Mo Une. 11 y a deux iles de ce nom ; Tune vis-à-vis de Brest, à peu de distance d'Ouessant ; l'autre près de Tréguier .
a Le sang de Grallon est esclave.
Grallon, roi breton qui vivait en 434.
3 Son œil perçant , qui toujours veille , Eclaire l'antre du Rlarmal.^
Alarmai, entre Saint -Pol- de -Léon et l'anse de Goulven. Aujourd'hui il n'y a qu'un moulin.
4 Henn, agitant sa blanche chevelure.
Verni, en breton , très âgé, vieillard. Voir la grammaire celtique de Rostre neo, édition de Brest. Le caractère disque-
tif des Gaulois et des Celtes était la longue chevelure. La Gaule celtique s'appelait G allia comata. Goualth en gallois signifie ehevehtre , comme gualtog , en bas-breton , chevelu. Les Galates ou Gaulois tirent peut-être leur nom de ces deux mots.
5 Et dans l'antique sépulture 11 va réveiller les aïeux.
Les Bretons ont un grand respect pour les morts et pour les usages de leurs aïeux . Dans quelques cantons du département du Finistère , on ne donne jamais un coup de fouet aux chevaux qui traînent un corbillard ; s'ils s'arrêtent , on attendra qu'ils se remettent en marche, et l'on tâchera seulement de les y déterminer par des paroles. La veille des Morts, on sert la table avant de se coucher, on y pose des vases remplis d'eau fraîche ; on place des chaises autour du foyer, afin que les aïeux puissent manger, boire et se réchauffer, et l'on ne balaie pas la cuisine, de peur de les déranger : on cherche encore leurs ombres dans les nuages ; en 1 823, lors de la mort de 1 evèque de Quimper, les paysans des montagnes d'Are crurent pendant plusieurs jours le voir errer dans les nuées. On les rencontrait en troupes, les yeux levés vers le ciel et poussant des cris chaque fois qu'ils croyaient le re connaître.
On conserve la télé des parens dans des reliquaires qui ont la forme <Fune petite maison , et qui sont rangés dans un lieu apparent de l'église ou du cimetièçe. Dans toutes les paroisses de campagne tous voyez un grand nombre de ces têtes. Quelquefois il y a un lieu destiné à ce dépôt : ou le reconnaît par des os enchâssés dans la maçonnerie. Les crânes des Bretons sont en général durs et épais. Peut-être cela provient-il de l'usage de porter des fardeaux sur la tête.
Il faut qu'un Breton soit bien pauvre pour que ses parens ne couvrent pas son corps d'une pierre où sont inscrits son, nom, ses qualités et le jour de sa mort. Un trou est au pied, et contient de l'eau bénite. Vous voyez quelquefois une famille entière .réunie sur une tombe. Après avoir fait prier les enfans , on leur présente à boire et à manger.
Il est des cantons où les mœurs sont absolument ce qu'elles étaient il y a trois siècles ; partout on rencoutre des usages bizarres; la religion même, malgré les efforts du clergé éclairé , n'y est pas exempte d'une teinte de superstition»
A Quimperley , comme en plusieurs autres endroits, il y a dans l'église des châsses posées très bas; on passe dessous, en se traînant sur le ventre , et il faut se faire arracher quelques cheveux par les clous.
Le droit de porter les reliques ou la bannière à la procession se vend à l'enchère dans l'église même.
A Ploujean , pendant la messe, un bedeau va présenter une quenouille couverte de lin à Tune des filles de la paroisse; le dimanche suivant elfe rapporte le fil du lin et la quenouille avec un lin nouveau ; depuis des siècles cette quenouille est toujours garnie.
On passe les enfans et les jeunes fiUes dans la flamme du feu de saint Jean : cela les préserve de mal , et leur porte bonheur.
On offre à tel saint du lin , à tel autre du beurre , des volailles vivantes ; on les lui apporte dans l'église.
On fait tourner les enfans autour de la statue de sainte Théque, commune de Plébére, pour leur fortifier les jambes.
Dans certaines circonstances on boit de l'eau bénite. Une pauvre femme, scandalisée desjuremens continuels des soldats qui logeaient chez elle ,.leur faisait la soupe avec de l'eau bénite pour les convertir.
On honore en Bretagne une foule de saints inconnus ailleurs : saint Ouardon , saint Quenat , saint Eflam , et beaucoup d'autres. On prétend qu'ils ont passé la mer dans des auges de pierre, on en montré encore plusieurs ; ce sont les tombeaux dans lesquels ils ont été apportés d'Angleterre* Comme dans nos anciens mystères, on les fait quelquefois paraître en public. Dans une foire de village, un charlatan
montrait sur la place des marionnettes représentant la vie d'an saint; chaque fois qu'il répétait son nom, il ôtait son chapeau, la foule l'imitait dévotement. Quand le saiut parut, les autres marionnettes s'agenouillèrent , et tous les spectateurs en firent autant.
Dans la commune de Tredarsek est une église de saint Nicolas; à l'entrée est un petit saint Nicolas de bois attaché à une corde. Le jour de la fête, les personnes attaquées de douleurs vont prendre le saint et lui font toucher la partie malade.
Il y a trois pèlerinages fameux en Basse-Bretagne. Notre- Dame d'Auray, Notre-Dame de Ballotte , et Saint-Jean-du Doigt. Tout Breton doit y aller au moins une fois en sa vie s'il ne veut pas être obligé de le faire après sa mort , et alors il ne pourra avancer par jour que de la longueur de son cercueil. Celui qui ne peut s'acquitter Jui-roéme de ce devoir, paie quelqu'un pour y aller à sa place ; on y va pieds nus, et quelquefois en chemise. Dans toutes les églises fréquentées des pèlerins, on trouve des femmes qui vous offrent d'en faire, à votre intention , le tour à genoux : cela coûte deux sous.
D'autres habitudes , sans tenir à la religion , ne sont pas moins étranges. L'auteur, qui se trouvait en 1 822 aux environs de Callac , vit prés d'une petite rivière plusieurs centaines de paysans qui se disputaient avec acharnement un drapeau qu'on apercevait sur la rive droite ou sur la rive
gauche du ruisseau , selon le succès de l'un ou de l'autre parti. S'étant infbamé du motif de la querelle, on lui répondit que la fertilité serait cette année du côté où Ton pourrait retenir le drapeau. Le combat dura toute la nuit. On entendait retentir les juremens , les tarreben, les cris des blessés. Au point du jour la victoire se décida pour un parti. Il y avait beaucoup de crânes fracassés, des membres brisés, et un homme mort. Le combat a lieu tous les ans, et les efforts de l'autorité ne peuvent l'empêcher.
Dans quelques bourgs, le lendemain de Noélj il y a une foire de domestiques. Les hommes à louer sont d'un côté, les femmes sont de l'autre, et les maîtres vont marchander. A Guingand, le marché au fil se tient, en toutes saisons, de minuit à deux heures du matin.
Ces traditions, ces usages, ainsi que tous ceux qui sont cités dans les notes suivantes, ont été recueillis sur les lieux, par l'auteur, qui a long-temps habité la Basse-Bretagne. M. de Marchangy, avec lequel il était lié d'une ancienne amitié , en a rapporté plusieurs dans son Tristan U Voyageur.
6 Où sont donc les enfuis d'Armore?
Ar-more ou Armorique. More pour Mare. Voyez d' A r-
gentré, hist. de Bret.,\. I er , p. 10. Cœterœ que civitalcs, positœ in ultimis Galliœ jinibus > Oceano conjunctx , quœ Arnwricœ appel lantur. C. Jidil Coesaris, Commenlaru de bello Gallico, 1. vin, p. 305.
3U Signal.
Frappe toti bouclier, qu'à la voix de la guerre Tout s'éveille , tout s'arme et s'apprête aux combats ; Des fils de l'Océan j'aperçois la bannière ; Sur la rive Albion vient d'étendre son bras. *
Elève ce brandon ; que sa lueur sanglante
Dise à tous les héros qu'il faut vaincre ou mourir ; '
Qu'à son aspect le lâche , éperdu d'épouvante ,
Aille cacher sa tête et son dernier soupir.
Déjà le son du cor retentit dans la plaine ; Regarde , le fer brille , on a vu le fanal ; Agite, agite encor sa lumière incerlaine ; Que tout, jusqu'au Fréhel, réponde à ce signal. 3