LE SIGNAL
Vois, sur les monts d'Are , la flamme qui s'élève ; 4 Sous les coups redoublés, entends l'airain gémir. Du palais de Budic on détache le glaive. 5 Enfans de l'Océan, que tardez-vous à fuir?
Ah ! quel beau jour pour nous ! les destins sont prospères , Puisqu'ils ont amené l'ennemi sur ces bords.
J'aperçois dans les cieux les ombres de nos pères Qui viennent applaudir à nos vaillans efforts.
Déjà le chant du barde appelle la victoire ; 6 De la colline en fen descendent les guerriers : Tout marche vers la rive à ces accens de gloire. Hâtons-nous 1 à frapper serions-nous les derniers?
1 Sur la rive Albion vient d'étendre son bras.
Albion, Albin ou Alben, ancien nom de l' Angleterre; ce mot signifie haute-terre ou région des montagnes. Macpherson, Poésies dOssian. Daru, hist. de Bretagne, t. I er , p. 16.
* Elève ce brandon ; que sa lueur sanglante
Dise à tous les héros qu'il faut vaincre ou mourir.
Cet usage existait également parmi les Écossais, les Irlandais et les Gallois , dont l'origine est la même que les Bretons. (Voir à la fin du volume quelques essais de Fauteur dans le genre ossianique. )
3 Que tout ; jusqu'au Fréhel, réponde* a ce signal. Le cap Fréhel, département des Côtes-du-Nord.
* Vois, sur les monts d'Are, la flamme qui s'élève.
Les monts dAre, chaîne de collines qui traversent une partie de la Basse-Bretagne.
5 Du palais de Budic on détache le glaive.
Budic , prince breton qui vivait vers l'an 490. Mémoires de l abbé Galle t y cfaap. 4 » 5 , 7 .
Vita sancti Oudocei apud Usserntm, p. 29 1 . Daru, t. I er , p. 81.
6 Déjà le chant du barde appelle la victoire.
Les bardes sont d'origine bretonne. Voyez Cambry, Monumens celtiques* p. 323. Bardd en celtique veut dire prophète» poète. Le hautbois en breton s'appelle bombard, de bom, son, et bard. Cambry pense que bord a dû signifier oiseau ou chantre des bois , et le mot anglais bird semblerait le prouver. On appelle encore bon en Bretagne , pluriel barzct, des improvisateurs qui vont débiter des vers dans des noces. Ils les récitent de mémoire, et ne savent ordinairement ni lire ni écrire. Arant la cérémonie nuptiale, deux de ces poètes se rendent à la maison de la fiancée ; l'un se tient en dehors et porte la parole pour le jeune homme ; l'autre , de l'intérieur de la maison , lui répond pour la jeune fille. Ils vont aussi annoncer le mariage aux voisins et aux amis ; chaque village a son barz de profession ; il y a peu de fêtes où ils ne paraissent.
îi. 3
île ittimmurt.
Vers le détroit, sur l'île nébuleuse ,' Quel est ce bruit, ce murmure confus?
Que cette voix paraît faible , douteuse î Écoutez bien ; mais je ne l'entends plus.
N'est-ce qu'un songe, une illusion vaine?
Est-ce le chant de quelqu'oiseau des bois?
Ou le ruisseau, s'elançant dans la plaine, Parmi les monts elève-t-il la voix?
Ecoutez bien , silence au champ ! silence !
Silence encor ! je distingue des sons ;