‹ Chants armoricains, ou Souvenirs de Basse-BretagneChapitre 45 sur 79 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

Meurs , et que ton ombre plaintive Aille redire à l'étranger Que je suis encor sur la rive, Et que son bras peut te venger.

1 Le rivage de Pontusval.

Il y a un village de ce nom entre Saint-Pol el Brest ,

• Et , la poitrine dépouillée , La semnothée étend le bras.

C'est là que ces terribles semnothées , le front ceint de feuilles de chêne et du bandeau étoile » emblème de l'apothéose , ' viennent chercher le gui sacré. Marchangy, Gaule poettçue, lom. 1 er , p. 68.

%t «Sriomph*.

Où donc est ce guerrier, souverain du rivage, • Qui devait nous donner des fers?

Dont le souffle comme l'orage Pouvait ébranler l'univers?

Où donc est-il? où donc est son courage?

Où sont ses terribles enfans?

Nos coursiers paissent sur la plage Et nos troupeaux couvrent les champs.

Ainsi qu'un brillant me'téore Son e'pée éclairait les mers, L'adremare au cornet sonore Le célébrait dans ses concerts. ■

Sa voix , s'elevant sur l'abîme , Mugissait comme l'ouragan , Son fier regard, son front sublime Semblaient dominer l'Océan. *

Mais à notre aspect sur la rive Déjà son cœur e'tait vaincu , Et tel qu'une ombre fugitive Le héros avait disparu.

Maintenant quel sombre silence ,

Quel calme règne dans les rangs !

Où sont les e'tendards ? où donc est la puissance

De ces superbes conquérons?

. Les voyezr-vous, gisant sur la poussière,

Implorant la paix du cercueil?

Le mailhard chantera leur hymne funéraire, Ses ailes seront leur linceuil.

Leur ombre, pâle, désolée, S'elançant à travers les flots, En vain cherchera la vallée Dernier asile des héros.

Il n'en est pas pour celui qui succombe ;

Le monument est le prix du vainqueur ; On ne dit pas : « Voici sa tombe ! »

S'il n'avait pas un noble cœur. *

Toi, chef! ô toi, Celtos! ah! que ton nom terrible Soit désormais le signal des combats , Qu'il rende à jamais invincible Celui qui marche sur tes pas.

Qu'au tems futur, éperdue et tremblante , La mère , à ce nom redouté, Sur sa poitrine défaillante Serre son fils épouvante'..

Tu fus le plus vaillant au cœur de la plus belle ,

Le ciel a reconnu tes droits ; Tu fus le plus vaillant, elle sera fidèle

Au souvenir de tes exploits.

Heureux qui tient le glaive ! il vit dans la mémoire , Il est à l'abri des revers ; Cher aux mortels , brillant de gloire , Il est le roi de l'univers.

Et nous , ses compagnons , nous , aussi les plus braves , Nous les he'ritiers du roc noir , 3

Portes sur le front des esclaves , Au banquet allons nous asseoir.

Que lu liqueur à la teinte dorée,

Que le bryto coule à grands Ilots , 4 Et que la prétresse inspirée Dise à la terre nos travaux.

Contre nos dards il n'est plus de de'ienses, Il n'est plus pour nous d'immortel ; Et de la pointe de nos lanees Nous pourrions soutenir le ciel.

s L'adremare au cornet sonore Le célébrait dans ses concerts.

Adremare , gardiens de chênes. Mar» gardien ; à , de ; <ltro> chênes.

• Le mailhard chantera leur hymne funéraire.

Expression de mépris. Le mailhard en breton veut dire canard. Il y a une ancienne famille de ce nom.

Le cordelier Olivier Mailhard était Breton ; il vivait sous Louis XI. Un jour, ayant dit en chaire quelques vérités trop hardies, le roi le fit menacer de le jeter à la rivière. 11 répondit à Tenvoyé : « Va dire à ton maître que j'arriverai « plus tôt en paradis par eau , que lui avec ses chevaux de « poste. » Louis XI venait d'établir la poste en France.

3 Nous, les héritiers du roc noir.

Un duc de Bretagne disait qu'il avait dans ses états une pierre qu'il estimait plus que tous les joyaux delà couronne de France. C'est un rocher situé sur la côte de Léon où

chaque année un grand nombre de bâtimens viennent se

briser.

4 Que le bryto coule à grands flots.

Espèce de liqueur fermentée qui était la boisson des anciens bretons. D'Argent ré, dans son Histoire de Bretagne, tome I er , p. 12, s'exprime ainsi. Forçat el dit que a Bri- « tannia vient de Bryto , qui signifie une certaine potion « dont usaient les antiques babitans. »

Tous ils sont endormis ; vois , j'ai brise ma chaîne . Rien , dans ce triste lieu, n'arrête plus nos pas ; J'aperçois la forêt, et la nuit est prochaine ; Profitons du moment, fuyons, ne tardons pas.

Prends garde en te levant de toucher cette armure , Son cliquetis fatal les éveillerait tous :

Silence! crains ce dogue., il nous suit, il murmure. D'un geste caressant apaise son courroux.

Un glaive est à tes pieds , hâte-toi de le prendre , C'est un présent du ciel , un dieu vient nous l'offrir ;

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