‹ Chants armoricains, ou Souvenirs de Basse-BretagneChapitre 66 sur 79 · LE DESESPOIR · texte numérisé non relu

LE DESESPOIR

Sans qu'un glaive ait brille , la douleur vient l'abattre) 11 lui faudra rougir au delà des tombeaux.

Ne toit put insensible , écoute ma prière ;

Si tu crains de frapper le guerrier qui n'est plus,

Attise le foyer, embrase la chaumière,

C'est aux vents qu'appartient la cendre dea vaincu*.

1 Kernevad , e»-tn là ? prends , ami , prends mon glaive f Approche, approche encor, plonge-le dans mon sein.

Kernevad, CornouaillaÂs. C'était une honte pour un guerrier de mourir dans son lit. Mourir lentement, mourir de langueur est le genre de mort le plus redouté des paysans bas-bretons.

11 y a une prière appelée tepidu, littéralement l'un ou l'autre , c'est-à-dire qu'il vive ou qu'il meure. Lorsqu'un père , une mère , un frère tombe malade , ses parens font dire une messe tepidu. Tepidu est le mot consacré , il n'a que cette signification.

Saint Abibon fait connaît re si un malade doit mourir ou guérir : on pose de chaque côté de l'autel cinq cierges de cire jaune, cinq pour la vie et cinq pour la mort; si les cierges pour la vie s'éteignent les premiers, le malade mourra : on rentre dans sa cbambre en pleurant et se lamentant ; on le (ait administrer ; on appelle le parrain et la marraine, car ils doivent le voir mourir.

Le riverain breton , accoutumé à s'exposer à des dangers continuels , voit la mort avec calme et presque avec indiffé-

rence ; aussi parle-t-on devant un malade de sa fin prochaine comme d'une affaire ordinaire. En général, dans les familles, celui qui meurt est regretté d'après son utilité à la communauté ; la mort d'un enfant ou d'un vieillard excite rarement de longs regrets.

* Le sapin embrasé, la nocturne musette , Au cercle des aïeux m'appelleront en vain.

À minuit on entend dans les montagnes d'Are ou sur les îles désertes de la côte, une cornemuse dont les sons n'ont rien de terrestre ; jamais on n'a pu voir celui qui enjoué, mais elle annonce que les aïeux vous attendent ; vous les trouvez ordinairement réunis au pied d'un chêne ou autour de la pierre druidique : un tison embrasé vous indique ou ils sont.

»a f&ht.

Eh quoi ! ton front touche la terre !

Pourquoi ce desespoir mortel?

Ouvre les yeux à la lumière , Celtos , et regarde le ciel.

Le brave est-il celui que la douleur étonne , Celui dont le sein a frémi?

Peut-il , lorsque son bras frissonne , Peut-il frapper un ennemi?

Les fils d'Albin sont là ; dans leur joyeuse ivresse , ,

Tes frères béniront les dieux ,

Tandis qu'appesanti dans ta sombre tristesse,

Helas, tu gémiras loin d'eux, ii 20

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