HUMA
ton image , 6 fille céleste ! Si le vent m'éloigne du rivage, si la bruine s'élève, ton cœur palpite d'in>- «guiétude ; tu erres sur la plage comme le faon que sa mère a abandonne' , tu cherches, tu appelles ; ton regard voudrait percer l'horizon , et j'entends ta voix qui dit : « Où est celui que j'aime? *
« Le plu» aimé périt } mille génies malfaisans entourent le héros. Si }a mort vient me surprendre, mon cadavre ne sera pas abandonné sur ta rive. Les loups de la mer n'en feront pas leur pâture. Tu recueilleras les restfes du brave , et trois pierres roulées avec peine par tes mains délicates annonceront qu'il repose. Ne pleure pas, fille de Garul; mon fantôme, enivré d'amour, voltige autour de toi ; ne pleure pas, colombe : l'ombre de celui qui fut aimé n'eat pas à plaindre ; l'amour survit à la tombe et embellit même le néant.
« Heureux le guerrier que chérit une amante \ Que ma harpe retentisse L que ses sons montent vers la
Ainsi chantait le jeune Eliner, EËner fils de Thorvald , Eliner W plus aimable des bardes. Un guerrier, appuyé sur sa lanee, l'éceutait; Eliner l'aperçoit, et à l'instant sa voix fléchit et devient rai*
ble comme le dernier souffle du zéphyr; ses doigts tremblent sur la harpe ; il a reconnu les traits de Ducomar, le féroce Ducomar qui a bravé l'amour, et jamais n'a souri à la beauté.
Depuis vingt jours Ducomar n'a point paru à la salle du festin. On a combattu; Ducomar n'y était pas, «t les peuples ont dit : « Ducomar n'est plus. • Eliner considérait en silence la noble figure du héros. Il ignore s'il vit; ses yeux étaient sombres et son front soucieux. « Est-ce toi , roi des camps , est-ce toi? le brave est-il encore au nombre des vivans? ou son ombre est-elle venue se reposer au son des harpes? Non, Ducomar ne vit plus; car il n'aurait pas prêté l'oreille au chant d'amour, lui qui ne sourit jamais à la beauté, lui dont le cœur est insensible. •
« Le fils des combats est à plaindre , lui répondit Ducomar; il est à plaindre, car il vit. J'ai vainement cherché la mort ; elle a fui. Ami, un mal inconnu me dévore : je ne sais quelle main perfide a versé le poison dans mon cœur ; il brûle. Le récit des exploits des héros, les chants de gloire ne le fout plus battre, il est terne comme celui d'un esclave. Une ombre importune est sans cesse auprès de moi. O Eliner ' la voix du barde écarte les spectres malfaisans :
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reprends ta harpe et fais entendre quelque récit terrible. »
« Je chanterai , dit le barde , je charmerai le loisir du vaillant, ô Ducomar! Un Dieu jaloux de tes exploits, car un Dieu seul peut troubler la raison du héros, est acharne' à ta perte. Malheur à celui que poursuit un fantôme ! Ecoute :
« La plaine était calme. Le chef d'Elmora , Hildaran , reposait , si l'on peut appeler repos l'angoisse du songe. Devant lui veillait un fantôme ; sa figure était livide, son regard menaçant. Depuis long-tems le héros , les yeux appuyés sur la vision, restait immobile. Enfin son bouclier, placé au pied de sa couche, retentit. Le spectre tressaillit , et le guerrier lui dit : « Qui es-tu, toi qui troubles le sommeil d'^lildaran? » « Je ne suis plus, répondit le songe , je suis celui qui fut. Eh quoi ! tu ne reconnais pas Olgul que tu renversas parmi les cadavres dans la plaine de Connor ? Va voir; mes os, plus blancs que la neige, effraient encore le passant. Le jour de la vengeance est arrivé, fils de Salgar ITon heure approche; bientôt on entendra nos ombres crier ensemble sur la colline ; acharnées Tune contre l'autre, elles se poursuivront dans l'air, et les kommes abuses diront : « Les étoiles tombent. » i ?6
« Roi de la poussière ! s'écria Hildaran , ta essaies en vain de m'intimider. Lorsque ton bras moissonnait des rangs entiers, je te bravai, je te défiai au combat. En vain tu luttas contre la mort : chaque coup de m» lance creuse un sépulcre. Tu l'ignorais, tu l'appris , tu expiras , et je t'abandonnai à la faim des corbeaux. Maintenant que tu n'es plus, prétendrais-tu m' épouvanter? Et que peux-tu contre moi, vaine émanation du tombeau? Tu ne m'effraies pas plus que le brouillard qui s'élève des marais de Togo rma, ou que l'haleine d'un coursier. Ah! l'ombre d'un ennemi mort me rappelle une victoire, et mon cœur tressaille d'orgueil! le vaincs ne doit-il pas être à la suite du vainqueur? Repose-toi sur mon bouclier, mais prends garde que l'airain n'eu retentisse encore : saisi de terreur, tu te précipiterais vers la tombe. » -
• Je m'y précipiterai, dit le spectre, car ta présence m'est odieuse; mais avant de m'éloigner, je te laisserai un souvenir d'Olgul. * Il dit, et il posa sa main glacée sur le cœur du héros.
• À l'instant, une terreur secrète s'empare de lui. Pour la première fois, il pâlit et frissonne; une sueur froide coule sur tous ses membres, et ses cheveux se
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hérissent. Il n'ose phtô regarder le fantôme qu'il bravait, et le fantôme a disparu. Quelle est donc la puissance des ombres? quoi ! le cœur du fort luimême n'est pas à l'abri de leurs coups... Qu'il ssont terribles les poisons qu'ils portent! Pourquoi haïr le lâche? son ame peut-être n'est pas sans vertu, mais le doigt du spectre l'a touche'.
« Cependant le sommeil a de nouveau fermé les yeux du fils de Salgar. Son ame est agitée, les songes errent sur son front, mille objets confus semblent passer devant lui. C'est ainsi que le solitaire de la montagne voit s'agiter les nations dans la plaine, et il se demande : « Où vont-elles ? »
« Un grand cri a retenti dans la vallée. Hildaran croit entendre encore la voix du songe. Trois jeunes guerriers s'élancent près de sa couche. « Malheur à celui qui dort quand il faut combattre ! s'écrie Irai ; malheur à lui. Lève-toi, chef! la forêt d'Ardulène a vomi ses enfans $ ils couvrent la plaine. Ëntènds-tu leurs accens féroces? tu les entends et tu dors! »
« Marchons ! » dit Hildaran. Ils marchent; mais que peut l'épée contre la foudre? que fera un seul contre mille? il peut mourir, il le doit. Le vaillant ira jamais dit : « Combien sont-ils? » car il est le vaillant.
Hildaran se précipite et son glaive brille dans la mêlée. Pourquoi ses coups ne sont-ils plus mortels? qu'est devenue sa force? la main du fantôme est encore sur son cœur, elle le glace. Quand le cœur ne brûle pas , le bras est faible; semblable à l'amant, le guerrier ne sait vaincre que lorsque le délire l'égaré.
« Les dards ont volé. Ils sifflent comme la vipère qui menace ; ils frappent, et mille cercueils s'en Couvrent. On entend le sanglot du blessé ; il appelle la mort ; la mort hésite et semble laisser à la douleur le tems de mordre sa victime. O douleur! que tu es puissante! Le plus brave te cède. Odin seul voit d'un œil sec son flanc déchiré; il regarde son sang couler comme le berger voit la pluie dégoûter de son manteau; mais Odin est un dieu, et son flanc est insensible.
« Les glaives se croisent, les armures s'entrechoquent et résonnent comme au jour où la main du forgeron les préparait sur l'enclume. Ivan combattait près du chef; un coup l'atteint, il tombe. La terre retentit de sa chute ; un gémissement sourd sort de sa poitrine ; Ivan, le plus beau des fils d'Érin , l'invincible Ivan n'est plus.
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« Hildaran frémit; mais il n'a pas recule, il est encore le chef des héros. Olgul, ton poison sera-t-il sans force? le coeur du brave vaincra-t-il jusqu'à la puissance de la tombe? Non, l'arrêt du ciel est irrévocable.
« Olgul, le cruel Olgul, altéré de vengeance, appelle à grands cris tous les noirs génies qui , sur les bords du Nastrond , tourmentent le lâche et le traître. Ils accourent à sa voix, et, comme une nuée de vautours affamés, ils tombent sur le champ de bataille. A leur aspect, tous les cadavres se relèvent, ils marchent: ohi qu'ils sont hideux! Ivan est à leur tête; ils entourent Hildaran, ils le pressent, ils le menacent. O chef! méprise ces vains prestiges. Quoi! la vapeur du Nisfleim fera-t-elle trembler celui qui détruit les armées ? Hildaran , malheureux Hildaran , les cieux sont donc sans pitié ? Déjà sa raison est égarée ; il frappe encore , mais il frappe au hasard. Sa vertu s'évapore comme le parfum de la fleur qui se fane. Bientôt il oublie qu'il fut un héros ; il abandonne le champ du carnage, il fuit sur la colline et se cache comme la couleuvre dans le buisson. «Ou est Hildaran? s'écrient ses guerriers; où est-il?» En vain ils appellent Hildaran; leurs voix n'arrivent
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plus jusqu'à son oreille. Ils périrent tous, car le
doigt du fantôme n'avait pas touché leur cœur.
Que leur sort est préférable à celui d'Hildaran ! Hildaran vil et pleure sa gloire passée. L'ombre d'Olgul acharnée sur sa victime lui apparaît sans cesse et sans cesse lui reproche sa fuite. Chaque jour, Hildaran fait entendre son chant de mort; mais le cruel Olgul, pour jouir plus long-tons de sa honte, amollit son bras et détourne le fer. La force d'Hildaran est éteinte; il ne descendra plus dans la plaine; il mourra ignoré dans la caverne et loin des regarda d'un ami. Personne ne dira: « Il est mort» , car on ignore s'il vit. Dans les siècles à venir, celui qui apercevra ses os à moitié couverts par kt mousse s'écriera : ■ Cène sont point les os d'un guerrier, car les antres sont le refuge du lâche.» O Hildaran! à quoi te sert-il d'avoir été un héros ! Malheureux est celui que poursuit un fantôme ! »
Le barde se tut. « La vision qui me poursuit n'est pas sinistre, dit Ducomar. Que l'ombre d'Olgul ^ qu'Héla et tous les spectres du rivage des cadavres m'apparaissent, je ne détournerai pas les veux* Ami, une vierge aux longs cheveux est devant mes regards. »
« Je connais ton mal, s'écria le barde. Ducomar,
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l'invincible Ducomar, qui souriait fièrement au nom d'une épouse | est vaincu; il eède, il cède à la beauté'. O fils d'Odin, tu aimes; oui, tu aimes; l'amour a dompte' le héros. •
Ducomar, transporté de foreur, porte la main à son glaire, mais il s'arrête. « Ducomar n'est pas vaincu! s'écria-tHil. L'amour n'est pas pour le fils des combats. Que le barde aime, chante et soupire, c'est son destin ; mais le héros ne doit chérir que la victoire. Son repos est la gloire; sa volupté est la louange des hommes. Non, non, Eliner, ce n'est pas l'amour que je ressens ; quelque génie funeste a touché mon cœur, mais ce cœur est libre ; en vain lue ombre insensée le poursuit, elle s'éloignera. »
m Ne l'espère pas » , dit le barde.
Ducomar agita de nouveau son glaive. «
« Fils des combats, continua Eliner, si tu n'aimes pas , si ton ame est seulement en butte aux persccutioas d'une ombre , je vaux te rendre au repos. Au pied de la colline de Berthim est une fontaine qui détruit tous les enchantemens. Tu t'y plongeras trois ibis ; mais prends garde , ami : si ce n'est point un prestige , si tu es véritablement la proie de l'amour, le feu en augmentera encore, et, quel que soit ton
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courage , il fléchira. Le cœur de l'homme est faible contre un regard de la beauté, et le plus brave succombe. •
« Allons à la fontaine de Berthim ! • s'écria Ducomar. Ils s'avancèrent vers la fontaine. Arrête , Ducomar, arrête , cygne des batailles. Insensé , où vastu? veux-tu rendre plus pénible encore cette lutte où tu résistes à peine? Tu aimes, oui, tu aimes; tu es vaincu, la beauté t'a soumis.
Entre le mont de Thangus et le torrent de Lumor, est une petite vallée éloignée des villes et qui n'est fréquentée que par le voyageur égaré. Vallée de Melor, tu ne contiens pas de richesses, ton sol n'est pas couvert de palais, tes ruisseaux ne roulent point de pierres précieuses ; vallée favorisée du ciel, tu renfermes un plus grand trésor, tu possèdes Irama. fille céleste ! si la voix du barde n'est pas avec lui enfermée dans la tombe , si ses chants surnagent sur l'océan des siècles, ton nom retentira dans l'avenir; les enfans de nos enfans , pour louer une amante , la compareront à Irama. Que ta vie soit douce, reine d'amour ! Car tu es la plus noble , la plus belle > la plus pure des créatures.
C'est dans la vallée de Melor que Ducomar a
perdu le repos. Il errait un soir, sur le mont de Thangus; il examinait en silence ces pierres qui couvrent les ossemens des héros. Ces monumens de mort semblaient croître aux rayons de la lune. On voyait autour de leur cime voltiger les ombres des aïeux, semblables aux papillons des ténèbres. La nature était paisible ; la bise s'était tue ; le sapin ne balançait plus sa tête hérissée , la bruyère restait immobile et silencieuse.
Tout à coup les voix de la guerre se. font entendre. Les échos redisent les pas des légions; le cœur de Ducomar ( il n'aimait pas alors ) tressaille d'alégresse ; il brandit son glaive. Oh qu'il est terrible, le roi des batailles ! Malheur à l'ennemi qu'il menace ! Les fils de la mer ont abordé le rivage ; ils ont pénétré dans la vallée , ils y portent la mort. Fuyez, étrangers, fuyez vers vos vaisseaux! Ducomar! qui pourrait résister à ton bras? en vain les années s'accumuleront ; jusqu'à la fin des siècles les âges à venir rediront les exploits de ta lance, et le dernier des bardes mêlera ton nom à ses chants.
A ses coups , les fils de la mer ont reconnu un héros , et déjà ils tournent vers leurs vaisseaux un regard inquiet.
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Mais quelle est cette femme sur laquelle ils portent une main sanglante? ses cheveux plus noirs que le liront de Cromaglas servent de liens aux barbares pour entraîner leur pToie. Que ses cris sont perçans ! un vieillard implore les ravisseurs ; il les suit d'un pas tardif, il tend vers eux des mains suppliantes. A sa douleur, on reconnaît un père. Ah! que son désespoir est grand ! Mais ses sanglots n'amollissent pas le cœur de l'étranger-, il est aussi dur que le chêne de Tonna j il sourit de pitié à la douleur. Quoi ! la plus belle des vierges sera-t-elle la proie du brigand? non , le fer du vaillant a brillé. A sa lueur, l'étranger a aperçu Ducomar ; saisi de terreur, il abandonne sa victime, il fuit; mais le pas du lâche est incertain ; la flèche est rapide ; elle atteint le fuyard lorsque déjà il disait : «Je suis à l'abri de ses coups. •
Le murmure des épées a cessé ; le fils de la mer a regagné ses vaisseaux. On n'entend plus que le bruit des rames dans le lointain et le cri prolongé du matelot.
Ducomar est sur la colline ; harassé, il se couche sur la terre. C'est ainsi que le héros trouve partout un gîte. Il ne craint ni les embûches de l'assassin, ni la dent du loup , ni l'apparition des fantômes. A son as-
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pect , son ennemi recule effraye ; il redoute même son sommeil et s'écrie : • Ah ! qu'il serait terrible s'il veillait. »
Un vieillard se présente devant lui. «Viens reposer dans ma cabane , ô Ducomar ! viens t'asseair à mon festin , il est prêt; je suis le vieux Herald , je suis le père d'Irama. Ducomar, le vaillant Ducomar, est mon hôte et mon ami, car il a sauvé celle que j'aime. »
Grâce te soit rendue, ô vieillard; mais l'aigle et la colombe ne peuvent habiter le même ombrage; laisse-moi prendre ici mon repos.
Le vieillard affligé retournait vers sa retraite, lorsqu'Irama parut. Oh ! qu'elle est belle , la fille d'Herald! Qui résisterait à l'un de ses regard»? A son aspect, le preux se lève. «Ducomar, lui diVeUe, viens dans la cabane d'Herald, qu'il soit ton bote; car tu as sauvé celle qu'il aime» •
A cette voix, le coeur du chef éprouva un sentiment inconnu. Il lui sembla entendre un son divin ; et lui , dont la résolution était plus inébranlable que le rocher de la plaine ; lui, qui n'avait jamais cédé à la. volonté d'aucun être humain , suivit en silence la jeune fille.
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Il entre dans la cabane : le foyer brille , il voit Irama. Ducomar! en vain tu portes un bouclier, en vain ta poitrine est couverte d'airain, l'amour a frappe; c'en est fait, malheureux Ducomar! le trait mortel est dans ton cœur; tu l'emporteras sous la pierre du tombeau.
Le festin est termine ; Irama s'éloigne. Ducomar est conduit par Herald dans la salle qui lui est destinée. Herald y allume une torche résineuse et odorante , et se retire en souhaitant à son hôte un long repos. Vain souhait ! ô Ducomar, il n'est plus de repos pour toi ! Le guerrier s'étend sur sa couche ; le sommeil fuit sa paupière. L'image de la vierge voltige sans cesse autour de lui. Il la voit sur la colline, il la voit dans la salle du festin; il entend encore sa voix douce et mélodieuse. En vain il veut écarter cette ombre brillante, elle revient sans cesse ; en vain il s'agite, il ne trouve pas de place où sa tête puisse reposer.
L'aurore a paru , et ses yeux ne sont point encore fermés. Il se lève, il saisit ses armes et se précipite hors de la cabane , il marche , et la vision qu'il fuit marche à ses côtés. Un feu intérieur le mine, le dévore : il erre comme le daim , dans le flanc duquel une flèche a pénétré.
Le soleil est déjà au milieu du ciel. Le vieux Herald , ne voyant pas, paraître son hôte , entre dans le lieu où il croit qu'il sommeille encore : il trouve sa couche froide et abandonnée ; il s'étonne , il l'appelle à grands cris : aucune voix ne répond à la sienne ; il s'afflige. « Eh quoi ! dit-il, le guerrier est-il mécontent de l'accueil du vieillard? O roi des combats , tu as blessé mon cœur , et si ce bras avait encore quelque force, il te combattrait; mais l'âge l'a engourdi, et Herald n'a pas de fils pour le venger. » Irama tâche d'adoucir ses regrets , et son coeur aussi est déchiré ; cependant elle espère que le chef reparaîtra ; en la quittant son regard n'était pas ennemi. Tous les soirs elle va voir au sommet de la colline , et chaque soir elle revient solitaire et silencieuse.
Vingt jours se sont écoulés, et il n'a pas reparu. Depuis vingt jours , Ducomar lutte vainement contre une passion invincible, et cache dans la solitude son trouble et son désespoir; il parcourt les forêts et les montagnes. Plusieurs fois, dans sa fureur, on l'a vu briser d'un seul coup le sapin qui domine la plaine j ou soulevant le rocher, le Caire rouler avec fracas dans la vallée. Quelquefois,
il :\
au milieu de» irait», il fait entendre de» cris sinistres ; les échos de la montagne mugissent , le chien hurle d'effroi , et le pâtre épouvante se réfugie au plus profond de la caverne.
Souvent ses yeux se remplissent de larmes , son tenir si 6er s'amollit, son glaive tombe à ses pieds, et la pointe de sa lance se tourne vers la terre. Immobile , il appanttt de loin au voyageur connue ces monumen» mystérieux qu'adore le druide. Il descendait la colline lorsqu'il entendit la Harpe d'Ëliner, il s'approcha en silence et il écouta le chant d'amour.
Cependant le jeune barde qui suivait le héros a gagne le rivage; il arrive à la fontaine de Berthim. Trois foi» le chef »'y plongea, et trois fois l'amour l'embrasa d'un feu nouveau. Il le sentit; il poussa un cri terrible. Eliner, enrayé, se réfugia derrière le rocher, comme le nautonnier au premier cri de la tempête.
« Amour! s'écria Dncomar, funeste amour! c'est toi qui me brûles ; je le vois , un dieu cruel me poursuit; mais le héros doit vaincre jusqu'aux dieux mêmes. » Il dit, et s'éloigne de ce lieu fatal.
La mer était orageuse; les flots, se brisant contre lVcueil , jaillissaient atf loin et retombaient en
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pluie d'écume. Le monstre marin , applaudissant à la fureur des élémens, folâtrait avec la tempête; de» myriades d'oiseaux à la voix rauque, voltigeaient, se croisaient en sens divers, et, d'une aile légère, semblaient repousser la lame qui s'élevait vers eux. Dans le lointain,. une barque cherchait à gagner la rive : vains efforts, le doigt de la mort avait marqué sa victime > l'abîme attendait sa proie.
Ducomar resta long-temps sur la plage. Mille projets traversent son cœur. Tantôt furieux contre lui-même , il veut se précipiter dans le gouffre ; tantôt sa rage se tourne contre Irama, et il est prêt à porter le ravage et la mort dans la vallée de Melor. Enfin il résolut de voir celle qu'il aime , de lui déclarer son amour et d'implorer sa haine. Il marche; semblable au spectre de la vision , il se présente à la fille d'Herald et lui dit :
« Fille d'Herald, tu vois devant toi celui qui aime.
« Je suis Ducomar, le noir, le féroce. Jamais je n'ai souri à la beauté ; jamais je ne lai pressée sur mon cœur; je me plais dans le carnage, et les cris des mourons flattent mon oreille. Mon corps est sillonné* d'affreuses cicatrices , ma bouche n'a jamais proféré