‹ Chants canadiens à l'occasion du 24 juin 1880 [microforme]Chapitre 13 sur 14 · EN), PE · texte numérisé non relu

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Dans Rome, avant la décadence Et l’astre sanglant de Néron, Le pouple ivre de l’éloquence S’inclinait devant Cicéron. Courbé sous le souffle qui passe Il écoutait chanter Horace, Virgile aux vers harmonieux.

La populace dégrisée

Laissait les murs du Colisée Pour saluer ses demi-dieux !

Dans sa noble prépondérance

La pensée a vu de tous temps

S’éteindre dans l'indifférence

Le nom des lutteurs haletants. ; Ce nom proclamé par la foule | Pour un instant éclate et roule

Dans les rangs du peuple assemblé,

Mais bientôt l'oubli les emporte ;

Des débris de leur gloire morte

Pas un seul ne reste affublé !

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Lorsque dans les champs du vieux monde Se heurtaient des peuples puissants

À travers la foudre qui gronde

Par mille canons rugissants,

Dans le cliquetis des épées,

Nobles et douces mélopées !

Plus d’une muse s’exerçait.

Aux fiers accents du grand Corneille

Le monde entier prêtait l'oreille,

Toute la France applaudissait.

Près des exploits du grand Turenne, Des hauts faits du noble Condé

De Boileau la voix souveraine Contre les travers a grondé.

Pendant que ces fiers capitaines

De ses frontières incertaines Brisaient les cercles trop étroits, Les chantres aimés de la France Dans los champs de l'intelligence Achovaient aussi leurs exploits.

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Ils’ont fait une œuvre durable, Car le champ qu'ils ont agrandi Depuis cette ère mémorable

N'a pu jamais être amoindri.

Et pendant que la France altière Voit se rétrécir sa frontière Devant l'audace du Germain, Le domaine de la pensée, Malgré la France terrasséo, Reste acquis à l’esprit humain !

Dane notre pays jeune encore

La fièvre de l’or use tout ; L'ambition qui le dévore Etouffe les arts et le goût. Lorsque la muse ouvre son aile, Indifférence criminelle !

Le peuple ne l’écoute pas, Et, de richesses trop avide,

« Préfèro à son essor rapide

La marche lonte du compas |

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Pour guider dans cette nuit sombre

La littérature au berceau,

Pour faire un fleuve aux eaux sans nombre De l’humble et timide ruisseau,

Cédant au dieu qui nous inspire,

Laissons l’idylle qui soupire

Pour l’ode aux plus mâles accents.

Cherchons de nouvelles aurores,

Et dans nos strophes plus sonores

Jetons des noms retentissants.

Jeunes poètes à l'ouvrage, Mettons à ce travail béni Tout ce qui reste de courage Dans un cœur soudain rajeuni.

Travaillons ensemble avec joie À déblayer l'étroite voie Qu'encombrent mille préjugés.

Adieu loisirs et chants futiles | Car c’est par des œuvres utiles Que nous voulons être jugés |

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