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Dans Rome, avant la décadence Et l’astre sanglant de Néron, Le pouple ivre de l’éloquence S’inclinait devant Cicéron. Courbé sous le souffle qui passe Il écoutait chanter Horace, Virgile aux vers harmonieux.
La populace dégrisée
Laissait les murs du Colisée Pour saluer ses demi-dieux !
Dans sa noble prépondérance
La pensée a vu de tous temps
S’éteindre dans l'indifférence
Le nom des lutteurs haletants. ; Ce nom proclamé par la foule | Pour un instant éclate et roule
Dans les rangs du peuple assemblé,
Mais bientôt l'oubli les emporte ;
Des débris de leur gloire morte
Pas un seul ne reste affublé !
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Lorsque dans les champs du vieux monde Se heurtaient des peuples puissants
À travers la foudre qui gronde
Par mille canons rugissants,
Dans le cliquetis des épées,
Nobles et douces mélopées !
Plus d’une muse s’exerçait.
Aux fiers accents du grand Corneille
Le monde entier prêtait l'oreille,
Toute la France applaudissait.
Près des exploits du grand Turenne, Des hauts faits du noble Condé
De Boileau la voix souveraine Contre les travers a grondé.
Pendant que ces fiers capitaines
De ses frontières incertaines Brisaient les cercles trop étroits, Les chantres aimés de la France Dans los champs de l'intelligence Achovaient aussi leurs exploits.
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Ils’ont fait une œuvre durable, Car le champ qu'ils ont agrandi Depuis cette ère mémorable
N'a pu jamais être amoindri.
Et pendant que la France altière Voit se rétrécir sa frontière Devant l'audace du Germain, Le domaine de la pensée, Malgré la France terrasséo, Reste acquis à l’esprit humain !
Dane notre pays jeune encore
La fièvre de l’or use tout ; L'ambition qui le dévore Etouffe les arts et le goût. Lorsque la muse ouvre son aile, Indifférence criminelle !
Le peuple ne l’écoute pas, Et, de richesses trop avide,
« Préfèro à son essor rapide
La marche lonte du compas |
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Pour guider dans cette nuit sombre
La littérature au berceau,
Pour faire un fleuve aux eaux sans nombre De l’humble et timide ruisseau,
Cédant au dieu qui nous inspire,
Laissons l’idylle qui soupire
Pour l’ode aux plus mâles accents.
Cherchons de nouvelles aurores,
Et dans nos strophes plus sonores
Jetons des noms retentissants.
Jeunes poètes à l'ouvrage, Mettons à ce travail béni Tout ce qui reste de courage Dans un cœur soudain rajeuni.
Travaillons ensemble avec joie À déblayer l'étroite voie Qu'encombrent mille préjugés.
Adieu loisirs et chants futiles | Car c’est par des œuvres utiles Que nous voulons être jugés |