AU FROMENT
Et comme il se fatigue à vivre pauvrement ,
Épargne-nous toujours ce sombre événement !
Préserve nos cités, énormes habitacles,
Du retour désolant de semblables spectacles,
Et sans cesse pourvois par de nouveaux bienfaits
A ce que le froment ne nous manque jamais.
Fais-le croître au sommet des monts les plus arides ,
Dans le creux des vallons , dans les plaines humides ,
Dans les îles , partout : de ta puissante main
Épands à larges flots le magnifique grain ;
Comme un riche semeur jette-le sans mesure,
Sans crainte que son jet épuise la nature,
Et que le globe entier se plaigne en ses élans
De voir trop d'épis d'or lui hérisser les flancs :
lu
Car il en faut , hélas! à tant d'être» au merde. Il en faut au pasteur de la terre féconde, Au commerçant avide, au maria vagabond , Au penseur isolé qui travaille du front , Au valeureux solda* qpi défend la patrie, Au prêtre infirme et vieux qui confesse et qui prie , Aux enfants de la veuve , à l'indigent manchot , Et même au mallaiteur au fond de son eacbot.
Tous les hommes ont droit à la terrestre man&e, Tous, quel que soit le rang où le sort les e#B£amge Leur labeur élevé , leur rôle infime et ba>, Et leur sombre destin roulé jusqu'au trépas , Tous ont un droit égal aux champs de la nature, A leur morceau de pain, tëur part de nourriture;