‹ Chants civils et religieuxChapitre 14 sur 25 · CHANT DU POÈTE · texte numérisé non relu

CHANT DU POÈTE

La puissance peut dire : à l'œuvre, statuaire ,

A l'œuvre , peintres et chanteurs !

Et le bouillant sculpteur entamera fa pierre , Et le peintre ravi mêlera les couleurs ,

Et le chanteur divin excitant son délire ,

Laissera déborder sa lyre ; Et des flots d'harmonie enivreront les cœurs.

Que leur importe Tordre ? un tyran sur son trône ,

Une pourpre pleine d'éclats, Les multiples reflets de For de la couronne, Des courtisans penchés et des flots de soldats : Tout cela n'est-il pas un sujet de peinture, Aussi beau que l'aspect de la verte nature, Et que le mouvement d'un grand peuple, en été, A travers la poussière et la mitraille dure

Reconquérant sa liberté?

Que leur importe l'ordre? aux yeux du statuaire, Pour l'amant de la forme et des contours de feu , Le tyran est un homme , et le tailleur de pierre Peut du corps d'un Néron tirer le corps d'un Dieu : Et puis, le chœur léger des belles mélodies,

Troupe éthérée, au vol capricieux, Peut au sein d'un palais sonore et spacieux

Déployer ses ailes hardies Aussi bien que sous Tare de la voûte des cieux.

Mais le Poète, non : nul autre que lui-même

N'a puissance sur lui dans le vaste univers :

Il est roi de son art et l'arbitre suprême

De sa verve émouvaste et de ses pur» concert».

Four qn'tk chante, il faut que soi» âme Ait à sa bouche d'or dicté l'arrêt de flattane, Et permis d'éclater en sublûeea clameur» :

Car dans te» saints transports dont elle est possédée, Elle n'abonde pas riea qu'en sons et couleurs , *

Mais elle roule aussi l'idée A travers le torrent de ses rhythmes vainqueurs.

DG POETE. ftftl

Et l'idée ici-bas n'est pas chose légère ,

Une vaine couleur , un éclair fugitif,

Un son» insaisissable , une odeur passagère ,

Un souffle inoffensif.

L'idée en soi renferme ou la paix ou la guerre , Les rayons du soleil ou les feux du tonnerre ; L'idée est un torrent qui renverse et meurtrit ; L'idée est un vent chaud qui féconde et mûrit ;

L'idée élève ou déshonore, Vous jette dans la fange ou sur un piédestal ;

L'idée enfin est un pouvoir fatal Qui dans le fond de l'âme et son gouffre sonore, Comme un prisme éclatant s'imprègne et se colore

Des reflets du bien ou du mal.

Ainsi donc le Poète au cri plein de puissance , A la face brûlante , au grand cœur agité ,

Est enfant de la conscience , Et comme tel encor fils de la liberté.

Oui , le Poète est libre : ô philosophes blêmes , Ténébreux constructeurs de mondes incomplets, Essayez de le prendre en vos étroits systèmes

Comme l'oiseau dans les filets !

Et pareil au sultan des plaines éternelles , Pareil à l'aigle altier , il étendra les ailes ,

Et dans l'azur des deux emportera vos rets.

Oui, le Poète est libre : ô puissances du monde ! Tyrans, rois ou tribuns, enchaînez son essor , Plongez-le dans la nuit d'une geôle profonde Et brisez dans ses mains sa plume, son trésor ; Et le fier prisonnier, de ses deux lèvres d'or , Épanchera sur vous le fiel de la vengeance, Couvrira de mépris votre immonde puissance, Et devant l'écbafaud chantera votre mort.

Oui , le Poète est libre : et son âme princière

Pour domaine a l'i mm e n sité.

Du réel au possible il passe à volonté, Se plonge obscurément au sein de la matière, Ou se réfugiant dans le pur idéal, Comme en sen élément et dans son air natal r

Il en parcourt la sphère entière.

Oui, le Poète est libre : et jusques au tombeau , Il ne connaît en fait de lois supérieures Que les lois émanant des célestes demeures,

Celles du bien, celles du beau ; Et son front souverain, dans la course divine

Où l'entraînent partout ses-deux ailes de feu, Son front paré d'éclairs ne se courbe et s'incline Que devant la grandeur de Dieu.

HYMNE A L'AMITIÉ

HYMNE A L'AMITIÉ

HotfftefGf | heureux qui, dams la tfe, A, dès les premiers pas, trouvé petir compagnon Un homme àf l'esprit juste, au eœor honnête et bon, Sans génie oppressif et plein de modestie f

Qui, sévère pour soi, mais pour vous indulgent,

Du vrai beau sait jouir en être intelligent,

Et toujours calme, aimable, en tous temps, à toute heure,

Aux jours mauvais à vos côtés demeure, Solide comme une ancre et pur comme l'argent.

Ah ! de l'arbre odorant de la verte jeunesse Il est doux avec lui de goûter les fraîcheurs,'* Il est doux de plonger avec lui dans l'ivresse, D'être sage avec lui quand revient la sagesse,

Et par les bois, les prés en fleurs, En secret avec lui , plein de folles ardeurs, De dénouer parfois les divines ceintures

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