A LA CHARITÉ
Portait de nobles fruits, comme une vigne active Qui, livrant ses raisins au bras qui la cultive, Se prépare sans bruit et sans vaine façon A redonner èncor du fruit dans la saison.
Jeunes gens, jeunes gens que la vieillesse envie
Et qu'elle voit passer devant ses tristes yeux,
Le visage empourpré des roses de la vie
Et l'œil illuminé de la splendeur des deux ;
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Vous que la vie emporte au milieu de l'espace Comme un fier étalon, comme un coursier sans freins, Que l'obstacle aiguillonne et que rien n'embarrasse Dans les champs entr'ouverts à ses pas souverains ;
Que la force du sang qui bouillonne en la veine Entraîne avec transport aux amoureux combats, Et qu'elle mène aussi, la tête haute et vaine, Contempler sans frayeur la face du trépas ;
Jeunes gens, jeunes gens, ah ! que votre jeunesse
Ne vous inspire pas des discours méprisants Pour les cheveux blanchis où la sombre vieillesse Amasse à flots épais ses brouillards malfaisants.
Ne nous regardez pas, dans votre course agile, Comme des termes froids dont l'impuissant orgueil Couvre le sol poudreux d'une charge inutile, Et de tous les chemins embarrasse le seuil.
Ne nous regardez pas comme branches inertes, Comme rameaux noircis par les souffles du nord, Comme branches sans sève et déparant les vertes, Ou comme des fruits mûrs pour tomber dans la mort.
Songez, ô jeunes gens, que votre force extrême A la pâle langueur fera place à son tour, Et que vers le moment de ce déclin suprême Vos pieds tumultueux vous mènent chaque jour ;
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Que votre noble corps, votre fière stature Se ploîra comme un arc sous le poignet du temps, Et que, comme l'hiver argenté la verdure, Vos cheveux blanchiront sous la neige des ans ;
Que votre main si bonne à tenir une lame, Votre genou si ferme à dompter les chevaux, Votre bras si rapide à saisir une femme, Votre langue si vive à formuler des mots ;
Tout se détraquera sous la rouille de l'âge, Tout insensiblement jouera mal, et le corps Ne se remuera plus que comme un vieux rouage Dont les siècles auront engourdi les ressorts.
Alors dans ce déclin de la force hautaine,
Dans cet abaissement de la chair et des os,
Dans ces derniers éclats de la pensée humaine.
Dans ce penchant rapide à l'éternel repos ;
Les seuls enivrements de l'âme en décadence, Les seuls rayonnements au milieu des brouillards, Les seuls parfums encor ranimant l'existence Seront l'humble respect et les pieux égards.
Le respect, le respect, ô jeunesse superbe!
Accorde-le sans peine à tous les fronts chenus ! La vénération dans l'âme d'un imberbe Est, avec la franchise, une grâce de plus.