A LA NUIT
Comme une amoureuse avec grâce Porte en son cœur l'objet aimé.
Et moi , dont le regard contemple La sublime et sainte pâleur , Moi , qui voudrais à sou exemple Tenir un peu du grand moteur , Je dis : Mon âme , fais comme elle , Sois le reflet harmonieux De cette splendeur éternelle Qui reluit par-delà les cieux.
HYMNE A LA MER
HYMNE A LA MER
Chantons les vastes llets ! tous les bardes du rasade
Ont chanté les flots gracieux ; Car c'est du sein brillant de la vague profonde Que sort chaque matin leur prince radieux ;
Lorsque étalant dans l'air leur chevelure blonde , Ses coursiers aux pieds d'or s'élancent dans les cieux.
Chantons les vastes flots ! leur cristal magnifique
Est le splendide et pur miroir Où , depuis le repos de la nature antique, Le sublime Uranus aime le mieux se voir ; Et dans lequel le Dieu terrible ou pacifique eint son calme d'azur ou son grand courroux noir.
Chantons les vastes flots ! c'est l'éternelle image
De la divine liberté.
Ils viennent d'aussi loin que l'aigle ou le nuage , Ils s'en vont aussi loin que le vent indompté ;
Et rien ne les enchaîne en leur course sauvage , Sur le vert océan , immense , illimité.
Chantons les vastes flots ! au lieu d'amollir l'âme ,
Ils la retrempent dans leur sel.
Le cœur lavé par eux ne garde rien d'infâme , Il a la pureté du cristal immortel ; Le danger met dans l'homme une céleste flamme , Le rend brave et meilleur , et le ramène au ciel.
Chantons les vastes flots ! leur abîme sonore
Retient captifs tous ses échos.
Nul secret de leur sein jamais ne s'évapore ; On peut leur confier ses chagrins et ses maux ,
*8 HYMNE A LA MER
Dire le nom qu'on hait et celui qu'm adore,
Sans que nul vous trahisse: — aimons, chantons les ilôts.
Oui, tous, chantons las ilôts J des vagues verdoyâmes
L'amour .est sorti glorieux. ")
L'Éternel* «n «réant les {daines ondoyantes , En fit une ceinture au globe motttueuK , Non point pour séparer les nations distantes , Mais pour unir la ieroc et les hommes entr'eus.
Le ciel a ses splendeurs et ses gloires sans nombre , Son jour éblouissant et sa grande nuit sombre ; L'océan , son écume et ses fortes rumeurs , Et la terre , ses monts aux sublimes fraîcheurs.
Les monts , les vastes monts ! ah ! ces masses tranquilles Valent bien que parfois l'homme sorte des villes , Pour reposer son œil sur leurs flancs spacieux , Et pour qu'en les voyant escalader les cieux , D'un semblable désir il se prenne et s'enflamme , Et son corps s'élevant , s'élève aussi son âme.
C'est au faite des monts que les rois des forets , Les sapins ténébreux et les cèdres épais, Comme font les vautours avec leur grande serre , Enfoncent bien avant leurs racines en terre ; Tandis qne leurs fronts noirs, d'un élan mtrtuel S'élancent hardiment à la voûte du ciel , Sans crainte que la serpe ou que la hache humaine
Osent déshonorer leur parure hautaine.
C'est au faîte des monte que les enfants de l'air , Les nuages semés dans les champs de f éther Viennent mettre au repos leurs légions flottantes ; C'est là que renversant leurs urnes bouillonnantes Au bruit tumultueux de la foudre et.des vents , A travers les rochers «t les sapins mouvants , En torrents écumeux as font pleuvoir les ondes , Et forment les grands lits des rivières profondes Qui vont d'un cours paisible et d'un flot argenté, Porter aux champs la vie et la fécondité.
C'est au faite des monts que l'aigle est à son aise , Et que , sans peur qu'un trait sur ses plumes ne pèse, Dans l'azur infini nageant de tout côté ,
Elle monte , elle monte en pleine liberté.
Là , dans le cercle ardent d'un horizon immense ,
La fraîche solitude et le morne silence
Lui donnent des transports aux humains inconnus ;
Les appétits grossiers ne la tourmentent plus :
Elle est calme , et son œil planant sur toutes choses ,
Semble aller radieux jusqu'à l'auteur des causes.
Enfin c'est sur les monts que l'on reconnaît Dieu ;
C'est là qu'on trouve encorsa trace en traits de feu, Et que , remontant vite aux premiers jours du monde, L'esprit voit reflamber la terre vagabonde.
Quel spectacle imposant, immense et merveilleux , Que tout ce vaste* amas de sommets sourcilleux , De dômes caverneux et d'aiguilles de pierre,
Les marbres, les granits, le schiste et le calcaire, Les ossements du globe en pleine fusion, Et l'antique matière à large et gros bouillon, Mugissant, comme au fond d'une cuve brûlante, S'enfle et baisse à grand bruit la poix noire et fumante,
Quel spectacle sublime, et quels enseignements !
D'abord ce n'est qu'un choc d'étranges éléments, Un sombre pêle-mêle, une bataille impure, Et l'élan convulsif d'une aveugle nature Qui, pleine de ferments et de germes divers, A besoin d'enfanter, et, de ses flancs ouverts, Sans souci de leur but et de leurs alliances, Pousse dans tous les sens des milliers de puissances. D'abord de lourds essais et d'informes produits,
Des êtres ébauchés et gauchement ooagtrtttts, De noirs accouplements de choses immstmeoses Essayant d'arriver à des formes heureuses, Et ne pouvant jamais ; et les destruettoss Sans eesse retombant sur les créations.
Tel dans l'antique fiable était ce vieux Saturne,
Du ténébreux chaos souverain taciturne, Saturne, destructeur de l'œuvre de ses flancs, Émettant de son sein d'innombrables «niants, Et toujours dévorant d'une faim infernale Les produits imparfaits de sa flamme brutale» Et pourtant ces élans, ces mwistraeux efforts Ne sent pas l'ouvre ugpiir d'un Tita&iux Mas fols, Mais l'ef&tduse main i*tttlMgeHte et sage
Qui pour un noble but façonne un grand ouvrage. Le feu s'est concentré : l'un sur l'autre entassés Les monts durcis, au ciel lèvent leurs fronts glacés ; La grande eau qui couvrit quelque temps leur surface S'évapore dans l'air, ou dans leurs creux s'amasse, Et fait de vastes mers où mille germes chauds Enfantent des milliers de flottants animaux.
Sur les rocs les lichens et les mousses légères S'étendent : par-dessus s'enlacent les fougères, Puis croissent les palmiers, les cèdres chevelus , Et les chênes pesants aux grands rameaux tordus. Autour des larges troncs et sous les hautes herbes, Glissent les anneaux d'or des reptiles superbes ; Sur C3S corps imparfaits, onduleux et rampants,
S'élèvent d'autres corps , plus complets et puissants,
L'éléphant monstrueux , l'hippopotame énorme ,
L'épais rhinocéros et le bison informe,
Et tout l'ardent troupeau des agiles brouteurs ,
Les chevreuils bondissants et les daims voyageurs.
Comme un soupir d'amour, un hymne de tendresse,
La verdure naissante envoie avec ivresse,
De son sein frémissant à la voûte des cieux ,
Les volages oiseaux en chœur mélodieux.
Enfin, dernier produit de la féconde terre,
L'être humain apparaît , sublime mammifère !
L'homme droit comme un cèdre, et tournant vers le ciel
Les rayons enflammés d'un regard immortel ; L'homme au front noble et haut porteur de la pensée ,
L'homme dominateur de la fange insensée :
Et l'œuvre est achevée , et ce dernier chaînon Unit le créateur à la création , Et le plan merveilleux de l'architecte immense Est compris par le cœur et par l'intelligence.
Oh ! que celui qui doute encor de ton pouvoir ,
O mon Dieu ! que celui qui ne sait pas te voir
Dans l'ordre somptueux de sa propre structure,
Et dans le bel émail de la douce verdure;
mon Dieu ! que celui qui méconnaît ton bras
Au pays des sapins aille porter ses pas.
Qu'il arrive au sommet des pics les plus sauvages
Qu'il suspende son corps au-dessus des nuages , Et là , comme l'oiseau qoi plane sur les meirts, S'il est doué d'une âme, alors, à pleins poumons, Il chantera le Dieu de la terre et 4e l'onde , Le sublime ouvrier, l'ordonnateur en monde , Celui qui , d'une haleine et d'un clignement d'yeux, Fait monter l'océan jusqu'au parvis des cieux , Et qui sait , quand il veut, 4e ses mains frémissantes Secouer comme un van les montagnes pesantes.
De même que les vastes sphères , Les orbes éclatants qui roulent dans les cieux, Ne seraient bientôt plus que de stériles pierres , Des monceaux de rochers sans chaleur et sans feux,
Si la puissante main qui créa la lumière Éteignait tout à coup la flamme nourricière Du soleil radieux ;
De même ôtez la Liberté du monde, Et le monde, privé de vie et de flambeau , N'est plus qu'un noir sépulcre, un immense tombeau Où l'être languira dans un sommeil immonde ,
Comme l'esclave au fond d'un ignoble caveau.
Liberté , Liberté! fontaine de la vie , Source du mouvement qui n'est jamais tarie ,
Et qui coules sans fin des profondeurs du ciel , Étlier pur et sacré ! la terre tout entière , Depuis l'être penseur jusqu'au grain de poussière , Aspire après tes effluves de miel !
Écoutez la rumeur bruyante , L'éternelle rumeur de ses flancs sans repos ; Les germes enfermés sous l'argile pesante Percent les murs épais de leurs étroits cachots , Les vermisseaux captifs déchirent leurs cellules , L'air comprimé par l'eau s'échappe en mille bulles, La fleur de ses bourgeons coupe les verts réseaux , Et Tanimal caché sous une peau groisière
Enfonce avec lé front le venttê 4e sa «ne»; Enfin , teut oe qui vit sot ve gléfee agifté ,
Tout tend à rejeter Je tissa qui le $tae, A déchirer son lange , à seoooer sfe «tafett , Pour atteindre d'un bond et boire d'une haleine L'air de la Liberté.
O divin élément , <ô parfum préférable Aux phis douces odeurs , au phis suave encens ! Parfom que l'aubépine et la fleur de l'érable N'égalent pas aux jours les plus doux du printemps , Viens inonder la terre , et comme une imite pure , Baigner dans tous les sens son immense courbure ;
Jamais, pour recevoir l'épanchement sacré, Son sein vaste et fécond ne fut mieux préparé.
Ah! du nord au midi, du couchant à l'aurore,
C'est toi qu'elle désire et c'est toi qu'elle implore,
C'est toi qu'elle demande à tous les vents du ciel, C'est pour toi , nuit et jour , qu'elle veille et soupire , C'est pour toi qu'elle pleure et pour toi qu'elle expire, Toi, son rêve éternel.
Liberté , Liberté ! que ton souffle de flamme
Soit le souffle d'amour qui passe dans les airs,
Quand le Printemps renaît, et lorsque sa grande âme Fait'couler par torrents la neige des hivers!
Liberté , Liberté ! «que .ta brûlante haleine Ressemble aux jets divins du splendide soleil, Lorsque l'astre, montant à l'orient vermeil, Couvre de mille £euw la mentagne «et la gitane J
Que tout ce que la terre en ses flancs convulsifs Roule de vœux ardents, d'espérances hautaines, Que tout ce qu'elle y tient d'amours pures et vaines, D'élancements restreints et de désirs captifs ,
A ton souffle fécond , à tes chaleurs nouvelles , Sente renaître en soi des courages plus vifs, Et parte avec des ailes.
Que toute créature , excepté le méchant ,
Ne trouve point d'obstacle à son divin penchant ,
Et selon sa nature et selon son caprice,
De cent mille façons croisse et s'épanouisse ;
Et, pareil à l'étoile ou la comète en feu
Que nulle main n'arrête à travers le ciel bleu ,
Aux champs de l'infini que tout monte et jouisse
Des ivresses de Dieu !
toi qui , dès l'instant où notre divin père Eut jeté par milliers les hommes sur la terre , Pourchassas rudement le troupeau des humains , Et vers le sol ingrat leur inclinas les reins ;
Toi qu'a souvent maudit la commune souffrance ,
Toi qui feras longtemps soupirer notre engeance,
Travail, pesante loi, dure nécessité ,
Sous ta verge de fer, sous ton bras indompté,
Tu peux courber le liront des enfants de ce monde!
Que tu viennes du ciel ou de l'enfer immonde ,
Que tu sois du péché l'éternel châtiment,
Ou la condition même du mouvement ,
Je ne chercherai pas à sonder le mystère ,
Et je te reconnais, puissance salutaire!
Sans toi l'homme, ce roi de la création,
Sur les fiers éléments n'aurait point d'action. Sans toi le globe noir, tournoyant dans l'espace, Ne roulerait encor qu'une effroyable masse, Une boule d'argile en proie aux végétaux, Sur laquelle, luttant avec l'air et les eaux , L'homme succomberait , trop faible et petit être , Aux forces dont il est devenu le seul maître. Mais par toi la pensée est reine, et l'univers Est vaillamment sondé dans ses replis divers; La nature aime l'homme et chaque jour lui donne Les fleurs et les fruits d'or de sa verte couronne ; Elle fait pour sa lèvre, avec un doigt divin, Saigner la grappe mûre et couler le bon vin ; Elle nourrit son corps d'une substance saine ,
Rend ses membres nerveux, facile son haleine,
Et fait bondir ses pas sur le sol agité ,
Comme les pieds du daim par les vents emporté.
Puis c'est avec toi seul qu'au sein des grandes villes,.
Le malheureux échappe aux tentations viles,
Et vers l'éternel bien suit à pas continus
Le sentier odorant des modestes vertus ;
Enfin , c'est avec toi que l'homme , sans bassesse ,
Monte au faite brillant de la grande richesse,
Et qu'il peut aspirer en toute sûreté
L'air puissant de la gloire et de la liberté.
Sois donc béni , Travail ! à ta volonté sainte ,
Dieu ! je me soumets sans regret et sans plainte ;
Et jusques au moment où la faee des eieux
Sous un long crêpe noir fuira devant mes yeux ; Jusqu'au jour où la mort me glacera la veine, Je resterai débout, et toujours en halgine; Comme le bœuf rustique au robuste poitrail , J'inclinerai mon front sous le joug du travail.
Ainsi , lorsque Le jour renaît avec la brise, Lorsqu'ouvrant sur les monts son aile humide et gri$e,
Le matin chante à l'homme et sonne aux animaux Le moment du réveil et l'heure des travaux , Le bœuf sort de l'étable et vient tendre la tête Au joug accoutumé que le bouvier apprête ;
88 hymne:
Puis le muffle en avant et les jarrets tendus, Il entre à pas égaux dans les sillons fendus; A mesure qu'il marche et que , suivant l'ornière; Le soc péniblement met la glèbe en poussière , On entend l'air siffler dans le creux de ses flancs , La bave mousse et flotte à ses naseaux brûlants , Il sue , et l'aiguillon augmente sa souffrance : Mais sa peine n'est point vaine et sans récompense : Le labeur de ses pieds n'est point labeur perdu , Car sitôt que le soir au repos l'a rendu , Sous son muffle écumant l'onde coule plus fraîche , L'herbe semble plus douce à sa peau rude et sèche, Le sainfoin à sa bouche apporte plus d'odeur , Et la terre par lui fendue avec ardeur ,
Aspirant dans les airs une force nouvelle, Regonfle son beau sein , et sa brune mamelle, Sur les doux animaux et sur l'humanité Répandra des trésors de vie et de beauté.
HYMNE A LA VIGNE
HYMNE A LA VIGNE
Enfant chéri de la France, ma mère, Plante aux reins tortueux, à la feuille angulaire,
Que le soleil caresse avec amour, Ne laisse point tarir ta sève salutaire;
Vigne ! nourris-toi des parfums de la terre , Et bois avidement les feux brûlants du jour.
Tu n'as plus, il est vrai, les fêtes magnifiques
Dont jadis t'honorait la belle antiquité ,
Les hymnes délirants , les danses impudiques ,
Et les bonds du thyrse effronté ; Les pampres couleur d'or, aux grands jours de l'automne , Ne sont plus arrachés à tes'souples rameaux ,
Et , sur le front des dieux ruraux , Ne se G0»jtosufB£nt plus en épaissie couronna. Pour les lynx mouchetés et les fiers léopards , Tu n'es plus un sujet die b^taitfe sanglante ;
A LA VIGNE. *t
On ne voit plus le jtis de ta grappe écornante Couler sur les seins nus d'une jeune bacchante Expirante d'amour sur des pampres épars ; ISi tu n'inspires plus de menades sauvages,
Et troublant leurs sombres cerveaux , Tu ne vas plus semant les monts et les rivages De cadavres humains et de chairs en lambeaux : Plus de culte effrayant, plus de folle prêtresse,
Plus de mystères redoutés , Plus de temples fameux ; les dieux morts de la Grèce Avec eux au tombeau les ont tous emportés.
Et pourtant sur la terre, ô Vigne étincelante! Tu refleuris encor comme aux jours révolus :
Tout meurtrier qu'il est du beau corps de Bftcchufi,
Le temps n'a point tari dans ta veine brûlante La bienfaisante humeur qui coulait à grand flux. En vain il a jeté tout l'olympe en ruines, Ravi les dieux de l'homme à l'immortalité ,
En toi son bras a respecté L'œuvre de la nature et de ses mains divines : Et ton cep verdoyant aux vivaces racines, Comme un drapeau vainqueur dans le monde est resté, Et , chaque année encore , au déclin de l'été ,
Devant tes grappes purpurines Se courbe avec transport l'heureuse humanité.
Oui, lorsque le soleil encor plein de lumière