A LA POESIE
O poésie, tu n'es pas l'enfant qu'un médecin, après, beaucoup d'efforts, arrache sanglant et couvert d'ordures du ventre maternel.
Tu n'es pas la patience byzantine du vieux moine au fond du cloître sombre.
Tu n'es pas la chansonnette des bonnes digestions, ni une gaîté de populace, ni une ritournelle de matelot ou de pâtre, pas plus qu'un texte hermétique et embrouillé.
O poésie, tu n'es rien de tout cela.
Mais tu es le vol libre de l'aigle, et la plainte de la mer, et la voix de l'ouragan.
Selon les jours, pluvieuse ou ensoleillée, pleine d'éclairs ou de tempêtes, fougueuse, impétueuse, éclatante de rire ou ruisselante de larmes !
Tu es l'idée qui surgit comme une apparition lumineuse au contemplatif soucieux de beauté et de vérité.
Tu es le chant intime que l'on entend monter doucement du fond de l'âme et qui éclate à la fin en une triomphale symphonie !
O poésie, va ton chemin !
Couvre-toi le visage, enveloppe-toi le corps de voiles et tends comme une vierge fière et courageuse la foule des sceptiques et des savantasses, la plèbe tumultueuse et endimanchée qui t'insulte.
O poésie, va ton chemin !
Vers la rue tranquille, vers la chambre où le solitaire t'attend pour de secrètes fêtes.
Alors tu déchireras tes vêtements et tu te donneras à lui dans ta nudité splendide.
O poésie ! maîtresse de ceux qui pensent, de ceux qui aiment.