‹ Chants de la pluie et du soleilChapitre 24 sur 31 · PENSÉES DE PLEIN AIR · texte numérisé non relu

PENSÉES DE PLEIN AIR

Dans le jardin, à l'ombre des grands arbres, les mères regardent au loin le sable brillant où courent les robes légères et les petites jambes nues.

Gai bourdonnement comme d'abeilles ! Clair susurrement comme de la source dans la forêt verte.

Partout la fraîcheur et les rayons subtils et caressants qui se glissent dans les ramures et mettent des voiles de gaze dorée sur les feuilles aux tendres nuances.

Partout les chants des oiseaux revenus et la bonne odeur du printemps.

Les mères s'abandonnent à la douceur du jour et baisent ces petits fronts où perle la sueur, cette petite chair au parfum de renouveau dans les neuves étoffes.

Les mères rient avec ces rires gentils, zézaient avec ces zézaiements.

Moi qui n'ai rien à embrasser dans le clair jardin, je songe au profond mystère d'enfance :

A tout ce qui sommeille dans cette tête mignonne, à toute la beauté que contient cette robe.

Ah ! voici ce qu'ils ne savent point , ces impies qui se nomment savants, ceux qui nient le divin et la vie obscure du Monde.

C'est au jardin clair qu'on apprend le dernier mot du savoir, la suprême révélation de nature.

Tout ce qui pousse, s'élabore et se crée secrètement , sans la volonté des hommes, dans leur complète ignorance, et pour autre chose que leur vie.

La Pensée que je vois déjà briller dans ces yeux, je sais bien (]ue nulles lois, nulles défenses, nuls obstacles ne l'empêcheront de venir illuminer le monde.

La Beauté qui se prépare sous cette robe de fillette , je sais bien qu'elle se développera, parviendra à sa maturité pour la joie et la souffrance des peuples.

O mères! quand vous veillez sur ces petits êtres, vous êtes aussi peu vous-mêmes que les esclaves d'un tyran et c'est pourquoi je vous aime.

O femmes! comme vous savez bien obéir aux ordres de la Nature, abandonner et briser tout pour votre beauté, pour votre amour, pour votre enfant.

Les législateurs et les moralistes qui n'ont jamais vu l'herbe des champs, les savantasses qui étudient le monde d'après des fleurs séchées, il faut qu'ils viennent tous dans le clair jardin de nature.

pour apprendre que leur volonté est comme un aveugle qu'un autre conduit et que la sève et l'instinct se passent du consentement des peuples pour leurs magnifiques créations.

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