‹ Chants de la pluie et du soleilChapitre 27 sur 31 · LE SATYRE · texte numérisé non relu

LE SATYRE

Il ne dansera plus aux fêtes rustiques !

Il ne chantera plus ses chants d'amour,

Bondissant de ses pieds agiles,

Dès que le soleil rouge surgit de l'horizon,

Heureux de fouler l'herbe fraîche,

Ivre de brise odorante et d'espace.

A sa venue jadis, Les nymphes demandaient une cachette aux eaux chastes ; Les dryades, aux épais feuillages ; Mais, aux midis brûlants d'été, Plus d'une fois il surprit La courbe d'un dos charmant :

L'ingénue se mirait dans la fontaine, Plus blanche que la fleur du nénuphar, Plus claire que l'onde, " Avec ses cheveux comme gerbes de Cérès Pour la vêtir et la couronner.

Plus d'une fois aussi, dans une retraite de feuillage Il emporta une chair jeune et palpitante; Une chair furieuse qui se débattait dans ses bras : Seins fîeuris, fesses glorieuses Que ses mains caressantes durent meurtrir, Mais dont la révolte s'adoucit à son baiser.

Sa flûte à présent soupire pour lui seul A rentrée des cavernes, Car maintenant qu,e sa barbe est blanche et que les rides Couvrent sa face, Il redoute pour sa plainte tendre Et pour ses yeux où brille encore l'amour, L'éclat de rire d'une jeune fille.

Mais son chant triste et doux s'élève vers le ciel :

« Je ne sens plus, dit-il, octobre, Ni la pureté fraîche des cieux d'automne. Et les feuilles tombées obscurcissent en vain

Le miroir glauque des étangs.

Toutefois je songe que peut-être Je ne reverrai plus le fin duvet des branches

Aux verdures prochaines ; Et qu'un matin bientôt un berger en passant Trouvera mon corps glacé parmi les feuilles. Mais je suis sans crainte quand le soir gagne les hautes cimes Et je m'habitue à l'ombre.

Derrière les haies je me cache le jour, Pour ne pas effrayer de mon vieux visage

Les enfants aux joues d'aurore.

De loin je suis leurs jeux, et leurs rires Réjouissent ma solitude ;

Ce soir, par un trou de ma caverne,

J'ai regardé sur le gazon

La lutte amoureuse d'un jeune couple.

O Nuit ! garde -les de ton ombre propice. Mon âme déjà se mêle aux âmes qui s'éveillent.

Laissez toutes les fleurs se mêler danà les corbeilles ; Laissez toutes les passions embraser les âmes ; De l'Univers je ne veux rien retrancher Et j'admirerai chaque chose.

Laissez les riches à leur insouciance ;

Les pauvres à leur espoir de conquérir ;

Les couples s'étreindre avec colère,

Et les peuples féconder la terre de leur sang :

N'interrompez point la lutte de tous les êtres.

Laissez la courtisane travaillera sa beauté Et se parer pour la consolation des hommes, L'allégement des heures de peine et de travail ; Laissez la mère s'absorber dans l'avenir Et mettre son âme dans ceux qui sortiront de son ventre ; Laiisez les Dominateurs imposer leur joug Et ceux qui n'ont point de personnalité Tendre leurs poignets aux chaînes de servage.

Laissez la Fortune, comme une capricieuse,

Voler de mains en mains.

Embrassant ceux qu'elle méprisait naguère Et piétinant ceux qu'elle acclama.

Laissez les lois ; laissez les rébellions ; Laissez les mœurs et les moralistes.

Je veux jusqu'à mon dernier jour admirer L'infinie variété des êtres.

Et comme la Nature varie incessamment ses types.

Je veux jusqu'à mon dernier jour crier de toutes mes forces Que le bonheur et la beauté ne sont point dans le sommeil,

Ni dans un repos confortable.

Mais dans l'effort, le travail et les combats.

Que de la guerre sort la guerre,

Et que rien n'aspire à la paix ; — Circulation du sang, révolution du globe. Transformation, succession des êtres,

Création et destruction :

Le mot du monde est Mouvement.

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