CHANT NUPTIAL
Sous cette neige pure, ces terres endormies, Que la Nuit, le Silence et l'Hiver glacial
Tiennent maintenant captives ; Comme Avril, comme le clair et joyeux Archer de gloire
Vont épanouir leur sein !
Comme toute cette désolation va sourire, Chargée d'arbres à fruits et bruissante de chants d'oiseaux !
Je sais sous des robes jalouses
Un bouton de sang orgueilleux et fermé
Qui se cache et ne veut pas s'épanouir en rose. Mais il s'entrouvrira malgré lui
Et la fleur m'abandonnera son calice Au jour venu.
L'étincellement du soleil et la blanche rosée matinale, Les azurs de l'horizon au crépuscule.
Et les mirages des étangs Pleins d'ombre verte et de nuages lumineux.
N'est-ce pas un beau royaume
Pour une petite main de femme ?
O mignonne ! je t'apporte en cadeau de noce
Davantage : — Une âme pour contempler et cueillir toute la vie.
Petite aveugle, petite sourde, petite estropiée, Voici des yeux, voici des oreilles, voici des mains ; Mais d'abord, Dis adieu, dis adieu Aux années anciennes ; Et puis, en gage de soumission, Incline ta tête orgueilleuse.
Je suis le tyran qui vient
Te faire abjurer l'autrefois Et semer en toi des chants et des rêves, Pour que germent la Caresse et l'Amour et le Sourire, Et que brillent comme une parure les larmes charmantes.
Tout ce passé qui tressaille encore, Tous ces souvenirs qui pleurent doucement dans l'ombre.
Et cet orgueil qui trépigne et se révolte, Je vais les briser ainsi que des jouets de fillette.
J'ouvre toute grande ton âme à l'Eté, Aux ramures pleines de parfums, de chants et de soleil, J'ouvre ton âme à la rumeur du monde Et au grand ciel.
Voici tout le jardin paré.
Les rosiers en fleurs ; Voici les abeilles et les papillons Pour le jour nuptial.