‹ Chants de la pluie et du soleilChapitre 6 sur 31 · LA VISITE DU TEMPS · texte numérisé non relu

LA VISITE DU TEMPS

Dans la maison aux galeries de bois, au mur d'ardoises, qu'ennoblissent les années, l'âtre s'égaie toujours d'une chanson d'aïeule, à son rouet; la fenêtre enguirlandée de capucines est ouverte sur un rose et rieur visage de jeune fille, et des enfances babillent aux portes, tandis que M. Tristan passe et repasse devant la croisée, les yeux curieux et timides.

Or, chaque cinquantaine, le Temps fait sa tournée : « Bonjour vieille, bonjour jeunesse, bonjour marmaille^ » crie-t-il.

Chacun s'étonne, alors que personne ne le connaît, qu'il connaisse si bien tout le monde.

— Ah ! depuis le commencement des siècles, fait-il avec un sourire de bonhomme blasé. Et une poignée de main à la vieille, un baiser sur les joues subitement pouprées de la belle, une tape sur les têtes dorées des garçonnets ; puis il s'en vg. vers d'autres logis.

Et toujours, à chaque cinquantaine, il trouve des figures songeuses, l'œil vers la rue et à l'âtre de vieilles dames qui lisent leur passé dans les cendres rouges ou chantonnent au gai soleil qui dore de folâtres chevelures.

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