A LA JOLIE MORTE
La petite âme qui chantait, La fleurette toujours épanouie et souriante, Qui à tous les hommes offrait son calice parfumé,
Pour que chacun s'en embaumât,
La petite âme qui chantait, S'est envolée avec l'oiseau, avec le pétale, avec le brin d'herbe ;
Elle est mêlée à l'air subtil, Et en le respirant, nous respirons son souvenir.
Paix à la morte gracieuse, Qu'on cesse ces proses lugubres d'église, Qu'on jette là les tentures funèbres ; A pleines mains plutôt comme jadis, A pleines mains répandons les lys Pour qu'aussi doucement qu'a passé sa vie,
Passent ses funérailles.
Marbre aux formes parfaites,
Voix charmante.
Inconsciente rose, Qui sans savoir ton but divin, Rendais les heures légères,
On te maudit comme l'amour libre et naturel, L'amour des cavales et des aigles Qui ne connaît d'autre loi que celle de l'instinct robuste; Mais dans les cœurs déjà rouilles, Dans les âmes qui se lézardent, Où, comme les pluies de novembre.
Les chagrins ont coulé jour à jour, Ruinant tout espoir ; Dans les âmes obscures déjà de l'ombre de la tombe, Voici la place claire telle qu'un rayon de mai : C'est le souvenir du jour de la venue Où pour la première fois résonna ta chanson, Où pour la première fois sourit ta grâce.
La petite âme qui chantait S'est enfuie avec l'Eté, Le triomphe des feuilles et des prairies *,
Mais pourquoi me désoler De la saison morte et de la voix éteinte ? Des feuilles, des feuilles et des feuilles Sont tombées ; Et l'on a porté des milliers et des milliers de jeunes femmes
Vers la terre, Mais les saisons reviennent, les prés refleurissent, Les amours s'enlacent à nouveau ; Ce que j'adorais en elle lui a survécu : La Beauté impérissable.