‹ Chants du soir [microforme]Chapitre 12 sur 34 · LES BLÉS MURS · texte numérisé non relu

LES BLÉS MURS

[ ES blés sont en émoi ; c’est l'heure des moissons.

Ts entendent déjà les joyeuses chansons Du faucheur matinal qui dès l’aube s’apprète A son noble travail comme pour une fête, Mais il passe un frisson sur les épis dorés ; Pourtant à chaque automne ils y sont préparés.

Nul insecte ne vient d’une dent lente et fine

S'attaquer jour et nuit à sa frèle racine.

Nul vent ne vient courber aux guérêts assoupis, Dans un cruel effort, la tige des épis.

Ce qui met en émoi tous les blés de la plaine

C’est un bruit tout nouveau dont la vallée est pleine C'est un monstre bruyart inconnu jusqu'ici

Et qui va ce matin les faucher sans merci.

Déjà le moissonneur eu vainqueur sc promène

Et le supplice va durer une semaine.

Blés si vite fauchés vous aimeriez bien mieux

La faux, l'antique faux si légère aux aïeux,

Dont la lame luisante attirait la lumière

Et que l’épi mûri subissait sans colère.

Car elle travaillait sans bruit et sans effort

Au rythme du travail d’un bras robuste et fort.

Mais ton œuvre, Ô mertyr, n’est point encor finie ;

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Il te faudra passer par une autre agonie,

0 blé, pour être utile il faut encor souffrir ; Songe à l'humanité qu'il te faudra nourrir , Qu’à nous, les affamés, il nous faut ton supplice Pour que, devenu pain, tu sois notre délice.

Au crible du moulin, sans aucune pitié, On te jette encor vert pour que tu sois broyé, Ta deviendras bientôt une blanche farine Pétrie à notre gré. Puis ce qui me chagrine C'est qu'il te faut encor, fine fleur de froment,

Passer sans nul repos par un nouveau tourment Qui sera le dernier, Ô victime muette ;

Chaud pour te recevoir, c’est le four qui te guette

Et qui fera de toi ce pain si nourissant À qui l’être humain doit le plus pur de son sang.

Aux champs rien ne se perd, l'oiseau retrouv

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Du grain dans les sillons, et voilà qu’il picore

L'épi que la faucheuse aura laissé pour lui

Et qui dans le guérèt devient le bien d'autrui.

Et voici done, 6 blé, qu'ayant nourri les hommes, ru nous fais la leçon, gaspillards que nous sommes, Puisqu'’il en reste assez, perdu dans les sillons,

Pour enrichir le sol, nourrir les oisillons.

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